737 MAX : "un avion conçu par des bouffons supervisés par des singes" (salarié de Boeing)

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(Crédits : Denis Balibouse)
Le Congrès américain a divulgué dans la nuit de jeudi à vendredi d'anciens messages internes de salariés de Boeing dénigrant le régulateur de l'aérien américain (FAA).

Bis repetita. De nouveaux messages internes compromettants pour Boeing écrits par des salariés du groupe pendant la phase de certification du B 737 MAX apparaissent au grand jour. Dans la nuit de jeudi à vendredi, le Congrès américain a dévoilé d'anciens messages internes de salariés de Boeing transmises en décembre par le constructeur aéronautique dénigrant la FAA (Federal Aviation Agency), la direction de l'aviation civile américaine qui assume les fonctions d'agence de sécurité aérienne aux Etats-Unis.

Dans ces communications, des employés se vantent notamment de pouvoir faire certifier le 737 MAX avec un minimum de formation pour les pilotes. Ils y font état des problèmes rencontrés avec les simulateurs, qui reproduisent les conditions de vol réelles, explique l'avionneur, dans un communiqué.

"Je n'ai toujours pas été pardonné par Dieu pour ce que j'ai dissimulé l'an dernier", écrit un de ces employés dans un message de 2018, en référence aux interactions avec la FAA. En août 2015, pendant la phase de certification un autre écrivait :

"Je sais mais le régulateur n'a que ce qu'il mérite après avoir cherché à s'immiscer dans nos affaires. Il ralentit le progrès".

"Cet avion est conçu par des bouffons, qui, en retour, sont supervisés par des singes", dit un autre dans un message de 2017, l'année de la certification de l'appareil et sa mise en service au mois de mai. "Mettrais-tu ta famille dans un simulateur MAX? Non je ne le ferais pas", dit un employé à un collègue dans un autre échange. "Non," lui répond aussi ce dernier.

Langage provocateur

Ces messages, consultés par l'AFP, ont été révélés par des parlementaires américains qui enquêtent sur la procédure d'homologation du 737 MAX, dont deux accidents rapprochés, celui de Lion Air fin octobre 2017 et celui d'Ethiopian Airlines en mars 2018, qui ont fait 346 morts. Le système anti-décrochage MCAS a été mis en cause dans les deux accidents et Boeing travaille actuellement sur des modifications exigées par la FAA. "Certaines de ces communications ont trait au développement et à la qualification des simulateurs du Boeing 737 MAX en 2017 et 2018", a réagi Boeing, ajoutant les avoir transmises lui-même aux parlementaires par souci de "transparence". Et d'ajouter: "Certaines de ces communications contiennent un langage provocateur et, dans certains cas, soulèvent des questions sur les interactions de Boeing avec la FAA et le processus de qualification des simulateurs".

Lors de la certification du 737 MAX en mai 2017, Boeing était parvenu à convaincre les autorités américaines que les pilotes n'avaient pas besoin d'une formation sur simulateur et qu'une mise à niveau sur ordinateur était suffisante. Un des arguments commerciaux de Boeing pour vendre le MAX aux compagnies aériennes était d'ailleurs qu'elles feraient des économies parce qu'il n'y aurait pas besoin de former spécialement les pilotes habitués au 737 NG, selon une brochure de promotion consultée en novembre par l'AFP. Le ton acerbe des échanges adressés aux parlementaires est un nouveau casse-tête pour Boeing et risque de compliquer encore un peu plus des relations déjà tendues avec la FAA, qui doit donner son feu vert à la remise en service de l'avion. Le  737 MAX est interdit de vol depuis mars 2018. Certaines compagnies comme United Airlines n'envisage pas une remise en service avant le mois de juin. Ryanair, qui a commandé une version spéficique du MAX, a même évoqué octobre

Ces courriels "sont incroyablement accablants. Ils esquissent un tableau troublant de ce que Boeing était prêt apparemment à faire pour éviter un examen approfondi de la part des régulateurs, des équipages et des passagers", a fustigé Peter DeFazio, le président (démocrate) de la commission des Transports à la Chambre des représentants. "Ils montrent un effort cordonné dès les premiers jours du programme 737 MAX pour dissimuler des informations importantes aux régulateurs et au grand public", a encore dénoncé l'élu, dans un communiqué. "Nous regrettons le contenu de ces communications, et nous excusons auprès de la FAA du Congrès, des compagnies aériennes clientes et des passagers", a conclu Boeing jeudi.

En octobre déjà, des messages compromettants

Ce n'est pas la première fois que des salariés de Boeing travaillant sur le 737 MAX se moquent de la FAA. En octobre dernier, le Congrès avait déjà révélé des messages internes d'un ancien pilote d'essai de Boeing, Mark Forkner, évoquant des problèmes sur le simulateur de vol du 737 Max dès 2016, soit deux ans avant le premier accident tragique.

Mark Forkner n'avait toutefois pas fait part des problèmes à la FAA, ce qui avait conduit cette dernière à ne pas exiger de formation spécifique des pilotes. "En gros, ça veut dire que j'ai menti aux régulateurs", écrivait-il alors à un collègue.

Fin décembre, le directeur général Dennis Muilenburg a été débarqué par le conseil d'administration, en raison de tensions avec la FAA sur le calendrier de remise en service du 737 MAX. Il a été remplacé par David Calhoun, un ancien cadre de dirigeant de General Electric (GE), qui prend ses fonctions lundi.

