Le réseau interbancaire Swift s’essaie à la Blockchain face à la menace Ripple

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Le directeur général de Swift, Gottfried Leibbrandt face à Brad Garlinghouse, celui de Ripple, ce mercredi 30 janvier lors du Paris Fintech Forum.
Le directeur général de Swift, Gottfried Leibbrandt face à Brad Garlinghouse, celui de Ripple, ce mercredi 30 janvier lors du Paris Fintech Forum. (Crédits : DC)
La messagerie sécurisée Swift, utilisée par 10.000 banques dans le monde pour les transferts d'argent internationaux, va se raccorder à la Blockchain Corda de la startup américaine R3 pour une expérimentation. L'objectif est de réaliser des paiements sûrs et rapides pour les plateformes utilisant cette technologie, sans recours aux crypto-monnaies. Une réplique à la concurrence de la startup Ripple et sa solution de paiement pour entreprises utilisant aussi la Blockchain.

Créée il y a plus de 45 ans, la messagerie interbancaire Swift (acronyme signifiant « Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication »), reste peu connue du grand public. Cette coopérative basée à Bruxelles joue un rôle central dans les transferts d'argent internationaux, pour lesquels 10.000 banques dans le monde l'utilisent, selon des protocoles standardisés (les fameux codes Swift ou BIC qui apparaissent sur les RIB). Mais les délais sont parfois longs (plusieurs jours ouvrés), inadaptés à l'heure du numérique qui nous a habitués à l'instantanéité.

Un service nouvelle génération, baptisé Swift gpi, lancé progressivement depuis deux ans, a permis d'améliorer significativement la rapidité, en passant à des transferts frontaliers en quelques minutes (plus de 300 milliards de dollars de paiements chaque jour sont désormais traités via gpi). « Dans quelques années, nous serons de facto en temps réel » a assuré le directeur général de Swift, Gottfried Leibbrandt, ce mercredi 30 janvier, lors du Paris Fintech Forum, soulignant le rôle d'aiguillon de la concurrence. Face à lui, justement, le patron de la startup américaine Ripple, qui se pose en rival direct de Swift.

« Si vous avez une diligence, et que l'on vous dit que le cheval peut aller plus vite, c'est très bien, mais si on peut vous faire passer directement à une Ferrari, faites plutôt cela ! » a raillé Brad Garlinghouse, le directeur général de Ripple, lors d'un face-à-face piquant entre les deux hommes. « La dynamique entre Ripple et Swift n'est pas très différente de celle d'Amazon face à Walmart dans les années 1997-98. C'est l'histoire classique de David contre Goliath » a-t-il estimé. « Swift est un système fermé, avec certes beaucoup de membres. Mais AOL aussi avait beaucoup de membres » a-t-il fait valoir.

La startup de San Francisco affirme que plus de 100 institutions financières ont rejoint son réseau RippleNet utilisant la technologie Blockchain l'an dernier, en recourant ou non à sa crypto-monnaie XRP. En France, Crédit Agricole a testé son protocole de paiement pendant neuf mois pour réaliser les virements transfrontaliers de clients travaillant en Suisse, en temps réel (contre trois jours traditionnellement), avec une plus grande transparence du taux de change. Réussi, le test n'ira cependant peut-être pas plus loin dans un contexte de généralisation du paiement instantané en Europe, selon une source bien informée.  

Swift contre-attaque avec R3 et Corda

Swift n'a toutefois pas l'intention de passer à côté de la Blockchain et de son potentiel en matière de rapidité d'exécution et de transparence des prix. En plein débat enlevé entre les deux hommes, le patron de Swift a en effet lancé une petite bombe : le réseau lance une expérimentation avec la startup américaine R3 (dont de nombreuses banques sont actionnaires, notamment Natixis, BNP Paribas et Société Générale). Un temps associé, R3 et Ripple se sont livrés une rude bataille judiciaire avant de trouver un accord amiable en septembre dernier.

Plusieurs banques et entreprises participeront à ce « proof of concept » (PoC, démonstration de faisabilité), dont le prototype sera présenté lors de sa conférence annuelle Sibos en septembre prochain à Londres : il vise à raccorder Swift gpi à la Blockchain de R3, Corda, et permettre ainsi à toutes les nouvelles plateformes de transactions s'appuyant sur cette Blockchain de bénéficier « de règlements rapides et transparents, en monnaies fiat [fiduciaires, légales, comme l'euro, ndlr], non cryptographiques ». La Blockchain de commerce international Voltron par exemple, lancée en octobre dernier par huit banques internationales, dont HSBC, ING, BNP Paribas, utilise Corda, tout comme une autre plateforme de trade finance, Marco Polo (de la startup irlandaise TradeIX).

