"Dessine moi l'avion du futur"

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Copyright Reuters (Crédits : H.GOUSSE - Airbus )
Alors que le Salon du Bourget se termine, les constructeurs aéronautiques doivent s'interroger sur l'évolution du secteur à l'horizon 2050. Le transport aérien devra faire un considérable effort d'innovation pour affronter les défis d'un monde où vont s'épuiser les ressources en pétrole.

Dans cinquante ans, les dernières ressources de pétrole seront rares et chères. Avec l'épuisement des carburants fossiles, la rareté croissante des matières premières non renouvelables ou les problèmes liés à la sécurité des aliments ou de l'eau résultant de la diminution progressive de la biodiversité, notre mode de vie actuel sera remis en cause. Mais une chose est sûre : le transport aérien sera un mode de transport clé. La demande est multipliée par deux tous les quinze ans. En 2050, le transport aérien devra être capable de transporter 16 milliards de passagers et 400 millions de tonnes de marchandises par an, contre 2,7 milliards et 45,8 millions en 2010 !

Alors, à quoi ressemblera le monde du transport aérien après-demain ? Volera-t-on dans des avions cryogéniques alimentés par de l'hydrogène ? Aurons-nous des capsules que nous piloterions sur route ou dans l'air jusqu'à un "vaisseau mère" auquel nous pourrions l'amarrer pour être transportés jusqu'à notre destination finale ? Volerons-nous dans des cabines permettant une vision à 360° du ciel pour voir les pyramides ou la tour Eiffel à travers le plancher transparent de l'avion. Le décollage vertical sera-t-il possible pour gagner de l'espace dans les villes ?

Des scénarios qui paraissent sortis d'un film de science-fiction et sur lesquels pourtant les ingénieurs d'Airbus, quarante ans après sa création, travaillent activement. Car pour rester leader, il faut savoir anticiper et garder son avance technologique, ce qui veut dire préparer les changements radicaux qui sont nécessaires dans la conception des avions mais aussi dans la gestion aéroportuaire et l'utilisation d'énergie.

Le grand défi reste l'abandon des carburants fossiles et la transformation de notre environnement en un monde durable pour les générations futures. Si les biocarburants pouvaient être produits en quantité suffisante pour être utilisés commercialement, Airbus pense que les biomasses pourraient à elles seules fournir 30 % de la consommation totale nécessaire en carburant pour 2030. Une des réponses passe aussi par le développement de carburants alternatifs, de l'énergie solaire, de l'hydrogène ou encore de « l'energy harvesting » (récupération d'énergie, par exemple la chaleur transmise par les passagers à leur siège).

Mais les besoins et les demandes des passagers également vont changer. Notre étude "Passenger Survey 2050" montre que la demande de voyages d'affaires va augmenter tandis que la hausse du niveau de vie stimulera les besoins de voyages de loisirs. Inversement, la population vieillissante des pays développés, bénéficiant de longues années de retraite, souhaitera découvrir le monde tout en exigeant un soutien et un confort renforcés. Les cabines des avions de demain seront donc constituées de composants capables d'adopter différents états et de se modifier pour répondre aux besoins des utilisateurs. Les matériaux intelligents (autoréparables, autonettoyants, capables de changer de forme et de revenir ensuite à leur forme initiale) représentent une piste intéressante. La cabine sera bien sûr écologique avec une large place faite aux matériaux d'origine végétale, entièrement recyclables. Et pourquoi ne pas aussi imaginer des matériaux permettant de rendre les murs de la cabine opaques ou transparents sur demande, éliminant ainsi le besoin de hublots ?

Un autre défi attend les aéroports, véritables goulots d'étranglement pour les voyageurs, qui vont devoir adapter leurs capacités d'accueil. Aujourd'hui, 72 % du trafic aérien gravitent autour de 114 aéroports déjà congestionnés et sans possibilité d'expansion. Réduire le temps de vol de seulement une minute permettrait d'économiser 4,8 millions de tonnes de CO2 chaque année. Ces problématiques appellent des changements radicaux dans la conception des infrastructures aéroportuaires avec, par exemple, le développement du transport multimodal.

D'ici à 2050, il y aura quatre fois plus d'avions dans le ciel. Aujourd'hui, certaines distances sont maintenues entre les avions pour des raisons de sécurité. Demain, grâce aux progrès des technologies de navigation, de surveillance et de communication, des distances pourraient être réduites. Les avions pourraient voler plus près les uns des autres, donc plus nombreux, et pourquoi pas en formation comme les oiseaux migrateurs. L'Union européenne a ainsi lancé le programme Sesar (Single European Sky Air Traffic Management Research) pour optimiser et uniformiser la gestion du trafic aérien au niveau communautaire.

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