Pourquoi Jean-Yves Le Drian a préféré la Défense à Matignon

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Jean-Yves Le Drian a souhaité poursuivre le travail entamé depuis deux ans au ministère de la Défense
Jean-Yves Le Drian a souhaité poursuivre le travail entamé depuis deux ans au ministère de la Défense (Crédits : Reuters)
L'ami de plus de trente ans de François Hollande a été reconduit à la Défense dans le gouvernement Valls. Comme il le souhaitait.

Courtisé par son ami de trente ans François Hollande pour Matignon et plus ou moins pressenti au ministère de l'Intérieur, Jean-Yves le Drian a résisté à toutes ces offres très alléchantes pour rester, comme il le souhaitait dès le départ, à l'Hôtel de Brienne, à la barre du ministère de la Défense. "Il a refusé Matignon", confirme-t-on à La Tribune. Car ce Breton très déterminé a dès 2007 - il avait alors soutenu la candidature de Ségolène Royal - voulu ce ministère pour lequel il s'est longuement préparé. Et pour une fois, celui qui voulait être ministre de la Défense, a été nommé contrairement à beaucoup d'autres cas de figure qui l'ont été par défaut...

"Il souhaite poursuivre le travail entamé depuis deux ans", explique un bon connaisseur du ministre. Jean-Yves Le Drian a lancé plusieurs grands chantiers (Loi de programmation militaire et contrats à l'exportation, notamment ) qu'il souhaite accompagner encore quelques mois. En tout cas au moins jusqu'aux élections régionales où il ne veut pas voir la région Bretagne lui échapper. S'il gagne - il a de bonnes chances d'y parvenir -, prendra-t-il le fauteuil de la région ou retournera-t-il à l'Hôtel de Brienne, ou plus exactement à Balard dans le futur Pentagone à la française ?

Plusieurs dossiers clés

Tout d'abord Jean-Yves Le Drian est le garant de la loi de programmation militaire (LPM), qui définit le budget du ministère sur six ans (2014-2019). Un budget de crise, certes, mais il a obtenu grâce aux arbitrages de François Hollande la moins mauvaise enveloppe budgétaire. Lors du 14 juillet 2013, François Hollande a annoncé avoir "sanctuarisé" le budget de la défense à 31,4 milliards d'euros par an sur toute la durée de la LPM. Bercy, bien appuyé par Matignon, voulait, lui, 28 milliards d'euros.

Pour autant, l'exécution de la LPM reste fragile avec des paris qui seront vraisemblablement tous difficiles à gagner. Notamment les fameuses REX (recettes exceptionnelles) promises en 2015 et sur les prochains gels de crédits qui pourraient être annoncés dans les semaines qui viennent. Il en a parfaitement conscience comme il l'avait expliqué fin 2013 à "La Tribune". "La LPM repose sur certains paris. Ce qui veut dire que nous allons être extrêmement vigilants. Cette LPM est exigeante mais équilibrée à condition que tous les crédits affectés à cette programmation soient exécutés. Si une brique est absente, à ce moment-là, c'est l'ensemble de l'édifice qui tombe". Pas question donc de quitter le ministère sans être assuré que ce qu'il a porté comme projets n'aille pas dans le mur.

Il s'est pris au jeu de l'exportation

Ce n'était pas gagné d'avance à l'exportation. D'autant que sa première visite aux Emirats Arabes Unis avait suscité des inquiétudes. De retour d'une visite à Abu Dhabi en octobre 2012, Jean-Yves Le Drian avait expliqué que de la vente du Rafale "empoisonnait nos rapports" avec les Emirats. "Les Rafale attendront. Cette discussion viendra ultérieurement", avait-il précisé. Depuis le ministre a creusé son sillon et réussi de jolis coups à l'exportation, dont un aux Émirats Arabes Unis. Ce travail de fond qu'il effectue est salué par l'ensemble des industriels de l'armement. "Il pèse dans les campagnes", assure l'un d'entre eux.

