La France, l'adieu aux armes ? (2/5)

 |   |  1760  mots
Copyright Reuters
Copyright Reuters (Crédits : © 2010 Thomson Reuters)
Respectée par ses alliés, l'armée française, qui appartient encore au club très restreint des puissances militaires autonomes, est aujourd'hui face à un tournant dans ses ambitions opérationnelles pourtant déjà en mode de "juste suffisance". La très forte contrainte budgétaire et surtout la rédaction d'un nouveau Livre Blanc vont avoir très certainement des conséquences sur ses moyens, et donc son fonctionnement. C'est ce qui ressort des auditions à l'Assemblée nationale des quatre grands patrons de l'armée française réalisées en juillet. Le deuxième des cinq états des lieux proposés par "latribune.fr" met en lumière les lacunes dans les équipements des trois armées. Ce qui les oblige à faire des impasses dans la mise en place de leurs dispositifs, notamment sur les théâtres d'opérations extérieures. Au détriment de la sécurité des soldats.

Entre grandeur et décadence, la France oscille. L'état des lieux en matière d'équipements militaires est inquiétant mais ces lacunes ne sont pas encore irréversibles... à condition de poursuivre l'effort de renouvellement des systèmes d'armes, dont certains datent déjà des années 1970. Car la panoplie du soldat français a quelques trous. Et pas des moindres. "Aujourd'hui je dois constater que la cohérence de nos armées est mise à mal", explique le patron des armées, l'amiral Edouard Guillaud. Et d'énumérer certaines lacunes bien connues de l'armée française et des experts.

Les avions ravitailleurs français ont près de 50 ans

Certaines capacités "nous font défaut, comme le SEAD - la suppression des défenses antiaériennes ennemies - en général indispensable pour entrer en premier" en territoire hostile, précise l'amiral Edouard Guillaud. Ce qui n'a toutefois pas empêché les pilotes de l'armée de l'air française de s'illustrer en Libye lors de l'opération Harmattan. Tout aussi inquiétant, l'armée française ne dispose pas d'avions de ravitaillement en vol performants, qui servent pourtant encore dans les Forces aériennes stratégiques (dissuasion nucléaire), et de drones MALE (Moyenne altitude et longue endurance). Ces capacités sont "notoirement insuffisantes" alors que d'autres sont "d'une conception suffisamment anciennes pour que leur modernisation, leur entretien ou leur mise aux normes d'exploitation actuelles deviennent très coûteuse", précise l'amiral Edouard Guillaud. A l'image des matériels datant des années 70 et 80 comme le missile Milan, les véhicules de l'avant blindés (VAB), les avions de reconnaissance ATL 2, les hélicoptères Cougar...

"Nos vénérables Boeing ravitailleurs approchent de la cinquantaine !", ironise en outre le chef d'état-major des armées. "L'âge des ravitailleurs en vol est une incontestable faiblesse", confirme le chef d'état-major de l'armée de l'air, le général Jean-Paul Paloméros, qui souhaiterait disposer d'Airbus A330. "Les produits choisis (A330, ndlr) par le Royaume-Uni, les Emirats arabes unis et l'Arabie saoudite correspondraient tout à fait, par leur polyvalence, à nos besoins», assure-t-il.

"Le feuilleton des drones n'a que trop duré"

Le chef de l'état-major de l'armée de l'air regrette également les retards de la modernisation des Mirage 2000D (multirôle), pourtant validée en 2008, et des radars. "La rénovation de nos radars, dans le but de les porter aux meilleurs standards technologiques, a été retardée et pose dès lors un réel problème, explique-t-il. C'est dommage car cette rénovation permettrait d'améliorer notre plancher de détection et de réduit les coûts de fonctionnement et de maintenance de radars en voie d'obsolescence". Autre besoin criant, les drones MALE qui restent encore à ce jour l'une de ses préoccupations majeures même si l'armée de l'air a pu déployer en Afghanistan des Harfang, qui ont effectué plus de 5.000 heures de vol en trois ans, et a pu mettre en service un exemplaire en Libye, dans les dernières semaines de l'opération Harmattan. "Cette performance, pour excellente qu'elle soit, ne saurait suffire", indique-t-il.

