La France, l'adieu aux armes ? (4/5)

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Respectée pour ses compétences par ses alliés, l'armée française appartient encore au club restreint des puissances militaires autonomes. Mais elle est aujourd'hui face à un tournant pour maintenir ses ambitions opérationnelles pourtant déjà en mode de "juste suffisance". La très forte contrainte budgétaire et surtout la rédaction d'un nouveau Livre Blanc vont avoir certainement des conséquences sur ses moyens, et donc son fonctionnement. C'est ce qui ressort des auditions à l'Assemblée nationale des quatre grands patrons de l'armée française réalisées en juillet. Le quatrième des cinq états des lieux proposés par "latribune.fr" dévoile une armée meurtrie par l'empilement des réformes la frappant, conjugué par un moindre intérêt du métier des armes en raison de la décrue des opérations extérieures.

Et le moral des soldats ? Il est chancelant, selon trois des quatre grands patrons des armées. Pourquoi ? Moins d?opérations extérieures à partir de 2012, sévères restructurations et entraînements sacrifiés entre autre pèsent lourdement sur le moral des armées, qui est "aujourd?hui au seuil d?alerte", estime le chef d?état-major des armées, l?amiral Edouard Guillaud. "Dans l?ensemble, explique-t-il, le personnel ressent une dégradation des conditions d?exercice du métier, en particulier dans les domaines du soutien. Il ne perçoit pas toujours la reconnaissance de ses efforts et de ses spécificités ? j?entends celles du métier des armes". Du coup, selon l?amiral, "il est tenté par le repli identitaire, celui de la couleur d?armée alors que nous vivons dans un monde où le caractère interarmées et combiné s?impose".

Un empilement de réformes mal accepté

Premier coup de blues des soldats, les restructurations permanentes initiées par le livre blanc de 2008 et la révision générale des politiques publiques (RGPP). Ces deux programmes "mettent en ?uvre une réforme profonde de l?organisation (des armées, ndlr) et de leurs modes de fonctionnement, la plus importante depuis la réforme Messmer de 1962", confirme l?amiral Edouard Guillaud. Au total, la Grande Muette doit supprimer environ 50.000 postes. La RGPP a exercé "une pression impitoyable sur les effectifs", confirme le  chef d?état-major de l?armée de terre, le général Bertrand Ract Madoux, qui plaide pour une pause dans les réformes et déplore "l?empilement simultané de différentes réformes". "Il ne faudrait pas en rajouter", souligne-t-il en outre.

Ce que confirme le chef de l?état-major de l?armée de l?air, le général Jean-Paul Paloméros : "nos armées sortent assez fatigués des réformes en cours, qu?elles ont dû mener en même temps que leurs opérations militaires. Une accumulation de réformes ne constituant pas une réforme en soi, les réformes à venir devront donc être réfléchies et cadencée". Ce dernier constate également que "le moral des hommes est contrasté" : "à la grande fierté qu?inspire l?accomplissement des missions s?associe, parfois, le sentiment d?un manque de reconnaissance ou un doute quant au fait de savoir si les réformes courageuses et difficiles qui ont été mises en ?uvre suffiront".

Une vraie lassitude des réformes

"Nous avons déjà supprimé plus de 32.000 postes" mais "le plus dur reste à faire" même si "nous sommes en avance sur la trajectoire prévue", précise l?amiral Edouard Guillaud. Car, il reste encore 16.000 postes "à déflater", dont "certains ne sont pas identifiés". Dans l?armée de l?air, il reste par exemple encore à réduire un tiers de l?objectif des 16.000 postes à supprimer. Et l?amiral Guillaud de marteler, "le rythme des réformes provoque une vraie lassitude. L?aspiration à une pause, à une stabilisation des structures est très largement partagée". "Cette lourde réforme a vu des unités perdre leur repère" au niveau de l?échelon régimentaire, précise de son côté le chef d?état-major de l?armée de terre, qui a vu ses effectifs fondre en dessous du seuil symbolique de 100.000 militaires. Une lassitude doublée "d?inquiétudes sur l?avenir d?autant que la situation de la majorité de notre personnel est précaire ? 65 % des militaires sont des contractuels". En conséquence, indique le chef d?état-major des armées, "la conduite de notre transformation devient de plus en plus difficile". Ce qui n?a pas obéré "la résistance exceptionnelle" des soldats français "à la douleur, à la fois dans l?engagement et dans la perte de camarades", rappelle le général Ract Madoux.

Le moral dans les chaussettes

Deuxième coup au moral, la fin des opérations en Afghanistan, notamment. "L?impact du retour d?Afghanistan pour l?armée de terre sera difficile à gérer et c?est en partie une question de commandement. Cela ne sera pas simple et cela fait l?objet d?une attention particulière", explique l?amiral Guillaud, qui compte notamment "jouer sur les jours d?activité en entraînement opérationnel pour conserver la motivation et des savoir-faire". Un effort devra toutefois être réalisé car comme le rappelle le général Ract Madoux, car "l?armée de terre ne dispose plus totalement des ressources nécessaires à une préparation opérationnelle minimum". Tout comme l?entretien programmé des équipements. "Ma plus grande préoccupation reste la disponibilité des matériels, dont dépendent nos capacités opérationnelles, sans parler des effets sur le moral des hommes", note pour sa part le général Paloméros. Ce qui aggrave le blues des soldats. Et l?amiral Guillaud constate déjà "une baisse de moral ? c?est humain ! ? et nous en sommes conscients". De son côté, le général Ract Madoux veille "à ne pas rendre la vie de ces jeunes soldats ou de ces jeunes cadres, qu?ils soient officiers ou sous-officiers, inintéressante ou répétitive" en raison de la baisse du nombre des opérations extérieures.