Le ministre a effectué de très nombreux voyages dans certains pays clés pour l'industrie de la défense française comme le Qatar, les Émirats Arabes Unis, l'Arabie Saoudite, la Pologne, l'Inde... Jean-Yves Le Drian espère donc profiter de tout ce travail de fond pour engranger des succès à l'export, auxquels il aura pris sa part, parfois déterminante. Et le plus beau reste à venir avec probablement un contrat Rafale (Inde, Qatar...). Ce qui sauverait la LPM bâtie sur l'obtention d'un contrat export de l'avion de combat de Dassault Aviation. Tout comme d'ailleurs un contrat pour les FREMM, ces frégates multi-missions construites par DCNS dans sa ville de Lorient. Une telle opération permettrait de sauver la charge de travail sur ce site.

Des opérations extérieures en cours

Jean-Yves Le Drian a commencé sa mission en tenant la promesse de François Hollande de désengager l'armée française en Afghanistan, où ne sont désormais déployés que quelques centaines de soldats français. Mais il a lancé en janvier 2013 l'opération Serval visant à chasser du nord du Mali les islamistes qui menaçaient de fondre sur la capitale, Bamako. Plus de 4.000 Français ont été engagés dans cette mission à haut risque qui a permis l'élection d'un président puis d'une assemblée nationale à même de rétablir l'Etat de droit dans ce pays d'Afrique de l'Ouest, où des troubles persistent toutefois.

Jean-Yves le Drian a aussi été à la manœuvre dans la préparation de l'opération Sangaris, lancée en décembre en République centrafricaine, en proie au chaos inter-religieux. Il était aux côtés de François Hollande le 28 février à Bangui pour saluer les quelque 2.000 militaires français engagés sur ce terrain difficile. Des succès acquis grâce à la crédibilité des troupes engagées et à la fiabilité des équipements en service dans des conditions climatiques très difficiles. Ce niveau opérationnel - même si la France a encore de grosses lacunes capacitaires - doit être maintenu pour permettre à la France de jouer encore un rôle diplomatique sur la scène internationale.

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Commentaires
a écrit le 04/04/2014 à 19:51 :
le fossoyeur de nos armées reste aux commandes, il y a en effet encore un budget de 31 Mrds€ à réduire en bouillie pour pouvoir faire les 50 mrds€ d’économies promis, ensuite, après moi un nouveau mai 1940, mais qui s'en soucie?
a écrit le 03/04/2014 à 18:49 :
jean Yves le Drian est certainement sympathique ,à l écoute des militaires mais son seul but c est de diminuer les effectifs des armées ,diminuer les crédits et donc avoir une armée qui ne ressemble à rien
Réponse de le 03/04/2014 à 22:44 :
Dommage. Ou sont les Hommes intègres ?
a écrit le 03/04/2014 à 12:31 :
s'il est intégre il ne pouvait accepter cette nouvelle équipe gouvernementale faite de basses tractations politiques pour des profits personnels . dommage pour les francais
Réponse de le 03/04/2014 à 14:18 :
ce que vous écrivez ne me semble pas exact. S'il était courageux il aurait dû accepter le poste et imposer ses conditions à Flamby. Il n'est pas courageux il a choisi la planque, il est comme les autres, seule la gamelle compte.
a écrit le 03/04/2014 à 11:06 :
Aucune réserve . Homme discret et sans prétention qui connaît son affaire . Il a compris tout de suite l'importance des moyens électro-magnétiques , des cyber-combats , sans choisir entre ses moyens et le renseignement humain . Près des Hommes , il écoute . Quand il parle c'est pour poser des questions pertinentes . Mérite le respect des trois Armes , à commencer par celui de la Royale .
a écrit le 03/04/2014 à 9:18 :
En attendant ça fait du bien un mec pareil aux commandes.

Un mec sérieux et qui prend ses responsabilités. Bravo.

