Plus d'un an déjà. Plus d'un an que l'Agence ministérielle pour l'intelligence artificielle (IA) de défense (Amiad) a été créée (en mai 2024) par le ministre des Armées, Sébastien Lecornu. Dirigée par Bertrand Rondepierre, débauché de DeepMind (2018-2023), filiale de Google spécialisée dans l'IA, cette agence a constitué l'une des premières mesures concrètes phares de la stratégie IA du ministère des Armées lancée en mars 2024. Pour autant, rien n'a été facile pour Bertrand Rondepierre à l'Amiad : s'il est directement rattaché au ministre, il a dû pousser les murs constamment depuis un an pour exister et faire une place centrale à l'Amiad dans le domaine de l'IA au sein du ministère des Armées. Le tout ex nihilo... Même pas peur pour ce trentenaire (né en 1989), amateur de menuiserie de haut de gamme, de magie et d'œnologie.
Pour ce pari très ambitieux, Bertrand Rondepierre a obtenu de solides garanties auprès du ministre pour mener un vrai travail en profondeur et doter le ministère des meilleurs outils possibles dans le domaine de l'IA. « Mon quotidien est de me faire dire que ce n'est pas possible ou que c'est compliqué. C'est le cœur de mon job », sourit Bertrand Rondepierre dans le cadre d'un entretien avec La Tribune. Car tout le monde fait et/ou utilise l'IA dans la défense : des armées aux industriels de l'armement, en passant par la Direction générale de l'armement (DGA) qu'il connaît bien et où il a passé cinq ans (2013-2018), pilotant notamment un portefeuille de projets visant à transformer les systèmes autour des technologies de l'IA et du big data pour les besoins de la défense.
Et comme dans un bon village gaulois, chacun a sa vision et défend son pré carré. C'est pourquoi Sébastien Lecornu, très lointain successeur au ministère des Armées de Pierre Messmer, qu'il cite très souvent, a choisi en quelque sorte « d'arsenaliser » l'IA de défense, en créant donc l'Amiad. « C'est vraiment l'État qui est à la manœuvre en développant des outils IA pour le ministère », fait valoir Bertrand Rondepierre. Et cela n'a pas raté. La création de l'Amiad a été vue comme une nouvelle entité qui allait marcher sur les plates-bandes des uns et des autres.