Retrouvez les épisodes précédents :

> France, l'adieu aux armes (1/5) "L'armée française ne peut tenir certains de ses contrats opérationnels"

> France, l'adieu aux armes (2/5) "En matière d'équipements militaires, la France oscille entre grandeur et décadence"

> France, l'adieu aux armes (3/5) "Les déficiences dans l'entretien des matériels français"

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Commentaires
a écrit le 30/08/2012 à 14:15 :
le décrue des opérations extérieures serait une source de démobilisation? Bien non militaire, je reste suspicieux sur cette affirmation : la guerre ne peut être qu'épisodique pour un soldat... Côte USA, les rotations continuelles au Moyen Orient désorientent les soldats et leur famille, alors qu'en France, ce serait une forme de réalisation personnelle? Ne prend on pas les français et nos soldats pour des idiots?
Réponse de le 07/02/2013 à 22:27 :
Il est vrai que l'on risque pas en France d?être militaire pour la solde,l'armée est un vecteur économique considérable car toutes les entreprise de défense réinjecte des moyens financier et impôts dans la balance commerciale,il faut mieux gérer celle si est réduire les officiers supérieur ne plus passer par des usines a gaz style DGA DCNS et j'en passe est des meilleurs faire jouer la concurrence , être rationnelle acheter sur étagère et ensuite financer sur du long terme la recherche militaire ou des programme réaliste pas corporatiste, je suis d'accord avec vous sur l'analyse une bonne armée est une armée toujours en mission
a écrit le 30/08/2012 à 14:09 :
Sans service national et avec une armée comportant peu d'effectifs, la nation s'identifie plus difficilement à ses soldats! Ce n'est pas le discours politique qui permettra cette identification, car un discours engagera rarement celui qui le prononce, alors qu'un sacrifice est irrémédiable une fois qu'il est fait...
a écrit le 30/08/2012 à 10:30 :
le morale des armée est aussi bas car personne en france (ou presque) ne reconnait leurs actions. on entend partout : "l'armée sert a rien et coute trop chers". arretez de dire n'importe quoi sur des sujets que vous ne connaissez pas et ça ira deja mieux!
a écrit le 30/08/2012 à 10:30 :
le morale des armée est aussi bas car personne en france (ou presque) ne reconnait leurs actions. on entend partout : "l'armée sert a rien et coute trop chers". arretez de dire n'importe quoi sur des sujets que vous ne connaissez pas et ça ira deja mieux!
a écrit le 30/08/2012 à 10:30 :
le morale des armée est aussi bas car personne en france (ou presque) ne reconnait leurs actions. on entend partout : "l'armée sert a rien et coute trop chers". arretez de dire n'importe quoi sur des sujets que vous ne connaissez pas et ça ira deja mieux!
a écrit le 30/08/2012 à 10:00 :
Il en est d'une certane idee de la france. Fiere et forte elle se doit d'avoir une armee a sa hauteur. C'est pas avec les touche moi mon pote que ça ira dans le bon sens. Comme on en appelle à marseille l'armée doit venir en renfort de la police et pas à se promener par 3 pour vigipirate mais aider la police lors d'émeures, lutte anti drogue... Un pays fort et un peuple fier se doit d'avoir une armée à son image. C'est bien les zep et les hotel pour roms mais le service militaire revisiter c'est mieux. Envoyer des petits délinquants casser des cailloux à cayenne serait idéal
Réponse de le 30/08/2012 à 10:25 :
Bravo pour la formule quoique un peu rude, mais le service militaire manque vraiment à cette société qui va n'importe où, ne serait ce que pour donné le sens de la hiérarchie à tous ces jeunes qui ne savent pas se tenir et à qui les parents n'ont pas donné le minimum de respect, d'autre part, il devrait être possible de le couplé avec le service civique pour ceux et celles qui regorgent de bien être à donné, de plus l'armée pourrait compenser son manque d'utilité par les contingents qui lui arriveraient de nouveau, Napoléon, ne c'était pas trompé en faisant la conscription obligatoire, pour former la cohésion de la nation
Réponse de le 30/08/2012 à 11:06 :
Avant de défendre votre "idée de la France" apprenez déjà à écrire correctement en français. Vous aurez tout le temps ensuite de critiquer les "jeunes" que vous ne connaissez probablement que par le journal de TF1 mais qui eux connaissent leur langue et savent probablement aussi bien se tenir que vous.
Réponse de le 30/08/2012 à 11:33 :
@caux 76: de nos jours le service n'est plus utile, le respect doit etre donné par les parents et non par l'etat (armée, ecole, police, etc...) il ne faut pas confondre. qd à la cohésion de la nation je pense qu'il y a deja trop de mal fait pour pouvoir la recréer comme au XIX eme.
Réponse de le 30/08/2012 à 11:33 :
@caux 76: de nos jours le service n'est plus utile, le respect doit etre donné par les parents et non par l'etat (armée, ecole, police, etc...) il ne faut pas confondre. qd à la cohésion de la nation je pense qu'il y a deja trop de mal fait pour pouvoir la recréer comme au XIX eme.
Réponse de le 30/08/2012 à 11:33 :
@caux 76: de nos jours le service n'est plus utile, le respect doit etre donné par les parents et non par l'etat (armée, ecole, police, etc...) il ne faut pas confondre. qd à la cohésion de la nation je pense qu'il y a deja trop de mal fait pour pouvoir la recréer comme au XIX eme.

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