C'est l'éternelle histoire du pot de terre contre le pot de fer. Lumibird contre Safran en l'occurrence sur le dossier de reprise de CILAS. Safran bande ses muscles et joue toute sa puissance du grand groupe qu'il est face à un rival beaucoup plus petit (126,7 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2020) mais très agile. Car cette ETI bretonne lui a déjà joué un véritable tour de corsaire en mettant la main par surprise sur 37% du capital de CILAS auprès d'Areva SA, deuxième actionnaire après ArianeGroup (63%). Au nez et à la barbe de Safran, qui a mis la pression sur tous les acteurs pour verrouiller ce dossier et n'a pas hésité "à passer en force", explique-t-on à La Tribune. Avec un certain succès puisqu'un conseil d'administration d'ArianeGroup aurait récemment donné son feu vert à l'offre de Safran.
il n'était pas question pour le groupe dirigé aujourd'hui par Olivier Andriès (avec son partenaire MBDA) de se laisser "chiper" la pépite CILAS qu'il convoite absolument dans le cadre de sa nouvelle stratégie de croissance dans les activités de souveraineté. Ce qui constituerait le retour de Safran dans la filière laser, qui l'avait abandonnée en 2011 avec la vente de cette activité basée à Tarbes et qui fabriquait des éléments pour le laser Mégajoule, à la société Alcen. Pas question non plus pour le patron de Lumibird Marc Le Flohic, en bon breton tenace, de lâcher l'affaire. Car Lumibird, spécialiste des lasers depuis plus de 23 ans, poursuit l'objectif de créer une filière 100% souveraine.
Le combat semble a priori inégal entre Safran et Lumibird. D'autant que le vendeur ArianeGroup est détenu à 50% par Safran et 50% par Airbus, qui lui détient 37,5% de MBDA. Résultat, le conseil d'administration d'ArianeGroup est acquis aux deux acheteurs (Safran et MBDA). En outre, Safran aurait réussi à "neutraliser" le ministère des Armées, qui a décidé aujourd'hui de garder son impartialité sur ce dossier malgré la bienveillance qu'il avait initialement pour Lumibird. Enfin, ArianeGroup n'a pas, selon nos informations, considéré en septembre l'offre de Lumibird jugée non recevable. En clair, une fin de non-recevoir à Marc Le Flohic qui n'a donc pas pu défendre son projet auprès d'ArianeGroup. Contacté par La Tribune, ArianeGroup n'a pas souhaité faire de commentaire. Si c'est bien le cas, cette opération manquerait d'équité et de transparence. D'autant que Lumibird n'a toujours pas obtenu un poste d'administrateur chez CILAS malgré les 37% qu'il détient.