Car, regrette-t-il, "il est clair que les drones nous auraient beaucoup simplifié la tâche pour les premières opérations en Libye". Et de taper du poing sur la table en estimant que "le feuilleton des drones n'a que trop duré". En conséquence, "il est urgent de renouveler les drones qui, acquis dans les années 90, sont en voie d'obsolescence, notamment au regard de leur système informatique, dont la puissance équivaut à un dixième de celle d'un iphone". Le général Jean-Paul Paloméros recommande l'achat d'un système américain. "Des systèmes américains ou israéliens sont actuellement disponibles - compte tenu des cours de l'euro et de la monnaie américaine -, il peut être intéressant d'acheter dans la zone dollar". D'autant que, rappelle-t-il, la Grande-Bretagne et l'Italie ont choisi le Predator. Seule l'Allemagne a opté pour des drones israéliens Heron 1.

Le déficit "béant" du transport aérien

Autre lacune très inquiétante pour l'armée de l'air, le transport aérien. « Le déficit est béant puisque nous ne satisfaisons que 25 % à 30 % de cet exigeant contrat », explique le chef de l'état-major de l'armée de l'air. Un déficit en partie comblé par le commandement du transport aérien européen (EATC), qui mutualise depuis deux ans les flottes de transport de la France, de l'Allemagne, de la Belgique et des Pays-Bas. « Mais cette structure ne dispose que de flottes vieillissantes en attendant mieux, c'est-à-dire l'A400M », précise le général Paloméros. « Nous avons un besoin urgent de l'A400M », dont les premiers exemplaires devraient être opérationnels dans l'armée de l'air en 2013, rappelle-t-il.

Sur les océans, les lacunes sont tout aussi significatives. Le chef d'état-major de la marine, l'amiral Bernard Rogel, va devoir faire l'impasse sur le deuxième porte-avions (soit entre 3 et 5 milliards d'euros) compte tenu des contraintes budgétaires. Et la France fera l'impasse de la permanence à la mer. D'une manière générale, l'amiral Bernard Rogel recommande le maintien du format de la marine, "au moins au niveau actuel". Notamment, précise-t-il, dans le domaine des sous-marins et des mines. "Aujourd'hui, 43 Etats utilisent des sous-marins, contre 10 au moment de la Guerre Froide", rappelle-t-il. Sans compter que les frégates de lutte anti-sous-marine ont 28 ans de moyenne d'âge "alors qu'il est difficile de dépasser 30 ans". Bref, la Marine gère la pénurie. C'est d'autant plus vrai qu'elle dispose encore, pour l'action de l'Etat en mer, de 28 hélicoptères Alouette III, qui ont maintenant 50 ans.

Des patrouilleurs à bout de souffle

Un bateau de surveillance par Pour surveiller et protéger toute la Zone économique exclusive (ZEE), la marine ne dispose que de six frégates de surveillance, de 20 patrouilleurs P400, de quelques bâtiments de transport légers (Batral) à bout de souffle. Des bâtiments touchés par des réductions temporaires de capacité (RTC). "Nous avons effectivement à la mer environ un bateau de surveillance par territoire métropolitain", regrette l'amiral Bernard Rogel. Il compte beaucoup sur le programme interministériel de bâtiment multimissions, de gros navires de soutien de type civil armés par la marine, lancé en 2011. "J'espère que les contraintes budgétaires actuelles permettront de le conserver", s'interroge-t-il. La marine a également décidé, dans le cadre de ce programme, d'acquérir deux patrouilleurs pour la Guyane d'ici à 2016 compte tenu des problèmes rencontrés sur place pour la pêche et le pétrole en attendant le programme Batsimar (Bâtiment de surveillance et d'intervention maritime), qui ont pour objet de remplacer les P 400 et les Batral.

Les crédits affectés à l'armée de terre "insuffisants"

Chez les terriens, c'est aussi la soupe à la grimace. "Le montant des crédits affectés à l'armée de terre depuis des années est modeste, voire insuffisant", déplore le chef d'état-major de l'armée de terre, le général Bertrand Ract Madoux. Ce qui tombe plutôt mal. Car certains grands équipements de l'armée de terre doivent être renouvelés... rapidement. D'autant que comme le rappelle, le général Ract Madoux, la "cohérence" de l'armée de terre est "mise à mal par la coexistence de matériels les plus modernes et d'autres obsolescents". Car elle subit "la double contrainte du maintien en service de matériels d'ancienne génération dont le coût d'entretien est de plus en plus élevé, et de la prise en compte de matériels de dernière génération, dont la technologie est malheureusement coûteuse". Et donc, selon le chef d'état-major de l'armée de terre, "tout le défi réside dans la poursuite du renouvellement des équipements majeurs, principalement dans le cadre du programme Scorpion".

