COP21 : à 24 heures de la fin, toutes les options restent ouvertes sur les vrais sujets

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« Il faut se préparer à travailler cette nuit et demain », a prévenu Laurent Fabius, pour qui l'objectif est toujours d'aboutir « en temps et en heure » à un accord universel, contraignant, équitable.
« Il faut se préparer à travailler cette nuit et demain », a prévenu Laurent Fabius, pour qui l'objectif est toujours d'aboutir « en temps et en heure » à un accord universel, contraignant, équitable. (Crédits : STEPHANE MAHE)
Le texte intermédiaire présenté par Laurent Fabius jeudi après-midi ne tranche pas les points litigieux. Les ONG redoutent un accord a minima et font monter la pression alors qu’il reste une nuit et une journée aux ministres pour parvenir à un compromis.

La pression monte à la veille (officielle) de la fin de la COP. Le nouveau texte intermédiaire de l'accord, initialement attendu pour 13 h, n'a finalement été remis qu'à 15 h. Et surtout, il laisse irrésolus les trois principaux sujets qui fâchent depuis dix jours, pour ne pas dire, depuis toujours. Le financement, l'ambition et la différenciation font encore l'objet de multiples options (entre crochets).

Le texte ne fait plus maintenant que 29 pages et ces fameux crochets ont diminué des trois-quarts, mais les passages qu'ils encadrent encore sont précisément les points les plus importants. « Il faut se préparer à travailler cette nuit et demain », a prévenu Laurent Fabius, pour qui l'objectif est toujours d'aboutir « en temps et en heure » à un accord universel, contraignant, équitable. C'est-à-dire, d'ici à demain 18 h... Les groupes se sont donc remis au travail et doivent présenter, ce soir à 20 h, leurs réactions au texte.

En attendant, les ONG se montrent prudentes. Pour Nicolas Hulot, qui enjoint les ministres de « passer de l'ambition au courage », deux points essentiels sont à surveiller : la clause de révision des objectifs nationaux doit se mettre en place dès 2020 et les 100 milliards de dollars que les pays riches ont promis aux pays pauvres pour les aider à lutter et à s'adapter au changement climatique doivent constituer un plancher, avec un équilibre entre atténuation et adaptation.

Parmi les points positifs du projet actuel : l'objectif de 1,5°C qui est maintenu en lieu et place des 2°C. Mais « on ne voit pas avec quels moyens cet objectif pourrait être atteint », regrette Célia Gautier du RAC (Réseau action climat), qui déplore que « les intérêts nationaux de court terme prennent le pas ».

De belles promesses sans plan d'action

Jean-François Julliard (Greenpeace) esquisse un parallèle avec la loi française sur la transition énergétique - « De belles promesses mais aucun plan d'action » - et avoue qu'à 24 heures de l'échéance, les ONG sont « encore plus inquiètes et encore plus en colère » que ces derniers jours et regrette que figurent toujours dans le texte des termes tels que « neutralité carbone », qui ne veulent rien dire et présentent potentiellement des risques pour l'utilisation des sols dans les pays en développement.

Il se félicite en revanche de l'apparition des « énergies renouvelables », même si cela n'apparaît que dans le préambule de la partie dédiée à la période pré-2020, pour soutenir l'électrification de l'Afrique...

Histoire de ne pas laisser les ministres s'endormir sur des ambitions trop modestes, les ONG ont organisé en fin d'après-midi un sit-in face à l'une des salles plénières. Mais, quoi qu'il en soit, même à 24 heures du but, l'ambiance demeure calme, à l'inverse de ce qu'on a pu déplorer dans des conférences précédentes, comme à Copenhague.

D'aucuns attribuent cet état de fait au doigté de la présidence française, qui aurait particulièrement bien anticipé les éventuels dérapages. Et qui a parfaitement orchestré le déroulement d'événements en marge de la COP de nature à satisfaire certains groupes de pays potentiellement fauteurs de troubles. Et de citer les 10 milliards de dollars en faveur des énergies renouvelables dans les pays africains...

De façon générale, la forte présence du secteur privé, notamment avec le plan d'action Paris-Lima, qui s'est clos aujourd'hui sur des chiffres impressionnants, suscite des réactions contrastées. Pour certains, c'est la preuve que des solutions existent déjà pour la transition vers une économie bas-carbone...pour d'autres, c'est le loup dans la bergerie, et la porte ouverte à toutes les tentatives de lobbying auprès des négociateurs eux-mêmes...

Rendez-vous demain soir (ou samedi...) pour voir qui, de Dr Jekyll ou de Mr Hyde, l'aura emporté...

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Commentaires
a écrit le 10/12/2015 à 9:55 :
L'idée essentielle consisterait à laisser chaque pays agir comme il veut, et d'analyser les différentes mesures au bout d'un certain temps. L'objectif deviendrait la mesure du CO2 émis par habitant.
a écrit le 10/12/2015 à 9:29 :
Beaucoup de blabla sur la réduction des émissions de CO2, mais peu sur la réduction simple du CO2 en plantant des espace verts. Les végétaux sont à l'origine de la vie sur terre. Quelques milliards pour planter des arbres au Sahel serait un exemple. Des expériences locales ont montré que c'est non seulement possible mais utile pour soutenir la production agricole.
a écrit le 10/12/2015 à 9:22 :
beaucoup de bruit pour accoucher d'une souris. Des pays comme les US, le Canada, la Chine, l'Inde, etc. ont trop à perdre en acceptant des limitations pour leurs industries. On aura donc un accord gentil, mais inutile. Bon, la France a régalé pendant 15 jours, ce sera un excellent souvenir :-)
a écrit le 10/12/2015 à 8:40 :
/// SOYONS VIGILENT///AVEC IOO MILLIARDS PARS ANS ILS PEUVENT FAIRE BEAUCOUP DE TRANFORMATION ENRGETIQUE VERTE? MAIS SI C EST POUR CONTRUIRE DES CENTRALES NUCLEAIRE SOIT DISSANT PLUS PROPE CE SERAS UN DETOURNEMENT DES OBJECTIFS DE L ATTENTES DES HABITANT DE NOTRE TERRE QUI SOUHAITENT DES ENERGIES PROPE ET MOINS DANGEREUSSE???
a écrit le 10/12/2015 à 8:00 :
Combien ça coûte pour accoucher d un verre d eau tiède qui engagera celui qui veut bien aux calandes grecques ! Bref du Holllande du blabla gauche caviar !
a écrit le 09/12/2015 à 22:01 :
A partir du moment où c'est une question de fric, il n'y aura jamais aucun accord. Totalement logique. Qui ne voudrait pas vivre comme un cowboys..??
a écrit le 09/12/2015 à 21:03 :
C'est pourtant essentiel d'arriver (enfin) à un accord global satisfaisant et serait en plus un très bon exemple pour d'autres négociations mondiales. C'est un moment de l'histoire vraiment important ou autant de pays se réunissent et cette nuit en particulier, d'autant que çà fait plus de 120 ans que le problème du réchauffement climatique d'origine anthropique à été souligné (Arhénius etc) et c'est maintenant ou des catastrophes encore plus difficiles à affronter dans le monde et je connais bien le sujet.

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