(avec AFP-

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Commentaires
a écrit le 12/01/2020 à 13:42 :
Euh... Airbus aussi communique pas mal sur le fait qu'on peut économiser pas mal sur la formation des pilotes sur les différents avions de sa gamme.
a écrit le 10/01/2020 à 20:00 :
Je voudrais faire un commentaire sur les évènements iraniens et israéliens. A Téhéran, un 737 NG s'écrase après un incendie moteur au décollage tel que rapporté aux premières heures de l'accident. 167 morts. Quelques heures avant, à Ben Gourion, Tel-aviv, un 737 NG du Rwanda Air, est victime d'un incendie au décollage. Par bonheur, l'incendie de déclare au sol, juste avant le décollage. Résumé de la situation: deux accidents semblant identique, un catastrophique, l'autre sans conséquences autres que matérielles à quelques heures d'intervalle sur des avions Boeing qui est dans la situation critique que l'on sait. Les agences, sur ces deux accidents, ne peuvent que mettre temporairement les 737 NG au sol. 6800 avions! Une paille. La catastrophe industrielle!. Par chance, l'accident mortel est a Téhéran, pas à Tel-Aviv. On invente un missile. Cela ne tiendra pas la route à moyen terme, mais avec l'actualité,tous les benêts de la presse vont être alimentés pour enfumer l'accident. Moi je suis informaticien. Pas journaliste. Mais je n'aurais jamais fait développer une m... Comme le Mcas et si j'avais été journaliste, je n'aurais participé à cet opération de sauvetage Boeing qui ne le mérite pas. Juste une question d'ethique.
Réponse de le 11/01/2020 à 0:19 :
Oui reste dans ton domaine l'informatique, et laisse les journalistes faire leur boulot. Quand les Iraniens laisseront les spécialistes inspecter le contenu des boites noire, il sera très facile de voir ce qui est arrivé à cette avion.
Réponse de le 12/01/2020 à 13:40 :
Heu... on sait ce qu'il est arrivé au Boeing de Téhéran. Et ça n'a rien d'une défaillance technique puisqu'il s'agit d'un tir de missile des gardiens de la révolution, considérés comme une organisation terroriste.
a écrit le 10/01/2020 à 19:58 :
Je voudrais faire un commentaire sur les évènements iraniens et israéliens. A Téhéran, un 737 NG s'écrase après un incendie moteur au décollage tel que rapporté aux premières heures de l'accident. 167 morts. Quelques heures avant, à Ben Gourion, Tel-aviv, un 737 NG du Rwanda Air, est victime d'un incendie au décollage. Par bonheur, l'incendie de déclare au sol, juste avant le décollage. Résumé de la situation: deux accidents semblant identique, un catastrophique, l'autre sans conséquences autres que matérielles à quelques heures d'intervalle sur des avions Boeing qui est dans la situation critique que l'on sait. Les agences, sur ces deux accidents, ne peuvent que mettre temporairement les 737 NG au sol. 6800 avions! Une paille. La catastrophe industrielle!. Par chance, l'accident mortel est a Téhéran, pas à Tel-Aviv. On invente un missile. Cela ne tiendra pas la route à moyen terme, mais avec l'actualité,tous les benêts de la presse vont être alimentés pour enfumer l'accident. Moi je suis informaticien. Pas journaliste. Mais je n'aurais jamais fait développer une m... Comme le Mcas et si j'avais été journaliste, je n'aurais participé à cet opération de sauvetage Boeing qui ne le mérite pas. Juste une question d'ethique.
Réponse de le 17/01/2020 à 22:22 :
Et la Terre est plate, on nous ment, blabla... Vous croyez ce que vous voulez mais arrêtez de vous ridiculiser en public.
a écrit le 10/01/2020 à 18:20 :
De quoi ternir l'image de Boeing pour un bon moment... quant à la FAA, elle est complètement decredibilisee. Il est d'usage de fustiger les administrations, les fonctionnaires, de leur donner le minimum de moyens pour effectuer leur travail (des feignants qui coûtent cher, tatillons, des empêcheurs de tourner en rond...)
Résultat, 2 avions (fers à repasser)
au tapis et 346 morts au compteur + des milliards de perte.
Vive la déréglementation !
a écrit le 10/01/2020 à 15:11 :
Il semble que l'Omerta soit un principe de management chez Boeing, surtout si des anomalies d'indépendance, de conflit d'intérêt, de transparence sont constatées par des sous fifres qui craignent alors pour leur vie professionnelle et leur vie tt court.
On se rappelle à ce sujet l'existence digne d'un bon thriller du lanceur d'alerte E Snowden révélateur du scandale de la NSA.
Vive l'Amérique et son enviable way of life...
a écrit le 10/01/2020 à 14:46 :
Ces collaborateurs oublient juste que ces superbes avions ont conduit à la mort des centaines de familles. On se demande si certaines phrases comme celles-ci ne seraient pas plutôt à attribuer aux ingénieurs Boeing à l'origine de cet appareil...
J'espère que les familles attaquent juridiquement Boeing pour que leurs employés ne trouvent pas normal de laisser voler des appareils potentiellement dangereux, sans être contrôlés.
a écrit le 10/01/2020 à 10:55 :
No Comment !

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