Il consiste à remplacer les blindés de la classe des 20 tonnes (VAB, AMX 10RC et ERC Sagaie), les plus utilisés en opérations depuis 40 ans par les programmes VBMR (véhicule blindé multirôle) et lERC (engin blindé de reconnaissance et de combat). « Ce besoin de modernité et de cohérence est essentiel à la capacité opérationnelle future de l'armée de terre », rappelle le général Ract Madoux. Au-delà de ces blindés, il a également besoin de nouveaux drones tactiques. Et de préciser que l'armée de terre "éprouve un vif intérêt" pour le projet de drones Watchkeeper qui équipe déjà l'armée britannique. Ce matériel pourrait remplacer les systèmes de drone tactique intérimaire (SDTI) à bout de souffle. Enfin, le chef d'état-major se montre "vigilant" sur le renouvellement du parc des hélicoptères de transport par les nouveaux NH90 (133 exemplaires prévus). "Nous devons protéger ce programme majeur pour l'armée de terre des habituelles tentations d'économies et de rationalisations", estime le général Ract Madoux.

"Tout renoncement est potentiellement irréversible"

D'une façon générale, le chef d'état-major des armées, l'amiral Edouard Guillaud, rappelle que "le temps du développement capacitaire est long, très long ! Le développement, l'industrialisation, l'emploi et le démantèlement d'un matériel militaire se mesurent en dizaines d'années. Ils impliquent des capacités industrielles pointues et dédiées. Tout renoncement est potentiellement irréversible". Il faudra que les rédacteurs du livre blanc prennent en compte cette donnée éminemment stratégique... Car comme le rappelle l'amiral Guillaud, s'il n'y avait pas eu les missiles balistiques nucléaires M1, M2 et M20 puis le S3 sur le plateau d'Albion, il n'y aurait pas eu Ariane 2, puis Ariane 3...

Tout comme Bull ne serait pas reconnu dans le monde entier pour ses calculateurs de très grande puissance sans la dissuasion nucléaire, qui a financé un programme français de simulation au lieu de l'acheter au Japon ou aux Etats-Unis. Sans la force nucléaire stratégique, qui a permis le développement des commandes de vol électrique des Mirage 2000, Airbus ne serait pas le champion qu'il est grâce aux commandes électriques. Et au final, explique-t-il, "il faudrait de toute façon dépenser de l'argent pour obtenir le même résultat dans ce domaine. Nous ne réaliserions donc pas les économies que certains imaginent". Mais l'imagination de Bercy est semble-t-il sans limite...

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 29/08/2012 à 2:09 :
Je rêve! On parle de l'Europe et de ses politiques communes et de l'OTAN. Ces notions ne se mélangent pas! Il n'y aura pas de l'Europe et de ses politiques communes tant que l'OTAN existe et l'OTAN existe grâce aux Américains et leurs elites au pouvoir en Europe.
a écrit le 28/08/2012 à 22:51 :
Vous avez raisons, c'est très dommage que l'armée française ne dispose plus des crédits qui lui étaient accordés, comme par exemples ceux qui avaient servi à construire la ligne Maginot ou les bateaux de guerres sabordés à Toulon et à Mers el Kébir;
Ne parlons pas du coût de la prestigieuse guerre d'Indochine, ni de la glorieuse guerre d'Algérie (ah oui, pardon, ce n'était pas une guerre, c'était une opération de police à plusieurs millions de morts), menée juste après la 2ème guerre mondiale, alors que la plupart des Français souffraient des destructions et des privations (cf. hivers 1954).
Ne parlons pas non plus des divers interventions dans divers pays sous-développés, sous les prétextes les plus divers : ce n'est sûrement pas le contribuable français qui en tire un quelconque profit;
Regardez les japonais et les allemands : si leur économie se porte plutôt bien, c'est parce qu'ils n'ont pas d'armée à financer
Réponse de le 29/08/2012 à 13:32 :
Juste une petite question : savez vous à quoi ressemblent les armées allemandes et japonaises? Leur marine? Leur aviation ? Alors à ce moment la il ne vous reste plus qu'à vous taire: elles sont de trÚs haut niveau...
a écrit le 28/08/2012 à 22:07 :
des solutions existent, mais elles ne sont proposer ni par polytechnicien ni par énarque. donc elles sont balayer d'un revers de main. nous ne pourrons que constater la chute. car c'est la la seul chose qu'il sache faire!