Pour l'instant il est assez bon dans sa tâche et en plus il veut aller au bout de sa mission.
Cela mérite un certain respect.
Réponse de le 03/04/2014 à 14:20 :
Refuser un poste de 1er ministre c'est un manque de courage, il a préféré garder sa planque bien au chaud, en cas de conflit on est mal barré.
Réponse de le 03/04/2014 à 16:14 :
@ @benoit
Je ne vois pas la planque et le rapport avec un possible conflit. Depuis quand un ministre de la Défense fait il la guerre avec les troupes ?
Il souhaite voir aboutir le fruit de son travail, il a bien raison. Il semble être reconnu comme compétent et à la hauteur de la mission, alors pourquoi le mettre ailleurs ?
si Hollande le pressentait, c'est parce qu'il se sent plus proche de lui que de Valls, aucune autre considération n'était prise en compte.
Réponse de le 03/04/2014 à 18:14 :
ou alors on peut considérer qu'il n'abandonne pas le navire au milieu de la tempête. Chacun sa lecture!
Réponse de le 03/04/2014 à 19:36 :
Vous avez raison sur ce point le ministre de la défense se planque les troupes vont combat pour se faire tuer, on dirait que vous ne connaissez pas l'histoire de France.
a écrit le 03/04/2014 à 7:14 :
Entre La Guerre invisible (éd. Les Arènes et Causette) et la promotion canapé.
a écrit le 03/04/2014 à 7:02 :
Combien d'hommes politiques ont refusé Matignon par conviction sous la V ?
bon alors, M.Valls un peu part défaut.
a écrit le 02/04/2014 à 22:43 :
Le meilleur ministre de la défense depuis longtemps, et si des contrats militaires à l'export se font ce sera lui et pas L.Fabius.
a écrit le 02/04/2014 à 20:48 :
Un bon ministre pour pas dire le meilleur de Hollande. Grosse activité économique et évite le pire pour les militaires. Si chaque ministre pouvait avoir le même bilan ...
a écrit le 02/04/2014 à 19:15 :
Euh, votre métier c'est journaliste ou attaché de presse?
Réponse de le 02/04/2014 à 20:14 :
C'est un très bon ministre , qui mouille son maillot !
Réponse de le 03/04/2014 à 9:15 :
@Bob : avant de critiquer, faudrait savoir qui est ce journaliste et ce qu'il a écrit auparavant. Mais c'est plus facile de critiquer que de comprendre.
Réponse de le 04/04/2014 à 3:00 :
A la lecture de cet article incontestablement dithyrambique, la question que pose Bob vient à l'esprit. Cela n'enlève rien aux mérites éventuels de Le Drian (il semble avoir fait le nécessaire concernant le logiciel de paye Louvois ), reste que la démolition de l'armée poursuivie depuis plusieurs décennies se poursuit de plus belle, il n'y a que les béotiens pour croire qu'il s'agit seulement d'une adaptation aux dangers actuels !
Réponse de le 04/04/2014 à 9:29 :
@Enric Cavalhés. Vous avez raison de dire que le budget et les moyens affectés aux forces armées diminuent d'année en année. Mais Le Drian a par sa proximité avec Hollande et sa volonté de préserver ce qui peut l'être, réduit la casse et lutté contre Bercy et Matignon qui voyaient la défense comme une variable d'ajustement. Oui le budget baisse mais il baisse moins vite contrairement aux exigences de certains.
a écrit le 02/04/2014 à 19:11 :
100 contre 1 que Manu ... ne touchera pas au statut des journalistes ni des cheminots ! loooooooooool
a écrit le 02/04/2014 à 18:58 :
Nous sommes "un pays d’élites... "énarques " .... Nous pouvons passer de ministères en ministères .... tout convient "au niveau du salaire" je précise... pour le reste ... les hauts fonctionnaires sont là !!!!!!!!!!!!! et vive la France !!!!!!!!!!!!!!!!
a écrit le 02/04/2014 à 18:40 :
Si vous saviez comme je m'en fous grave des raisons.....
a écrit le 02/04/2014 à 18:00 :
pour ma par c'est un bon commercial pour les entreprises de la défense comparé au ministre de droite après je ne sais pas ce que subisse les militaires avec lui.....et oui je dis subir car avec les politiques nous subissons toujours c'est navrant!!!!
a écrit le 02/04/2014 à 17:55 :
Un niveau opérationnel que peu de pays dispose .
Les événements très récents nous montrent qu'il vaut mieux savoir se défendre .
Réponse de le 03/04/2014 à 11:09 :
Oui je suis tout à fait d'accord avec vous, je regrette d'ailleurs que le budget de la défense soit sans cesse la variable d'ajustement des différents gouvernements. Surtout lorsque l'on sait qu'il y a tellement d'emplois et de technologies qui en dépendent, et qu'à l'heure actuelle la sécurité internationale n'est assurée que par très peu de Nations. La France doit prendre ses responsabilités, crise économique ou pas.

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