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E-commerce : les banques travaillent en coulisses

Photo de Christine Lejoux

Christine Lejoux

Publié le 17 septembre 2015 à 04:55

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L’édition 2015 du Salon du e-commerce se déroulera à Paris, du 21 au 23 septembre. Les banques comptent bien en profiter pour mettre en lumière leur rôle dans le commerce électronique.

Dans moins d'une semaine, tout ce que la France compte de cybermarchands convergera vers le 15ème arrondissement de Paris, à la faveur de l'édition 2015 du Salon du e-commerce, qui se déroulera Porte de Versailles, du 21 au 23 septembre. L'occasion, pour le Crédit agricole, de souligner dès ce mardi 15 septembre que « plus de 15.000 commerçants (lui) font déjà confiance pour les accompagner dans leur activité e-commerce », qu'il s'agisse de la conception de boutiques en ligne ou de solutions de paiement sécurisé. La veille, c'est la Société générale qui avait organisé une conférence de presse, afin de faire le point sur ses offres en matière de commerce électronique. Un domaine où la banque affirme être « leader » en France. « Nous traitons un paiement en ligne sur cinq », précise Eric Groven, directeur délégué de la banque de détail de la Société générale en France.

Pas étonnant que le e-commerce intéresse autant les banques : selon la Fevad (fédération du e-commerce et de la vente à distance), le commerce électronique en France pesait 56,8 milliards d'euros à la fin de l'année 2014. Un montant qui représente 9% du commerce de détail (hors alimentation), et qui correspond à une progression de 11% par rapport à 2013, une performance dix fois supérieure à celle du commerce traditionnel. Et sans doute les banques ont-elles envie de tirer un peu la couverture à elles car, si elles ne figurent pas sur le devant de la scène du e-commerce comme PriceMinister et autre Voyages-sncf.com, elles n'en contribuent pas moins à son essor en coulisses, en facilitant les paiements et, surtout, en les sécurisant.

Un cryptogramme qui change toutes les 45 minutes

Certes, la fraude à la carte bancaire lors des paiements à distance a continué à diminuer, en 2014, pour la troisième année consécutive, selon l'Observatoire de la sécurité des cartes de paiement. Et ce, grâce, notamment, aux dispositifs d'authentification renforcée tels que 3D Secure, le système de code reçu par SMS développé par Visa et MasterCard, qui équipe aujourd'hui 58% des cybermarchands en France. Mais le taux de fraude sur les paiements à distance s'élevait encore à 0,248% l'an dernier, une proportion 20 fois supérieure à celle de la fraude portant sur les paiements en magasin.

Aussi la Société générale et BPCE (Banque Populaire Caisse d'Epargne) s'apprêtent-elles à expérimenter une nouvelle technologie, celle du cryptogramme dynamique, développé par Oberthur Technologies. Le cryptogramme à trois chiffres figurant au dos de la carte bancaire concentrant 80% de la fraude à la carte bancaire sur Internet, Oberthur a imaginé une carte de paiement où ce cryptogramme est remplacé par un mini-écran affichant un code de sécurité, lequel change tous les trois quarts d'heure environ. L'idée étant de laisser le moins de temps possible aux fraudeurs pour utiliser ce code, s'ils parviennent à le dérober, au moyen, par exemple, de logiciels malveillants.

Paylib compte quelque 400.000 porteurs

Mais quid du coût d'une telle innovation pour les cyberacheteurs ? « Nous ne savons pas encore si nous facturerons ce type de cartes au consommateur. Le fait est qu'elles ont un véritable coût, le code de sécurité se modifiant toutes les 45 minutes et la batterie devant tenir au moins trois ans [les cartes bancaires ont une durée de validité généralement comprise entre deux et trois ans ; Ndlr]. Mais nous ignorons encore si ces cartes ne séduiront qu'une frange limitée de la population ou si elles pourront au contraire être généralisées », indique Philippe Marquetty, directeur produits, paiements et cash management à la Société générale.

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Dans un esprit similaire de sécurisation des transactions sur Internet, mais également afin de tenter de refaire une partie de leur handicap face au spécialiste du paiement en ligne PayPal, la Société générale, BNP Paribas et la Banque Postale avaient lancé Paylib, il y a deux ans. Cette offre de paiement à distance, que le Crédit agricole et le Crédit Mutuel Arkéea sont en passe de rejoindre, compte aujourd'hui quelque 400.000 porteurs, selon Philippe Marquetty. Qui estime que le véritable enjeu de Paylib, aujourd'hui, « est de développer un écosystème de e-commerçants, aujourd'hui au nombre de 1.200. »

Vers une désintermédiation croissante des activités bancaires

Des e-commerçants qui pourraient par ailleurs passer un jour du statut de clients des banques à celui de concurrents. En effet, depuis le 1er janvier 2015, plus question pour les « marketplaces » (places de marché) d'encaisser l'argent des acheteurs pour le compte des vendeurs sans passer sous les fourches Caudines de la réglementation bancaire. L'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution leur impose désormais de demander un agrément d'établissement de paiement, ou de nouer un partenariat avec un établissement de paiement. Une contrainte, certes, mais l'obtention de cet agrément pourrait permettre aux marketplaces de s'aventurer un peu plus avant dans certains métiers bancaires.

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« Compte tenu du carcan réglementaire qui s'impose à notre secteur, je ne suis pas sûr que les marketplaces rêvent de devenir des banques », rétorque Eric Groven. « Rakuten dispose d'un agrément d'établissement de paiement en Europe mais uniquement pour traiter les problématiques d'authentification. La gestion des flux financiers relève des banques », renchérit Philippe Favrot, directeur financier de la marketplace PriceMinister, rachetée en juin 2010 par le Japonais Rakuten. Pour autant, du fait de la nouvelle concurrence des fintech et des géants du Web, « les banques seront désintermédiées sur différentes parties de la chaîne de valeur, comme les paiements, le crédit, voire le conseil », admet Eric Groven. Tout en soulignant « qu'aujourd'hui, personne n'est capable de nous désintermédier sur l'ensemble de la chaîne de valeur, si bien qu'il existe toujours un intérêt à être une banque de détail fédérant l'ensemble de ces métiers. »

Christine Lejoux

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