Coluche l'avait dit "...tu leur donnerais le Sahara, dans 5 ans ils achètent du sable ailleurs"
a écrit le 28/08/2012 à 19:14 :
Au sujet des Patrouilleurs P400, ce n'est pas 20 (vingt) mais 5 qui sont actuellement en service. Et bientôt 4 avec le retrait du service actif de La Tapageuse.
Il restera donc les P400 suivant :
P684 La Capricieuse - P686 La Glorieuse - P687 La Gracieuse - P688 La Moqueuse.
a écrit le 28/08/2012 à 15:55 :
Quel beau plaidoyer pour notre lobby militaro-industriel (Dassault, Thalès,...) dont on connait la capacité à proposer des matériels invendables à l'étranger. ce lobby au lieu de faire des efforts pour produire vers l'export, se complait dans un assistanat depuis des années,...
Réponse de le 28/08/2012 à 23:23 :
Crétin
Dassault et Thales font environ les 2/3 de leur CA à l'export....
Invendables à l'étranger dites vous ? Êtes vous seulement allé sur leurs sites internet voir les annonces des contrats récents ?
a écrit le 28/08/2012 à 13:34 :
"Respectée par SES alliés". Ça fait un peu mal aux yeux, surtout dès la première ligne.
a écrit le 28/08/2012 à 12:42 :
Il ne faut jamais remettre en cause notre armée, c'est elle qui est garant de notre paix et de notre liberté.
Si nous voulons faire des économies, ce n'est pas sur elle qui faut la faire mais plutôt en cessant de donner des aides à tous ces immigrés qui viennent nous parasiter en France et profiter allègrement de note hospitalité!
Car surtout quand on sait que beaucoup sont des islamiste en puissance et donc des terroristes potentiels sur notre sol!
Réponse de le 28/08/2012 à 16:09 :
D'accord et pas d'accord.... D'accord pour les aides donnée aux etragé. pas d'accord sur le principe de islamiste=terroriste... Les terroriste ne sont pas islamistes, et l'islam est une religion tout a fait respectable (pour info: je suis athé)
a écrit le 28/08/2012 à 12:06 :
Il est très intéressant de vous lire messieurs, car sans l'approcher vraiment, vous tous dessinez un besoin évident d'une véritable intégration européenne...Oui des états unis d'une Europe qui saurait faire face à ses besoins de défense, tout en générant des emplois par des investissements ciblés.
Les critiques multiples sur la gestion de la crise économique, ses conséquences, ses manques politiques et démocratiques, ( les cas Grec, Espagnol etc) nous montre aussi que les états mermbres ont vendus de nombreux matériels militaires à la Grèce par exemple pour faire tourner la machine industrielle..
Faisons l'Europe de la défense, en créant de grands programmes militaires à l'échelle de l'Union, réduisant les coûts de développement comme aux USA, permettant des prix de vente à l'export plus compétitifs, et le cycle économique pourra aussi profiter à l'industrie aérospatiale, et tous les secteurs affiliés indirectement.
De cette union militaro-industrielle, produisant de la croissance (probablement pas suffisante en soi pour régler tous les problèmes certes) naitra un besoin d'Union politique in fine, et il est évident que l'Allemagne qui n'a que peu investit dans ses armées saurait faire valoir son apport d'argent frais pour un "service" de défense à la pointe de la technologie.
Réponse de le 28/08/2012 à 13:08 :
En effet à long terme cette Europe de la défense semble inéluctable pour maintenir les capacités industrielles, cependant plusieurs questions font encore obstacles : ok pour l'intégration industrielle, mais quid de la prise de décision d'intervenir en un lieu ou non ? Comment mettre en place des programmes efficients quand chaque pays ne parle que compensation industrielle lors des négociations et qu'on abouti à des aberrations industrielles (Eurofighter et ses 4 lignes d'assemblages et centres de test, ou pays surestimant leurs besoins pour augmenter les compensations dans le programme A400M par ex.) ? Par contre deux points à nuancer je pense dans votre commentaire : la réduction des coûts aux USA est plus une arlésienne qu'autre chose (le JSF/F35 qui devait être un avion abordable et qui va devenir l'un des programmes les plus couteux de l'histoire avec des dérapages de +600%) et sur ce point ils ne sont pas forcément un modèle. Et il ne faut pas oublier que l'Allemagne investi dans le secteur de la défense contrairement à ce que l'on pense (top 3 des dépenses d'équipement militaire en europe en 2003 : UK 6699M euros, FR 5618, ALL 3445)
