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La ministre de la Recherche Geneviève Fioraso : "c'est le moment de lancer Ariane 6"

Michel Cabirol

Publié le 15 novembre 2012 à 14:35 - Mis à jour le 15 novembre 2012 à 14:46

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Après de longues négociations en France, la ministre de l'Enseignement supérieur en charge de l'Espace, Geneviève Fioraso, va défendre le lancement d'Ariane 6 lors de la conférence ministérielle des Etats membres de l'Agence spatiale européenne (ESA), qui se tient les 20 et 21 novembre à Naples. "Pour y arriver, nous devons prendre le chemin d'une solution intermédiaire, qui ne s'appellera pas Ariane 5 ME. Ce ne sera pas le même programme envisagé initialement", a-t-elle expliqué.

Quelles sont les ambitions françaises lors de la conférence ministérielle des pays membres de l'Agence spatiale européenne à Naples ?
Grandes. L'Etat et les industriels de la filière spatiale française sont parvenus à converger vers une position, qui constitue aujourd'hui la base de la proposition française. Si je disais que la vision du CNES et celle des industriels étaient convergentes à mon arrivée, je mentirais. J'ai donc demandé au CNES et aux industriels de se mettre autour d'une table avec l'aide du Directeur Général de l'ESA, Jean-Jacques Dordain, dans un rôle de modérateur pour qu'ils arrivent à cette proposition en vue de la conférence ministérielle de l'ESA. Les industriels ont quand même noté un changement de méthode avec l'arrivée de ce gouvernement. L'Etat a aussi joué un rôle de modérateur et d'apaisement. Deuxième problème à surmonter, ce dossier n'avait pas été instruit par mon prédécesseur. En 2008, la décision avait été prise de lancer un programme intermédiaire (Ariane 5 ME) et de remettre à 2012 une décision pour le lancement de la future génération de lanceurs. Mais, entre 2008 et 2012, au vu des dossiers que j'ai vu en arrivant dans ce ministère, il ne s'est pas passé grand-chose, en particulier en termes de travail coopératif entre les scientifiques, les constructeurs, les utilisateurs de satellite et leurs correspondants européens.

Quelle position commune de « l'équipe France » sur les lanceurs allez-vous défendre à Naples ?
Aujourd'hui, le lanceur Ariane est à un tournant de son histoire. Nous poursuivons quatre objectifs à travers la pérennité de ce programme : garder un accès à l'espace crucial pour notre souveraineté ; maintenir une filière industrielle intégrée et complète en Europe ; conserver notre expertise ainsi que nos emplois industriels et dans les bureaux d'études ; et, enfin, prendre en compte le marché et ses évolutions. La France, qui contribue financièrement à hauteur de 57 % au programme des lanceurs, doit bénéficier de la plus grande partie des retombées économiques en raison de cettecontribution majoritaire. A titre de comparaison, l'Allemagne, qui est le deuxième contributeur, finance ce programme seulement à hauteur de 17 %. J'ai à c?ur, surtout dans le contexte actuel, de préserver la qualité de cette filière de haute technologie duale (civil et militaire, ndlr) et maintenir ces emplois qualifiés. Car je crois davantage à la compétitivité de notre pays par la qualité de ses emplois qu'à une compétitivité basée prioritairement sur les coûts. Regardez son impact très important en Guyane. Si on compte les emplois directs et indirects, le port spatial de Kourou fait travailler 9.000 personnes. En France, cela représente plus de 16.000 emplois directs et 4 fois plus d'emplois indirects. C'est une véritable filière.

La France privilégiera-t-elle la solution Ariane 6 ou la modernisation d'Ariane, avec le programme Ariane 5 ME ?
C'est le marché qui fait la différence. Aujourd'hui, quelle est l'évolution du marché des lanceurs ? C'est l'arrivée de l'américain SpaceX et la poursuite du programme Proton avec les Russes. Les Chinois, et pourquoi pas les Indiens, vont certainement avancer. Dans le même temps, Arianespace détient encore plus de 50 % des parts de marché avec un lanceur double, Ariane 5. Cette entreprise prend entre 8 et 10 satellites par an sur un marché d'une vingtaine de satellites de télécoms auxquels il faut rajouter quelques satellites institutionnels. C'est un marché de niche, qui peut rapidement évoluer. Il est donc urgent de réfléchir à une nouvelle génération de lanceurs,mono satellite et plus modulaires. La situation du marché a vraiment évolué depuis 2008 et il faut en tenir compte.

Donc c'est Ariane 6...
... Il faut effectivement penser à la nouvelle génération qui doit être prête après 2020. Tout le gouvernement a convergé vers cette position en réunion interministérielle autour du Premier ministre. Au vu de la concurrence internationale et des besoinsdes clients d'Arianespace, c'est le moment de lancer Ariane 6 avec un premier exemplaire prêt pour 2021. Mais, parce qu'il y a un mais. Pour y arriver, nous devons prendre le chemin d'une solution intermédiaire, qui ne s'appellera pas Ariane 5 ME. Ce ne sera pas le même programme envisagé initialement.