« Le but est d'apporter les avantages des paiements gpi - rapidité, ubiquité et certitude - aux transactions s'appuyant sur la technologie des registres distribués (DLT) » explique Swift dans un communiqué publié ce 29 janvier. « La plateforme Corda ayant été adoptée par de nombreux écosystèmes transactionnels, c'est tout naturellement que notre choix s'est porté sur elle pour réaliser ce PoC avec R3 » souligne Luc Meurant, le directeur marketing de Swift, dans le communiqué.

Pour autant, Swift n'est pas prêt de basculer d'un coup sur la Blockchain.

« Nous avons eu une longue discussion sur la Blockchain à comparer aux API [interfaces de connexion]. Les technologies d'API, qui sont au coeur de Swift gpi, sont déjà là et les banques peuvent se connecter. La Blockchain est à plus long terme » a considéré Gottfried Leibbrandt.

Le patron de Swift a évoqué le « proof of concept » mené en 2017 pour la réconciliation en temps réel des comptes Nostro-Vostro (ces comptes détenus par des banques dans d'autres banques pour des transactions à l'international), avec 40 banques, sur la plateforme Blockchain opensource de la Fondation Linux Hyperledger.

« Nous avons procédé à une évaluation avec les banques : cela marche, mais il n'est pas évident que cela soit plus efficace, compte tenu des coûts de migration pour les banques » a soulevé le patron de Swift, qui quittera son poste en juin.

« Ripple recrute » lui a lancé Brad Garlinghouse, qui a déjà débauché en 2017 l'ex directrice du développement de Swift, Marjan Delatinne. Il a par ailleurs mis en avant l'intérêt d'un réseau décentralisé pour connecter non seulement les banques mais aussi d'autres acteurs pour permettre des transferts vers un porte-monnaie mobile comme Mpesa au Kenya par exemple.

« Nous évoluons vers un autre monde, celui de l'Internet de la valeur, où nous déplaçons la valeur de la même façon que l'information. Ripple parle des paiements dans 10 ou 20 ans. Notre mission est d'aider les banques à réussir dans le futur, par exemple permettre à Santander de concurrencer de façon plus efficace PayPal, Amazon ou Facebook. »

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Commentaires
a écrit le 01/02/2019 à 16:58 :
J'aime beaucoup l'intérêt que vous portez aux Cryptomonnaie, mais à savoir que Corda de R3 est basé sur Ripple, donc ils ne sont pas forcément entrain de contrer cette même monnaie..
a écrit le 31/01/2019 à 17:58 :
En 2006 la presse américaine révèle le scandale SWIFT qui à l’insu des banques donne accès à la CIA aux transactions des banques de UE.
En 2010 UE signe un accord avec les USA pour fournir sous conditions ses transactions pour lutter contre le terrorisme.
Maintenant si la Blockchain est directement implanté par une entreprisse US il ne faudrait pas s’étonner que tous les marchés européens soient vérolés.
a écrit le 31/01/2019 à 11:58 :
Aux mains des citoyens lambda la blockchain sans la spéculation effrénée des cryptos ça pourrait fonctionner mais aux mains des banques non seulement j'en doute mais je parierais mon chapeau qu'il se prépare un scandale gigantesque pour appauvrir d'un seul coup des millions de gens
a écrit le 31/01/2019 à 11:45 :
La question serait que l'Europe fasse évoluer l'Euro vers une monnaie internationale et développe son propre réseau inter bancaire. Le système actuel est trop dépendant de la politique US - Il y a t-il un (vrai) politique dans la salle?
a écrit le 31/01/2019 à 10:57 :
Les banques nous disait que la blockchain c'était nul. Dangereux même. Qu'il n'y avait rien à en tirer.

Puis finalement qu'elles allaient voir si elles pourraient pas l'utiliser.

En fait, elles changent leur discours selon qui l'utilise.

Quand se sont les banques on nous dit que c'est génial, quand ce sont de nouveaux entrants on nous dit que c'est dangereux. On se fout pas un peu de nous?
a écrit le 31/01/2019 à 10:21 :
Tout d'abord, Ripple n'est pas une solution blockchain. Cette technologie est totalement centralisée.

Ensuite, peu importe quelle solution SWIFT souhaite mettre en place, il s'agira toujours de transférer des monnaies émises par des entités centralisées (banques centrales), lesquelles impriment à tout va et font s'effondrer la valeur de la monnaie qu'elles impriment. La FED a multiplié par 4 le nombre de dollars en circulation entre 2008 et 2014, créant une bulle spéculative totalement hors de contrôle. Elle n'arrivera plus à élever ses taux sans produire une crise financière sans précédent.
Bref, les banques centrales sont totalement décrédibilisées. Grillées.

La décentralisation permise par la technologie blockchain nous permet de créer des monnaies dont l'émission est impossible à manipuler. Voilà la vraie révolution.
Et dans ce schéma, SWIFT est totalement obsolète.

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