Réponse de le 28/08/2012 à 14:06 :
Il n'y a aura pas de défense européenne sans une Europe politique et diplomatique et nous en sommes loin, très loin...
Réponse de le 28/08/2012 à 14:15 :
D'accord pour l'Europe de la défense, d'accord aussi que la route pour y arriver sera longue. Déjà faudrait-il que les gouvernements concernés, surtout en France et au RU, soient plus transparents avec leurs électorats. Qu'ils expliquent que des pays qui représentent moins d'un pour cent de la population mondiale ne peuvent pas tout faire et qu'ils sont loin de l'époque où ils pouvaient prétendre à une portée planétaire. Que des compromis seront nécessaires, que ce soit sur le choix des fournisseurs ou sur le partage des responsabilités stratégiques et opérationnelles. Qu'une géométrie européenne ne peut se dessiner que dans le cadre de l'OTAN. Et j'ajouterai qu'il est temps de comprendre que les notions d'antan de souveraineté nationale sont complètement dépassées. Mieux vaut faire le rappel des valeurs communes qui nous réunissent (et nous en avons beaucoup !), qui sont menacées et que nous devons défendre ensemble.
Réponse de le 28/08/2012 à 15:38 :
@X, il est certains que la décision d'intervention exctérieure ne se fera avec fluidité que le jour où une Union concrète avec un parlement, un président et donc une seule voix pour parler sera là, pas pour tout de suite donc, j'en conviens, (mêrme si la France et l'Angleterre ont bien travaillé de concert en Libye ) . Cependant je pense que l'on ne peut pas uniquement parler de l'A400M pour montrer les difficultés d'une alliance européenne, car les succès d'Airbus sont nombreux, rappelons-nous que nous n'étions rien dans les années 70 face à Boeing. Oui travailler entre pays différents, de cultures différentes, peut être difficile, mais Ariane est un autre succès de coopération, et nous devons faire avec ces difficultés, qui comme vous le faites remarquer sont aussi réelles aux USA pour d'autres raisons...Il n'empêche les USA nous ont montré qu'ils pouvaient atteindre une taille critique de développement qui permet d'obtenir d'autres marchés, voir d'imposer des "standards"... Mon inquiétude et ma certitude que nous devons converger, (d'abord industriellement) vient du fait que la Chine a augmenté son budget de 40% en 5 ans (180 Mds d'euros en 2011), les USA de 20% (640 mds...) la Russie de 25% (80 Mds) et on entend Poutine dire qu'il veut acheter 800 avions... et la France, RU et l'Allemagne stagnent au mieux..
Une Europe unie ce serait un budget de près de 150 Mds, oui nécessitant des arbitrages intelligents (cf votre point sur Eurofighter) mais le Monde qui vient ne respectera que les puissances militaires vraiment "capables", surtout avec des pays non alignés qui auront l'arme nucléaire tôt ou tard, et quand on voit avec quelle rapidité l'Union a mobilisé 120 milliards pour des programmes de relance en Juillet..
Réponse de le 28/08/2012 à 16:05 :
Je suis bien d'accord avec vous sur le fait qu'une convergence industrielle est souhaitable et à mon avis se fera à moyen terme. Et les difficultés des programmes actuels permettront d'apprendre pour améliorer les différents projets. Par contre il est clair qu'une union politique sur les questions militaires n'est pas prête de voir le jour ... Je pense même que l'union sur les questions militaires sera l'une des dernières à se faire.
Réponse de le 28/08/2012 à 17:13 :
Je partage également l'opinion selon laquelle une perception commune des questions militaires est très lointaine. En revanche, la convergence industrielle progresse malgré tout, ainsi que la coopération entre armées... Je pense que l'on réagit excessivement par rapport aux échecs ou insuffisances supposées de certains programmes phares ; par exemple l'avion top moderne...
a écrit le 28/08/2012 à 11:48 :
Je trouve ces témoignages des chefs d'état-major de très haut niveau.
Affectés à ces fonctions à l'issu d'une carrière opérationnelle réussie, emplie de lourdes responsabilités humaines et techniques. Ils savent de quoi ils parlent et leur conviction n'est entachée ni d'espoirs électoralistes, ni d'attente de promotion ou de stocks options.
Nous ne les entendons pas assez ni certainement ceux qui décident.
