Défense : qui pour piloter le futur drone ?

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Avec la remise à plat du dossier drone de surveillance, Dassault Aviation n'est plus sûr de décrocher le marché. Le nouveau ministre de la Défense a promis une décision avant le 14 juillet.

Dans la foire permanente aux drones en France, il y aura de nouveaux perdants... Un suspense dont Dassault Aviation se serait bien passé. Mais depuis que le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a décidé de remettre à plat le dossier du drone de surveillance intérimaire Male (Moyenne Altitude, Longue Endurance), pourtant quasi acquis à l?avionneur, le constructeur du Rafale ronge pour le moment son frein en attendant une décision avant le 14 juillet. "On comprend bien les impératifs du nouveau gouvernement, on attend de manière très sereine ses premières décisions", a déclaré à un point presse, le directeur général international de Dassault Aviation, Eric Trappier. "S'il y a un besoin, on est une force de proposition. C'est sur la table", a-t-il affirmé.

L?été dernier, Dassault Aviation l'avait emporté sur son grand rival, le groupe européen EADS, qui proposait le drone Talarion à plusieurs gouvernements européens. Le précédent ministre de la Défense, Gérard Longuet, avait décidé d'entrer en négociations avec l?avionneur, qui proposait la francisation d'une plateforme israélienne Heron TP, rebaptisée promptement Voltigeur au salon Eurosatory, en vue de remplacer les drones Harfang (plateforme israélienne) fabriqués par EADS et en bout de vie. Le constructeur tricolore, qui attendait la notification de ce contrat, espère vendre trois systèmes de trois ou quatre unités chacun à la France. Mais le gouvernement Ayrault a décidé de rebattre les cartes d?une façon générale dans l?industrie de la défense, sur laquelle il estime que Dassault Aviation exerce une trop grande influence.

Entre deux et quatre ans pour fournir le Voltigeur

Eric Trappier a indiqué qu'il faudrait au minimum deux ans après la décision pour livrer le Voltigeur, sur la base du drone israélien Heron TP fabriqué par Israeli Aerospace Industries (IAI), avec qui il a créé un joint-venture (51 % Dassault Aviation, 49 % IAI). Si la commande porte sur un modèle à plus fort contenu français, il faudra plus longtemps et ce sera plus cher, a-t-il précisé. "On peut facilement doubler les délais si on change beaucoup de choses", a précisé Eric Trappier. Il fait notamment référence aux systèmes de liaisons satellites pour lesquelles Zodiac Aerospace serait "un bon candidat" et aux radars qui pourraient être israéliens et/ou fournis par Thales, dont Dassault Aviation détient 26 %. Selon la demande, Dassault Aviation peut franciser entre 0 et 50 % de la plateforme israélienne.

Pourtant le communiqué du ministère de la Défense du 21 juillet était clair. Le nouveau système de drone MALE devait être fourni aux armées françaises en 2014, était-il écrit. Loin des quatre ans suggérés par Eric Trappier. Et Dassault Aviation proposait bien "une version francisée et évolutive du Heron TP en coopération avec la société israélienne IAI. Le développement de la solution F-Heron TP impliquera, autour de Dassault Aviation, plusieurs entreprises françaises au travers d'activités de haute valeur ajoutée, générant emplois et transferts de savoir-faire sur le territoire national. L'implication de ces entreprises va permettre de commencer à structurer une filière industrielle en préparation du futur système de drones MALE franco-britannique".

Le contrat du drone franco-britannique signé en juillet ?

Car à plus long terme, l'avionneur français et le groupe britannique BAE Systems ont été chargés par Paris et Londres, dans le cadre d'un traité franco-britannique de Lancaster House, de développer à l'horizon 2020 un drone MALE plus évolué. "Il reste maintenant à signer un contrat" avec les gouvernements, a souligné le directeur général. "S'il faut attendre le livre blanc, il n'y pas de problème", a-t-il ajouté. Jean-Yves Le Drian a annoncé la rédaction d'ici à la fin de l'année d'un "livre blanc", qui définira les objectifs et les besoins de la défense française."Tout a été réglé", a déclaré une source à Reuters.

La phase préparatoire du programme de drone Male, qui devrait durer 18 mois, représentera un investissement d'environ 20 millions d'euros pour chacun des deux pays. La répartition des tâches avec BAE Systems ne se dessinera qu'à la mise en oeuvre du programme, a-t-il ajouté.

