Dans une interview accordée à La Tribune, le directeur général de l'ESA Josef Aschbacher explique que l'Agence spatiale européenne travaille déjà sur l'après Ariane 6, le nouveau lanceur lourd européen qui pourrait voler après 2030. Pour le patron de l'ESA, il est également très clair que l'Union européenne doit trouver « un moyen de faire décoller avec succès la constellation IRIS² »Quelle est la feuille de route après le vol inaugural d'Ariane 6 ?
Le vol inaugural d'Ariane 6 prévu le 9 juillet, sous la responsabilité de l'ESA, est extrêmement important pour l'Europe, notamment pour garantir son accès à l'espace. Pour atteindre cet objectif, ce premier vol est le jalon le plus important de l'année. Puis, en fonction des données recueillies lors de ce vol inaugural et en supposant que tout se déroule bien, nous planifierons le premier lancement commercial avant la fin de l'année. Une fois le vol inaugural effectué et analysé, nous transférons la responsabilité des vols à Arianespace.
En tant qu'architecte de la politique spatiale européenne, quelles améliorations prévoyez-vous sur Ariane 6. Sera-t-elle par exemple réutilisable ?
Non, la réutilisation n'est pas prévue aujourd'hui sur Ariane 6. Cette capacité n'est pas financée et elle nécessite des investissements. Nous avons toutefois une feuille de route concernant les évolutions d'Ariane 6. Dans un premier temps, nous lançons Ariane 6 avec deux boosters (Ariane 62), puis, plus tard, nous préparons la version avec quatre boosters (Ariane 64). Ensuite, nous améliorerons au fur et à mesure les performances du lanceur en mettant sur orbite des charges utiles de plus en plus lourdes.
L'ESA ne croit-elle pas à la réutilisation ?
Bien au contraire. Si la réutilisation n'est pas possible avec Ariane 6 - du moins dans cette configuration -, l'ESA investit dans la réutilisation avec le développement du moteur Prometheus, dont le projet a été initialement lancé par le CNES. Ce développement est effectué en parallèle ou en accompagnement avec le développement et l'exploitation d'Ariane 6. Ce moteur est d'ailleurs à la base du projet du lanceur Maia, développé par ArianeGroup à travers sa filiale MaiaSpace, et puis, plus tard, pourquoi pas des vaisseaux spatiaux. Quand et comment ces développements permettront de futurs lancements d'un lanceur lourd ? Cela fait partie des projets que nous sommes en train de mettre en place. L'ESA et ses états membres ont décidé de lancer un défi dans le domaine des mini-lanceurs. Il s'agit d'une décision très importante. L'ESA doit être prête pour la prochaine réunion ministérielle en 2025, qui sera l'occasion de financer ce projet. Mais avant, nous devons lancer dès le début 2025 les premières étapes de ce défi pour identifier les entreprises éligibles. L'objectif est de sélectionner un certain nombre d'entreprises pour la conférence ministérielle prévue fin 2025.
Propos recueillis par Michel Cabirol