Ceux-là sont des énarques, fraichement sortis d'études virtuelles, n'ayant aucune expérience de responsabilité, imbus de leur verbiage et grouillant à Bercy et dans les cabinets se considérant au-dessus de tout le monde.
Malheureusement les prochaines décisions seront prises sans autre argument que celui d'économies "faciles".
Les conséquences seront grandes, irréversibles, dangereuses, couteuses. Mais l'irresponsabilité de ceux qui les prendront est évidente.
Et pourtant, il y a bien d'autres possibilités d'économies dans notre pléthorique administration.
Réponse de le 28/08/2012 à 12:40 :
Avec nos 3 millions de chômeurs et nos déficits béants, il faudra acheter français ou européens et en aucune façon américain même s'il faut attendre selon le cas, car rien ne presse.
a écrit le 28/08/2012 à 10:50 :
On ne peut que privilégier quelques secteurs clés très technologiques et potentiellement porteurs d'avenir pour maintenir la "paix". Pour les autres on doit solliciter l'Europe, essentiellement l'Allemagne; qui doit mettre au pot également et surtout car dans ce domaine elle ne peut avoir le beurre de l'Europe et l'argent du beurre de l'Otan.
a écrit le 28/08/2012 à 10:10 :
Pour conserver la paix , Prepare la guerre.
Retablir le service militaire, et donner à nos soldats les armes d'aujourd'hui pour faire face
aux actions que decide le pouvoir politique, bien eloigner parfois de la realite des theatres d'operations.
a écrit le 28/08/2012 à 9:59 :
Une solution passe peut être par les mêmes politiques que celles adoptées par plusieurs de nos voisins, dont le Royaume Uni : admettre qu'avec les coûts qu'atteignent les développements actuels, un état européen n'a plus les moyens de les financer. En conséquences ces pays ont identifiés des secteurs considérés comme clés pour le maintien de la souveraineté (7 pour le RU, dont les drones, les systèmes électroniques de surveillance/détection ...) et les politiques gouvernementales soutiennent uniquement ces domaines. Pour le reste, si les industriels veulent continuer les développements à eux de financer ou de trouver d'autres moyens de financement (cf le programme JSF). Cette politique n'a pas empêché le RU de maintenir ses emplois et ses plans de charge dans l'industrie, tout en donnant satisfaction aux armées. Applicable en France ?
Réponse de le 28/08/2012 à 10:31 :
Copier ses voisins (le "benchmarking" en est le nom "scientifique"), c'est la pensée "Bercy" par excellence : elle résulte fondamentalement d'une non prise de décision... L'exemple du Royaume-Uni est le plus mauvais qui puisse être pris en terme militaire! Non pas que notre voisin ait de mauvais militaires ou de mauvais matériels, mais qu'il a poussé l'absence de réflexion sur ses besoins au sommet. Le Royaume Uni bâti sa défense sur autrui : les USA et l'Europe, ce n'est pas absurde mais est ce suffisant? Pour le reste c'est la misère. Faut il rappeler que le Royaume Uni est une île, qu'elle ne produit pas grand chose, et qu'elle dispose d'une marine à peine meilleure que la nôtre qui sommes sur le continent. S'agissant des choix militaires, la question des porte-avions est absolument pitoyable et indigne : la décision vers 2006 de lancer 2 porte-avions lourds à quelques années d'écart est de l'inconséquence notoire. Notre voisin ne pouvait pas ignorer quelles difficultés nous avons eue à financer sur de nombreux budgets un seul porte-avion moyen et son équipement,a lors deux lourds coup sur coup! Les hésitations du Royaume Uni sur la version du F35 qui équipera ses porte-nefs sont tristement comiques alors que son budget exsangue ne permettrait pas vraiment d'investir dans ce type d'équipements avant une bonne dizaine d'années. Les militaires ont l'avantage de vivre sur des temps, qui à l'image de leurs équipements, sont longs. C'est une chance de pouvoir raisonner dans la durée, mais il faut l'assumer!
Réponse de le 28/08/2012 à 10:54 :