Un drone de combat en 2030 

Enfin à plus long terme, Dassault Aviation prépare un drone de combat prévu pour l'horizon 2030, participant à la nouvelle génération d'avions de combat, pilotés ou non, qui succéderont à son Rafale et à l'Eurofighter (EADS, BAE Systems et l?italien Finmeccanica ). Le démonstrateur de drone de combat Neuron de Dassault Aviation effectuera son premier vol fin septembre, a annoncé Eric Trappier. Dassault Aviation et BAE Systems, qui souhaitent proposer un drone de combat dans le cadre du traité franco-britannique, attendent le lancement prochain d'études communes entre les deux pays dans ce domaine.
 

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Commentaires
a écrit le 23/07/2012 à 21:12 :
Beaucoup de bruit pour construire quelques avions modèles réduits dotés de technologies sophistiquées mais faisant partie de l'état de l'art. De là à parler de filière industrielle française, semble un peu pédant. Pour un budget de 40 millions d'euros. C'est une rigolade.
Il paraitrait plus simple d'acheter sur étagère un modèle qui fonctionne et faire du reverse engineering en ce qui concerne la miniaturisation des équipements.
Le budget est artificiellement gonflé par les frais d'étude pour décider de faire ou ne pas faire alors qu'il devrait être consacré à construire des prototypes.
a écrit le 14/06/2012 à 21:21 :
Nous sommes dans une Europe où l'Allemagne n'assume rien et profite du système à son avantage. Qu'on arrête ces conneries, on était très bien tout seul !
a écrit le 13/06/2012 à 16:19 :
Pression sur Dassault pour l'inciter à lâcher le morceau. Il ne peut être question de donner ce budget à EADS et aux allemands sauf si ces derniers avancent sur d'autres fronts comme celui des sous-marins. la discussion en ce moment même est largement ouverte. Le tandem Thales-DCNS-Dassault est prêt à faire un autre "EADS Mer" mais sans les allemands avec probablement les suédois et les italiens pour mieux les intégrer. Des portes de négociation sont possibles avec Dassault System bien distinctes pourtant de celles de l'armement mais entre les mains des futurs héritiers de Serge Dassault. Un pion désormais gênant.
a écrit le 13/06/2012 à 12:53 :
En matière d'équipements militaires, on a les moyens et les idées claires sur les armes modernes et on décide de faire. Si on tergiverse ce qui est notre cas depuis le départ de De Gaulle, on se retrouve comme en 1940 avec des militaires armés de bâtons pour arrêter un envahisseur qui lui à une armée moderne. Quand on n'a pas les moyens on doit avoir le courage de le dire et on élabore une stratégie efficace en fonction de ses moyens. Une précision : ne comptez pas sur les socialistes pour aborder ce sujet avec efficacité. Vous avez un bel exemple avec l?Afghanistan, nous dépendons d'un tiers Américains ou Russes qui a des gros porteurs pour rapatrier notre matériel. C'est pas beau cela. On va retirer nos troupes et quid du matériel qui reste sur place ? pourquoi pas une vente aux enchères pour boucher nos déficits.
Réponse de le 13/06/2012 à 15:03 :
Avec tous les matériels de guerre stockés sur cales dans les arsenaux , on peut sauf équipement "sensible" bien sur;quasiment tout abandonner sur place plutôt que rapatrier à grands frais.
Réponse de le 13/06/2012 à 15:13 :
De plus, comment comprendre que des décisions pour le long terme puissent être prises en fonction de sensibilités politiques (qui changent tous les 5 ans...) et nob pas en fonction des capacités techniques et industrilelles françaises ?
a écrit le 13/06/2012 à 11:44 :
Il est nécessaire de rebattre les cartes tant Dassault a pris du poids ces cinq dernières années. Il faut que EADS fasse entendre sa voix d'actionnaire "prépondérant" chez Dassault. Comptons sur Major Tom pour cela.
Réponse de le 14/06/2012 à 10:09 :
La réalité c'est qu'EADS est trop "petit" dans la défense. Et donner ce contrat à Dassault fait sens dans le cadre de l'accord avec BAE pour le développement d'un drone 100% européens. Alors que les allemands ne poussent pas franchement pour la construction européenne de la défense à cause de leur rapport particulier avec leur armée et tout ce qui a trait à la défense...
a écrit le 13/06/2012 à 10:48 :
Tout est dit dans l'article: Dassault travaille à une solution de drone MALE pour 2020 avec BAE. Mais comment le gouvernement veut-il que Dassault développe ses capacités sur de tels systèmes s'il n'est pas impliqué dans le projet de drone "d'interim".

Nous accusons deja un retard coupable sur les drones il faut arreter de tergiverser!
a écrit le 13/06/2012 à 10:20 :
Visiblement le drone français est bien un avion sans pilote!
a écrit le 13/06/2012 à 9:57 :
gros gros retard sur les drones de combat ca va pourtant être le nerf de la guerre si j ose dire dans l industrie de l armement dans les années à venir

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