Fintech, banques, géants du Web : qui seront les champions bancaires de demain ?

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Les plateformes de prêt ont permis de collecter 88,4 millions d'euros en 2014, un montant en hausse de 84% par rapport à 2013, selon Financement Participatif France.
Les plateformes de prêt ont permis de collecter 88,4 millions d'euros en 2014, un montant en hausse de 84% par rapport à 2013, selon Financement Participatif France. (Crédits : Décideurs en région)
D’abord partis à la conquête des moyens de paiement, les mastodontes de l’Internet et les start-up spécialisés dans les technologies financières se lancent à présent à l’assaut de l’épargne et du crédit.

"Dans cinq ans, la façon de faire de la banque de proximité aura radicalement changé. Les banques qui ne se réinventeront pas disparaîtront." Cette affirmation résonne d'autant plus comme une menace qu'elle n'émane pas de l'un des nouveaux entrants qui bouleversent le secteur bancaire, mais d'un banquier. A savoir Ronan Le Moal, directeur général du Crédit Mutuel Arkea, qui a organisé avec l'association France Digitale une matinée consacrée aux relations entre banques et start-up, mardi 10 mars. Comme les industries de la musique et de la presse avant lui, le secteur bancaire est aujourd'hui confronté à la révolution numérique. D'abord partis à la conquête des moyens de paiement, comme Alibaba avec Alipay ou Square avec son "dongle" (petit lecteur de carte bancaire), les géants du Web et les start-up spécialisés dans les technologies financières (fintech) se lancent à présent à l'assaut de l'épargne et du crédit.

La preuve, par exemple, avec le géant japonais du commerce électronique Rakuten, qui, ces dernières années, s'est diversifié dans le crédit à la consommation et la gestion de titres financiers. "D'ici quinze ans, les géants de l'Internet seront des secteurs majeurs du secteur bancaire car ils maîtrisent la data [les données ; Ndlr], les canaux d'acquisition de clients et disposent de belles marques", renchérit Geoffroy Guiguou, co-fondateur de la plateforme de crédit à la consommation Prêt d'Union, le "Lending Club" français.

Les plateformes de prêt ont permis de collecter 88,4 millions d'euros, en 2014

Les plateformes Internet de prêts aux particuliers et aux PME font partie de ces fintech qui ne se contentent plus de concurrencer les banques dans les moyens de paiement mais qui s'attaquent désormais à leur cœur de métier. Depuis que la réglementation du crowdfunding, entrée en vigueur en France le 1er octobre, a ouvert une brèche dans le monopole bancaire, il ne se passe pas une semaine sans qu'une nouvelle plateforme de prêts n'éclose. L'une des dernières en date étant Lendix, dont le premier client n'est autre qu'Alain Ducasse Entreprise. La société du célèbre chef cuisinier a emprunté 300.000 euros via Lendix afin de rénover et de développer trois restaurants et sa chocolaterie. "Même pour une société comme Alain Ducasse Entreprise, il faut souvent patienter deux ou trois mois avant d'obtenir une réponse à une demande de crédit bancaire. Nous allons beaucoup plus vite que les banques", analyse Olivier Goy, président de Lendix.

Certes, les plateformes françaises de prêt n'ont encore permis de collecter que 88,4 millions d'euros l'an dernier, selon l'association Financement Participatif France. Mais ce montant représente un bond de 84% par rapport à 2013, année qui avait déjà vu un triplement des sommes collectées par les plateformes de prêt. Ces concurrents d'un genre nouveau semblent d'autant plus dangereux pour les banques que certains d'entre eux forgent des alliances. Début février, le géant chinois du e-commerce Alibaba et l'Américain Lending Club ont noué un partenariat qui permettra aux PME américaines clientes d'Alibaba d'obtenir, via la plateforme de prêt, les crédits nécessaires à l'achat d'équipements auprès de producteurs chinois.

Une logique de partenariats

Les banques traditionnelles n'avaient vraiment pas besoin de cela, elles qui sont déjà confrontées à une baisse de leurs marges, du fait notamment de la faiblesse des taux d'intérêt et du plafonnement réglementaire de certaines commissions, ainsi qu'à une reprise du pouvoir par les clients dans la relation bancaire, grâce, notamment, aux nouvelles technologies. Or, "à mesure qu'émergent des acteurs spécialisés (comme les plateformes de crowdfunding), il devient plus difficile pour les bancassureurs classiques de faire prendre conscience aux clients de la valeur ajoutée de leur offre", souligne Ronan Le Moal. Ces spécialistes, il ne s'agit pas d'essayer de les copier - une tentative qui serait vaine, selon le dirigeant -, mais de s'allier avec eux. Que ce soit sous la forme de partenariats commerciaux ou capitalistiques.

Le Crédit Mutuel Arkea est ainsi l'un des actionnaires de la première heure de Prêt d'Union et opère également sous marque blanche des activités de "scoring" (évaluation des risques-clients) pour certaines fintech. Autre exemple de collaboration entre banquiers classiques et plateformes de prêt, la banque Wormser Frères est le premier prêteur institutionnel sur Lendix, où elle investira un montant total de cinq millions d'euros dans tous les prêts supérieurs à 40.000 euros, et ce, dans les mêmes conditions économiques que les prêteurs particuliers. Comme le dit Olivier Goy, "nous "disruptons" certes le secteur bancaire mais nous nous voyons en réalité plutôt complémentaires des banques."

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