Le Royaume Uni une ile qui ne produit rien ? Il ne faut quand même par oublier qu'en termes d'industrie de défense le RU est le troisième producteur européen, avec 165000 emplois directs. Et que BAE est le troisième groupe de défense mondial. Ensuite pour ce qui est de la Marine, le RU est certes une ile mais sa ZEE est deux fois moins importante que celle de la France (6M km² vs 11M). Enfin pour ce qui est des hésitations du F35, elles sont quand même essentiellement dues aux changements de conditions concernant la version STOVL, qui a même failli être abandonnée. Donc ces valses hésitations sont plus le fait de Lockheed Martin et du DoD US que du RU. Mais la question que je posais n'était pas tant de copier un voisin, mais plutôt de se demander si cette approche consistant à concentrer les efforts publics sur certains secteurs stratégiques (UAV, C4ISR, Cybersecurité, espace ...) n'est pas la bonne. Il est aujourd'hui reconnu quasi unanimement qu'aucun pays européen n'aura les moyens de lancer seul un nouveau programme d'avion de combat par exemple. Donc l'avenir n'est il pas à la spécialisation sur les secteurs clés et au lancement de programmes joints (en évitant les organisations type "Eurofighter" ou "A400M", mais en désignant un maitre d'oeuvre type Dassault pour le nEUROn) ? Je ne prétends pas qu'il s'agit de LA solution, mais je pense que la question mérite d'être posée.
Réponse de le 28/08/2012 à 11:40 :
Concentrer ses moyens limités sur certains secteurs est effectivement logique, je vous l'accorde. Je vous rejoins également sur les dangers d'une organisation Eurofighter ou A400M et je n'ai rien contre BAE. Pour le reste, une bonne logique se doit d'être mis en oeuvre. Le RU est effectivement une île avec des voisins paisibles (nous), plus encore que nous, elle doit sécuriser ses voies de transport maritime, sa marine est dans un état proche du nous... Nos décideurs vivent dans l'idée qu'un ennemie potentiel serait un pays passif comme l'Irak de Saddam, voici qui nous arrangerait bien! Le RU a fait le choix d'aider les USA à fond en Irak/Afghanistan, c'est un choix stratégique (je pense que les USA s'en souviendront), mais cela lui a pourri son budget militaire pendant 10 ans... S'agissant de programme militaire comme le F35, donneur d'ordre et fournisseur sont intimement liés et le RU en peut se défausser sur quiconque. Au delà de l'avion, le programme F35 avec son ambiance, vous êtes pour ou contre, est pour moi une erreur stratégique notoire! Bref, en matière d'achats militaires le RU n'est pas un exemple ; sur ce point nous avons un peu plus de suite dans les idées, mais pour combien de temps?
Réponse de le 28/08/2012 à 13:00 :
Je suis bien d'accord avec vous sur le fait que le programe F35 se réalise dans une ambiance "spéciale" pour être polie, mais justement je pense que les clients hors DoD US n'ont pas vraiment leur mot à dire ("vous n'êtes pas d'accord ? Dommage pour vous") et sont un certain nombre à se considérer comme lésés. Mais il faut souligner le formidable business model des US qui ont réussis à assécher les budgets de défense européens des états participants, empêchant de ce fait leur participation pour les prochaines années à de potentiels grands programmes européens (avion de combat 5ème génération par exemple). Ils ont fait d'une pierre deux coups, créant un marché captif et tuant la concurrence dans l'oeuf, et il serait bon que les industriels et états européens s'en souviennent à l'avenir. Par contre en ce qui concerne la marine anglaise je veux bien que vous développiez un peu plus pour répondre à ma question : certes elle est dans le même état que la notre, mais sachant que la ZEE concernée est moitié moins importante, est-ce un problème et en quoi en est-ce un ?
Réponse de le 28/08/2012 à 14:18 :
La ZEE française comprend la Polynésie (que je connais un peu) pour une grande part ; la défense des intérêts français et assimilés dans le Pacifique est issue de notre histoire respectable, mais économiquement la France pourrait s'en passer. La France peut bénéficier des moyens terrestres pour ses relations économiques, ce qui n'est pas le cas du RU. Mon opinion est que la sécurité du transport maritime (certes gêné par les pirates somaliens avec qui on prend des pincettes par soucis de légalisme et quelques mafias) n'est pas aussi solide qu'on ne le croit. Quand on voit ce que peut faire un mouvement imaginatif comme le Hezbollah, avec des moyens inférieurs à ceux d'un Etat, on se dit que le transport maritime peut être mis en danger assez facilement de l'autre bout du monde, sans forcément avoir de coûteux sous-marins nucléaires. Dans cette hypothèse, la présence en mer limite les risques.
