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Entreprises & FinanceAéronautique & Défense

Défense : Macron un programme au son de la canonnière

Photo de Michel Cabirol

Michel Cabirol

Publié le 15 mai 2017 à 04:56 - Mis à jour le 15 mai 2017 à 06:14

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Le programme d’Emmanuel Macron en matière de défense n'évoque plus comme en 2012 les économies que devrait faire l'armée. Au vue de la menace terroriste et de l'instabilité géopolitique chronique, la rhétorique est devenue plus guerrière.

Fini le temps où la défense était la variable d'ajustement du budget français. Il est redevenu une priorité de l'Etat. Le programme en matière de défense d'Emmanuel Macron n'échappe pas à cette nouvelle règle. Il faut dire que la menace terroriste, notamment djihadiste, qui atteint un très haut niveau d'alerte, et l'instabilité géopolitique chronique d'un nouveau monde (Cyberattaques, Russie, Corée du Nord, Iran, Irak, Afghanistan, Syrie, Libye, Sahel...), sont pour le nouveau président de 39 ans des questions prioritaires lors de son quinquennat. Emmanuel Macron va étrenner rapidement ses galons de chef des armées lors du sommet de l'OTAN programmé le 25 mai, où il rencontrera le président américain Donald Trump.

Il se rendra en fin de semaine auprès des forces françaises déployées à l'étranger, a priori au Mali, pour une visite aux soldats engagés dans le cadre de l'opération antiterroriste Barkhane. Pour le nouveau chef des armées, il n'est donc plus question de baisser la garde en matière de défense. Cela va se traduire par une hausse du budget de la défense. Seule ombre au tableau, un service militaire réduit d'un mois, qui a tout l'air d'une mesure gadget. En tout cas, une mesure très onéreuse dans un contexte de contrainte budgétaire.

Une journée sous le signe de la défense

Au cours de sa journée de dimanche marquée par la passation de pouvoir avec François Hollande, le nouveau chef des armées a tenu à rendre en compagnie du chef de l'état-major des armées, le général Pierre de Villiers, une visite surprise à l'hôpital militaire de Percy, à Clamart (Hauts-de-Seine), "au chevet des soldats blessés au combat". Un geste fort vis-à-vis des militaires qui versent réglièrement leur sang pour la France. Après la cérémonie d'intronisation, Emmanuel Macron a également passé en revue les troupes et écouté sa première Marseillaise de président dans les jardins de l'Elysée tandis que résonnaient 21 coups de canon.

Le président est ensuite monté dans un command car pour se rendre à l'arc de Triomphe via l'avenue des Champs-Elysées. Comme lors de sa première sortie de président élu à l'occasion du 8-Mai, il a salué les anciens combattants et ravivé la flamme du Soldat inconnu. Il a ensuite déjeuné à l'Elysée avant de s'entretenir avec son chef d'Etat major particulier, l'amiral Bernard Rogel, à propos des codes de la force de dissuasion nucléaire.

1/ Effort budgétaire

Réaliste mais ambitieux, Emmanuel Macron propose de porter les ressources de la défense à 2% de la richesse nationale (PIB) en 2025. « Si on tient compte des hypothèses actuelles de croissance du PIB dans les prochaines années, ce budget atteindra, hors pensions et hors surcoûts OPEX, plus de 50 milliard d'euros en 2025, contre 32 milliards en 2017 (hors pensions, ndlr) », avait-il expliqué mi-mars lors de son discours dédié à la défense. Certains ont pu être déçus par cet horizon de 2025. Mais il y a une nuance de taille par rapport à l'ensemble des candidats. Emmanuel Macron vise un effort budgétaire en sortant les pensions de cet objectif (8,15 milliards d'euros) et les surcoûts des opérations extérieures (OPEX), qui ont été budgétés à 450 millions d'euros en 2017. Le solde a été financé par des budgets interministériels. Ce qui voudrait dire que le budget de la défense pourrait atteindre un effort de défense avec pensions à 2% du PIB à l'horizon de 2022.

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2/ Politique industrielle

Emmanuel Macron recommande « une politique de réindustrialisation de défense et de mieux sécuriser nos approvisionnements, pour garantir l'autonomie stratégique de la France ». Il précise que les choix d'investissements futurs seront guidés par le souci de préserver la souveraineté de la France. Cette réindustrialisation doit également permettre de limiter les dépendances de la France envers des pays tiers notamment ceux qui, comme les États-Unis, n'hésitent pas à faire de leurs équipements un moyen de pression, a expliqué Emmanuel Macron. Les entreprises de défense devront, avec l'appui de l'État, construire un avenir sans contrainte qui existe sur certains composants. Il a rappelé aux grands groupes tricolores qu'il veillerait « à ce que le poids de la France dans leur management soit cohérent avec les emplois présents sur notre territoire ». Il a également estimé que « la défense a suffisamment porté l'innovation et la croissance de ces entreprises par le passé pour que le domaine militaire ne soit pas sacrifié au profit d'un domaine civil parfois plus rentable à court terme ». Une allusion à peine voilée adressée au PDG d'Airbus, Tom Enders qu'il connait pourtant bien.