Vous êtes parvenu à un compromis...
... Plutôt qu'un compromis, je parlerai de synergies. Nous allons réfléchir pendant 18 mois à une solution de transition, qui optimise au maximum ce qui sera réalisé pour Ariane 6. Nous prenons rendez-vous en 2014 et nous allons prendre le temps de bien définir les spécifications techniques du futur lanceur tout en préservant une étape intermédiaire en vue de pérenniser les emplois et les savoir-faire des industriels. Nous faisons en sorte de mettre en synergie tout ce qui peut l'être entre Ariane 5 ME et le futur Ariane 6.

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Cela va être compliqué de le faire accepter par l'Allemagne ?
L'espace est un élément très important dans la construction européenne. Le socle est franco-allemand et il nous faut, en effet, convaincre nos partenaires allemands que j'ai rencontré à Berlin, à Paris, à Genève. Mais ce socle n'est non plus exclusif. L'Italie, la Grande-Bretagne, la Suisse, le Luxembourg sont aussi impliqués dans la décision. Mais Ariane 6 est la solution approuvée par le gouvernement français et portée par l'ESA. Ce qui est quand même important. De son côté, l'Italie est totalement convaincue à tel point que Rome voulait même aller beaucoup plus vite vers la nouvelle génération de lanceurs. La dernière étape, c'est d'arriver à convaincre nos partenaires allemands. L'enjeu est là. Nous avons sensibilisé l'Allemagne sur les aspects du marché des lanceurs. J'ai beaucoup insisté sur ce point là car c'est un élément très important de l'analyse, c'est-à-dire le choix d'une accélération avec le nouveau lanceur Ariane 6. Ce n'est pas simplement un choix technologique ou d'une agence, c'est aussi parce qu'il y a le besoin du marché. Ce nouveau programme répond vraiment à l'attente des utilisateurs, dans un marché mondial de plus en plus compétitif .

La France arrive avec une position commune franco-française...
... C'était ma condition. Si on y allait en ordre dispersé, on s'affaiblissait. On peut réussir ou ne pas réussir. Je ne le prendrai pas cela comme une défaite personnelle si on n'arrive pas à une solution mais au moins, on se sera donné tous les moyens pour y arriver. Franchement, au vu des rendez-vous que j'ai eus quand je suis arrivée au ministère en juin en bilatéral avec tous les acteurs de la filière, je ne pensais pas que cela soit possible. Ils ont quand même signé le 18 septembre en bas d'un document de convergence. Il fallait rassembler tous ces acteurs pour qu'ils trouvent une solution « France"préservant l'intérêt général que l'on puisse faire prévaloir à l'Europe. Dans le domaine des lanceurs, la France est encore en position de force avec Safran, EADS Astrium aux Mureaux et plus de 50 % de contribution financière.

Au niveau financier, quelles sont les ordres de grandeur ?
Il faut encore affiner tout cela mais l'objectif est de rester globalement dans l'épure d'Ariane 6.

A Naples, il y a aussi des programmes de satellites. Les industriels de cette filière craignent d'être des laissés pour compte ?
Je ne crois pas du tout que notre politique dédiée à la filière lanceur compromette nos ambitions dans les autres filières, notamment satellitaire. Il faut aussi nous honorions nos engagements européens. Nous tiendrons nos engagements, dansle cadre d'une vision globale et, je l'espère, commune à tous les partenaires de l'ESA.

Préconisez-vous la préférence européenne en matière de lancement de satellites ?
Je suis européenne à 100 %. Tout ce qui nous permettra de mieux affronter la compétition au niveau mondial est crucial. Et si les Européens veulent nouer des partenariats au niveau mondial et être respectés, il faut avoir une taillecritique.

Voulez-vous revoir les règles de juste retour géographique comme le souhaitait votre prédécesseur ?
Ce mécanisme de l'ESA a été très, très efficace jusqu'à présent. En revanche, ce que demandeson directeur, Jean-Jacques Dordain, et qui me semble intéressant c'est de parler moins de juste retour mais de meilleur retour en vue d'une meilleure optimisation. Que chaque pays fasse la meilleure offre sur les différents programmes... Le saupoudrage européen amène parfois à des solutions techniques qui ne sont pas les meilleures. Nousavons un souci d'intégration. C'est un argument de sécurité et d'optimisation des coûts, qui peut être entendu.

La succession de Yannick d'Escatha est-elle enclenchée ou pas à la tête du CNES ?
Ce n'est pas à l'ordre du jour. Il y a un calendrier. Pour l'instant on est vraiment dans l'agenda de Naples.

Réfléchissez-vous à une consolidation de l'industrie spatiale française ?
Pour le coup, je ne ferai jamais de meccano industriel. C'est l'industrie qui est responsable de son destin, c'est à elle de le proposer si elle doit s'engager dans une croissance externe. Ce que je souhaite c'est que cette industrie se consolide au niveau européen. On les y aidera mais l'initiative doit venir des entreprises. Autant je suis favorable à un Etat stratège, autant je ne crois pas au Gosplan, ni àl'économie administrée...

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... mais l'Etat stratège peut avoir aussi une vision industrielle ?
Bien sûr, l'Etat doit avoir une vision industrielle. S'agissant des rapprochements à opérer, l'Etat peut les encourager et les accompagnermais ce sont les industriels qui construisent leur stratégie industrielle.

Michel Cabirol

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