Réponse de le 28/08/2012 à 16:07 :
Ok je comprends mieux votre point de vue, merci de l'eclaircissement (le domaine maritime est loin d'être celui où je peux me considérer comme compétent ...)
Réponse de le 28/08/2012 à 17:01 :
Bon c'est juste un point de vue personnel d'un non militaire, j'imagine qu'il n'est pas incontestable... S'agissant du RU, le remplacement des avions de surveillance maritime est également foireux. Ce n'est pas un jugement sur les matériels militaires anglais ni sur l'armée anglaise, mais sur les politiques publiques d'achats de matériels. La question des porte-avions lourds anglais reste pour moi une anomalie de taille cosmique. Comment a t on pu passer commande simultanément de deux porte-avions lourds et s'engager sur un avion aussi coûteux que le F35? La seule explication "rationnelle" que j'ai trouvé tient à l'exubérance financière des années 2000 ; la folie financière de la City a fortement profité aux finances publiques....
Réponse de le 29/08/2012 à 10:05 :
Il faut bien se souvenir qu'au début du programme, le F35 était présenté comme un avion qui ne serait pas couteux : participation au financements par plusieurs pays, retour d'expérience du F22 (le F35 ne devant être qu'un F22 downgradé et monoréacteur) ... Les US l'ont parfaitement vendu comme le moyen d'acquérir un avion de 5ème génération moins couteux que les 4.5 (Rafale et Eurofighter). Donc ce choix, d'un point de vue strictement budgétaire pouvait apparaitre comme rationnel. Bon ce qui l'était moins c'était de s'engager dans l'Eurofighter ET le F35 ...
a écrit le 28/08/2012 à 8:23 :
J'ai servi l'armée de l'air entre 1995 et 2001, et déjà en 2001 l'armée de l'air était dans un état pitoyable. Pas uniquement au niveau des matériels, mais surtout humain, tout le monde était démotivé et il y a eu une véritable hémorragie dans les années suivantes...généralement pas les plus mauvais ! Même le niveau d'entrainement des pilotes de chasses est limite, en respectant le niveau minimum imposé par l'OTAN.
Bref, nous avons une armée de pacotille...heureusement que l'Europe existe pour la paix...
Réponse de le 28/08/2012 à 9:47 :
Ce qui explique la defaite en 1940, une arme francaise bien equipee a l'epoque mais une troupe derriere a la traine et demotivee certainenment a cause d'un gouvernement de politicards de reveurs et d'imcapables comme aujourd'hui. En conclusion pour arrondir, la France est un pays qui ne peut pas evoluer sans un bon coup de botte de l'OTAN.
Réponse de le 28/08/2012 à 10:04 :
La troupe n'était pas si démotivée que cela en 40, loin s'en faut. Mais le commandement militaire vivait dans une autre époque...
Réponse de le 28/08/2012 à 10:12 :
Je vous conseille un excellent livre :
Le mythe de la guerre-éclair : La campagne de l'Ouest de 1940 de
Karl-Heinz Frieser
Réponse de le 28/08/2012 à 14:54 :
Mensonge : la France était mal équipée, avec du matériel datant de 1918 ! Les troupes ont tout tenté pour retarder la victoire inéluctable des allemands. Lisez les derniers livres sur la bataille de France, où les troupiers ont mérité le respect.
Réponse de le 28/08/2012 à 15:43 :
La France avait plus de chars que l'Allemagne et pas mal d'aviation, mais la conception des chars était inadaptée au mouvement (réservoir minuscule). Bref, ils étaient bien conçus pour avancer avec l'infanterie... Les allemands ne bénéficiaient que de quelques divisions bien équipées en matériels de transport. Tant que le combat a suivi une ligne de front bien établie nos troupes se sont battues courageusement, lorsque la ligne de front s'est rompue dans les Ardennes, ce fut l'incompréhension générale et la déroute...
Réponse de le 24/10/2012 à 22:57 :
C'est incroyable le nombre d'âneries qui sont écrites, lors de l'arrivée des socialistes au pouvoir en France au moment de la montée en puissance des nationaux socialistes allemands, le développement de la technologie militaire fut sabordé Dewoitine D520, Arsenal VG33 etc... comme la non-installation de radio dans les chars, pas de tourelles armées dans nos forteresses volantes (fautes de crédits) pas de bottes pour les soldats de l'infanterie etc...la liste est trop longue, mais bon, nos généreux de toute époque râlent mais ne démissionne jamais en signe de protestation

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :