Ariane 6 doit décoller pour la première fois ce mardi 9 juillet. Trois enjeux cruciaux pour l'Europe spatiale : stratégique, opérationnel et de compétitivité.Neuf mois qu'aucun lanceur européen n'a décollé du Centre spatial guyanais (CSG) après le dernier vol de Vega (8 octobre 2023). Neuf mois que l'Europe a perdu son autonomie stratégique en matière d'accès à l'espace. Neuf mois enfin que les satellites européens n'ont d'autres solutions que de monter à bord du lanceur américain de SpaceX (Falcon 9). Neuf mois de trop... La date du 9 juillet pourrait être considérée comme une libération pour l'Europe spatiale si le vol inaugural d'Ariane 6 se révélait être un succès complet. Ce qu'une grande majorité de l'écosystème spatial européen espère.
Un succès balaierait toute une période cauchemardesque qui s'est étalée sur quatre ans et qui a été provoquée par toute une série d'aléas imprévisibles (Covid-19 et fin de Soyuz à Kourou après l'invasion de l'Ukraine par la Russie en février 2022) et par des décisions catastrophiques, dont certaines dès l'origine du programme Ariane 6. Résultats, des retards à répétition et une mauvaise anticipation entre la fin d'Ariane 5 et l'arrivée d'Ariane 6. Sans oublier enfin les dysfonctionnements techniques majeurs des lanceurs de la famille Vega fabriqués par l'italien Avio. Tous ces problèmes ont pulvérisé la souveraineté de l'Europe en matière d'accès à l'espace.
Enjeux stratégiques et de compétitivité
Premier grand enjeu de ce vol d'Ariane 6, un enjeu stratégique. Sans accès à l'espace, l'Europe et ses pays, sont à la merci de puissances spatiales - alliées ou pas -, qui peuvent ne pas autoriser la mise en orbite d'un satellite. De conception entièrement nouvelle, Ariane 6 a été développée et conçue pour succéder à Ariane 5 en tant que système de lancement européen de charges lourdes. En dépit des divergences des États membres de l'Agence spatiale européenne (ESA), ce nouveau lanceur doit être au moins jusqu'au début des années 2030, le vaisseau amiral de l'Europe qui lui garantira cet accès à l'espace.
Au-delà de cet enjeu stratégique, Ariane 6 doit résoudre un enjeu de compétitivité. Un enjeu complexe tant les exigences des 22 pays membres de l'ESA sont contradictoires. La raison principale : un retour géographique est imposé par les règles de l'ESA - un Etat qui finance un programme doit recevoir en retour sa part de charge de travail. Sans oublier l'inflation qui a surenchéri les prix des fournisseurs. Ce qui a plombé la compétitivité du modèle économique. Pourtant, il est fortement soutenu par l'Allemagne, qui, en même temps est l'un des premiers pays à exiger plus de compétitivité au maître d'œuvre d'Ariane 6, ArianeGroup.