Boeing se décide enfin à suspendre la production du B737 MAX, interdit de vol depuis 9 mois
Fabrce Gliszczynski

Depuis l'immobilisation du 737 MAX en mars, près de 400 exemplaires ont été construits et stockés
Gary He
Fabrce Gliszczynski

Depuis l'immobilisation du 737 MAX en mars, près de 400 exemplaires ont été construits et stockés
Gary He
La sortie du tunnel sera beaucoup plus longue que prévue pour Boeing. Plus de neuf mois après l'immobilisation du B737 MAX qui avait suivi l'accident d'Ethiopian Airlines le 10 mars, le deuxième en quelques mois après celui de Lion Air fin octobre 2018 (346 morts au total), le constructeur américain suspendra la production de 737 MAX en janvier, en raison du report de l'autorisation de sa remise en service. C'est ce qu'a annoncé ce lundi soir le constructeur américain dans un communiqué.
Pour autant, cette décision risque de perturber la réorganisation de ses effectifs et devra affecter durement ses sous-traitants.
Une partie des salariés concernés continuera à effectuer des travaux liés au 737 tandis que d'autres seront redéployés sur des sites de la région. Le syndicat des machinistes et des ouvriers de l'aérospatiale (IAM) a souligné n'avoir reçu aucun détail sur de potentiels transferts.Malgré l'immobilisation du 737 MAX en mars, Boeing avait maintenu la production. L'objectif était clair : être en mesure de livrer rapidement les avions les compagnies dès qu'aurait été validée la solution du système anti-décrochage (MCAS), accusé d'être à l'origine de deux catastrophes. Avant l'immobilisation du 737 MAX, Boeing construisait 47 B737 MAX par mois et comptait grimper à 57 appareils en juin. A l'exception d'une légère diminution de cadence au printemps (42 avions par mois), Boeing, convaincu que la remise en service de l'avion ne durerait pas, a maintenu la production, permettant ainsi à ses fournisseurs de ne pas être trop pénalisés.
Résultat, Boeing a produit plus de 400 appareils depuis le mois de mars, stockés sur son site de Renton.
Cette suspension de la production est une décision lourde. Elle signifie que Boeing ne table plus sur une remise en service rapide de l'avion, alors que l'avionneur espérait il y a peu encore un feu vert de la direction de l'aviation civile américaine (FAA) d'ici à la fin de l'année. Des espoirs douchés la semaine dernière par le directeur de la FAA, Steve Dickson, affirmant que l'appareil ne reprendrait pas du service avant 2020.
que
Boeing ne continue de poursuivre un calendrier de retour en service irréaliste en raison de délais qui se sont accumulés pour des raisons diverses". Il a
même accusé le constructeur aéronautique de vouloir lui forcer la main et a rappelé que la FAA et Boeing "doivent prendre le temps qu'il faut pour bien faire les choses". Bien avant cet épisode, les compagnies américaines avaient reporté au mois de mars le retour en vol de l'avion. Ce mardi, Southwest a décalé au mois d'avril.Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité industrielle.

La décision de Boeing montre aussi ses difficultés financières. Faute de livraisons, le cash ne rentre pas, alors que les coûts sont restés à un niveau élevé en raison du maintien de la production. Jusqu'ici épargnés dans leur ensemble, les fournisseurs vont devoir eux aussi arrêter la production avec toutes les conséquences en termes de cash et d'emplois que cela implique.
La décision de Boeing révèle également les difficultés auxquelles s'attend l'avionneur le jour où l'appareil recevra l'accord pour reprendre les airs. La remise en service des 400 avions stockés (auxquels s'ajoutent un nombre quasi-équivalent d'avions en exploitation au moment de l'immobilisation du 737 MAX et qui sont aujourd'hui chez les compagnies) s'annonce très complexe. Il faudra à Boeing pratiquement deux ans pour revenir à une situation normale.
Quant aux compagnies, il faudra du temps pour convaincre les passagers à monter dans un B737 MAX. Selon une enquête de Bank of America publiée jeudi, seulement 20% des consommateurs estiment que l'avion est sans danger.
Il y a pourtant un scénario bien pire que cette suspension de production : que les problèmes ne s'arrangent pas au point de pousser la direction à arrêter le programme pour lancer un successeur au 737. Problème, les nouvelles technologies moteurs n'étant pas attendues avant le milieu de la prochaine décennie, tout lancement avant cette période ne permettra pas d'obtenir des gains de performance important. En tout cas, des gros fournisseurs de Boeing n'excluent pas le scénario de l'arrêt du programme. La semaine dernière, Philippe Petitcolin, le directeur général de Safran, ne cachait pas ses craintes : qu'un "problème grave" intervienne à nouveau sur l'appareil et pousse Boeing à lancer un nouveau programme "à l'horizon 2022-2023 pour une mise en service en 2030".
Un tel calendrier ne permettrait pas de faire un saut en termes de performance moteur.
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