3/ Innovation, Recherche & Technologie

Le nouveau président de la République défend un effort important sur la recherche amont, qui est la base de la souveraineté de l'industrie de défense, de l'excellence des équipements militaires français, et, par conséquent, de la supériorité opérationnelle des  armées tricolores sur les théâtres d'opération. Emmanuel Macron va augmenter les financements qui lui sont consacrés pour atteindre progressivement 1 milliard d'euros annuels. Soit plus de 30 % de croissance par rapport à aujourd'hui. Pour EmmanuelMacron, l'État devra accompagner l'innovation, au travers notamment d'un fonds d'investissement - une idée de Jean-Yves Le Drian - qui permettra au ministère de la Défense de prendre des participations directes au capital de certaines PME stratégiques.

4/ OTAN/Europe de la défense

Pour Emmanuel Macron, l'OTAN et l'Europe de la défense sont complémentaires. C'est pour cela qu'il souhaite « une France fidèle à ses alliances, une France sur laquelle nos alliés puissent compter comme nous savons pouvoir compter sur eux ». Pas question donc de sortir de l'OTAN. Il veut même élargir son rôle face aux menaces terroristes« sur son flanc Sud, ainsi que vis-à-vis de la menace cyber ». Dans le même temps, Emmanuel Macron prêche pour une Europe de la défense en vue d'acquérir une autonomie stratégique. « Notre sécurité ne saurait reposer sur la seule organisation qu'est l'OTAN », a-t-il estimé. D'autant que, a-t-il rappelé, « Washington, à terme, souhaitera moins se préoccuper de la sécurité de notre continent ». Selon lui, cela passe par la mise en place d'un quartier général européen "pour agir ensemble militairement lorsque cela est nécessaire". Il recommande de lancer des programmes européens de recherche et technologie, "notamment s'ils permettent de réduire notre dépendance aux approvisionnements militaires en dehors de l'Union".

5/ Dissuasion nucléaire

Les forces armées doivent être capables de "défendre l'existence même de la Nation", a dit le candidat d'En Marche ! C'est "la raison d'être de notre armement nucléaire" qui a pour objectif de dissuader tout adversaire qui chercherait à s'en prendre aux intérêts vitaux de la France. Emmanuel Macron a rappelé que plusieurs puissances développent leurs forces nucléaires, "que certaines d'entre elles n'hésitent pas à les manier à des fins de démonstration et d'intimidation". Aussi, il entend maintenir les capacités de dissuasion sur le long terme. Au cours de son mandat, il prendrait les décisions nécessaires au renouvellement des deux composantes, océanique et aéroportée, qui sont complémentaires. "Il y a beaucoup à faire, a-t-il estimé. Notre force de dissuasion est un élément clé de notre indépendance et de notre autonomie stratégique de décision et d'action : il ne peut être question, en la matière, de l'affaiblir".

6/ Opérations extérieures

Emmanuel Macron a indiqué qu'il réservera son premier déplacement à l'étranger à une visite aux troupes françaises en opération. Les opérations au Sahel ou en République centrafricaine étaient « indispensables,  a-t-il expliqué. Nul n'ose imaginer les conséquences d'une absence d'intervention ou d'un retard". Dans ce cadre, il se dit prêt à réexaminer au vu de l'intensité de l'engagement des militaires français dans les OPEX et sur le territoire national, la définition des contrats opérationnels qui leur sont assignés. Il estime qu'il faut les adapter aux évolutions stratégiques. Car les contrats opérationnels, définis dans le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2013, sont"aujourd'hui trop étroits par rapport à la réalité de nos engagements actuels et prévisibles". D'autant qu'Emmanuel Macron souhaite dès le mois de mai examiner, en lien avec nos partenaires européens et les pays voisins de la Libye, "les modalités du renforcement de notre action politique et de sécurité en vue du redressement des institutions libyennes et notamment d'une armée capable de défaire les terroristes".

7/ Service militaire

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C'est la mesure gadget d'Emmanuel Macron qui souhaite que chaque jeune Français ait l'occasion "d'une expérience, même brève, de la vie militaire". Il a décrété qu'un service national d'un mois, obligatoire et universel, sera instauré. Ce temps de service militaire universel devra intervenir dans les trois ans suivant le dix-huitième anniversaire de chacun. Toutefois, ce projet a un coût significatif. Avec des coûts d'infrastructure estimés entre 15 et 20 milliards d'euros, il est estimé à un ordre de grandeur de 2 à 3 milliards d'euros par an en régime de croisière. Son financement comme les effectifs d'encadrement nécessaires s'inscriront "au-delà de l'enveloppe de 2% du PIB de la programmation militaire", a-t-il assuré.

Michel Cabirol

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