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Programmes présidentiels pour la Défense: le Père Noël s'habille en kaki

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Publié le 24 mars 2017 à 10:30

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Les candidats à la présidentielle multiplient les coûteuses promesses en matière de Défense. L'argent est certes important puisqu'il est le nerf de la guerre, mais il ne doit pas devenir la guerre. C'est avant tout de stratégie et d'orientation nationale et internationale qu'il faut se préoccuper, plus que de dépenses. Par Les Arvernes (*).

La question de la Défense dans les programmes des candidats à l'élection présidentielle française, a connu un destin étonnant entre 2012 et 2017. Lors de la précédente élection, les problématiques militaires étaient loin d'être la priorité des principaux candidats, tant Sarkozy que Hollande. Aucun des deux ne témoignait a priori d'une appétence pour la question Défense, loin de l'héritage gaullien ou mitterrandien dont se réclamaient les deux finalistes de l'élection. Depuis, les attentats sur le territoire national, l'engagement des armées sur deux continents, un théâtre africain s'étendant sur une superficie équivalente à dix fois la métropole ont changé la donne, et les questions de Défense ont pris une importance nouvelle.

Les problématiques de sécurité intérieure de la France trouvent aujourd'hui beaucoup de leurs causes à l'extérieur, et les risques liés à l'effondrement de régimes instables, à l'accélération du changement climatique et aux menaces islamistes ne devraient faire qu'accélérer l'engagement militaire de la France. Dans ce contexte, Paris n'a été suivi par ses alliés que de loin, les pays de l'OTAN ou de l'UE ne fournissant que des appuis logistiques ou de renseignement, voire ne participant qu'aux missions de l'ONU, post-conflit et post-engagement difficile.

Pour le FN,  3% du PIB consacrés à la Défense

En cette fin d'hiver 2017, à quelques semaines du premier tour de l'élection présidentielle, les candidats ayant enfin révélé leur programme, on se rend compte que la Défense a repris une place importante. Toutefois les questions militaires, loin d'être une véritable variable de l'action publique, sont devenues une nouvelle machine à promesses. Profitant de la bonne image que les Français ont de leur armée et du poids important du secteur de la Défense (familles de militaires, industriels, communes où sont implantées des emprises du ministère, etc.) dans le corps électoral, certains y voient une nouvelle opportunité d'engranger des voix. Les promesses sont ainsi larges, notamment du côté du Front National où le programme prévoit d'inscrire le seuil des 2% du PIB consacrés à la Défense dans la constitution ; action inutile et déclamatoire. Il souhaite également tendre vers les 3% en fin de quinquennat, autrement dit un objectif inatteignable en l'état, sauf à sacrifier de larges pans de l'action publique.

Propositions floues de Marine Le Pen

A moins de n'envisager que le coût du rétablissement du service national prôné par Marine Le Pen ne soit inclus dans ces 3%, ce qui entraînerait au contraire une baisse des fonds alloués à la vraie action militaire. Les propositions sont floues et jouent sur des mots-clés bien choisis, sans base tangible, comme souvent. La question de l'OTAN qui mérite d'être débattue, repose sur des points bien plus pragmatiques que « quitter le commandement militaire intégré de l'OTAN pour que la France ne soit pas entraînée dans des guerres qui ne sont pas les siennes ».

A titre de précision, la sortie du commandement intégré ne délivre en rien des obligations - politiques - liées à l'article 5 du Traité de l'Atlantique Nord... Le programme d'Emmanuel Macron est quant à lui une continuation sans interrogations de la politique de François Hollande qui tient avant tout du cache-misère. Entre Garde nationale au format incompréhensible et objectif de financement de 2% du PIB en 2025, trois ans après la fin du quinquennat, il s'agit de toujours promettre sans s'obliger à tenir. Le délire sur une cyber-armée (française celle-là ?) n'est au fond là que pour faire plaisir aux plus geeks des électeurs. Ce n'est pas d'une nouvelle structure hiérarchiques et d'uniformes d'une nouvelle couleur dont la France a besoin, mais d'une politique claire.

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Objectif totémique des 2% du PIB

L'objectif totémique des 2% du PIB consacrés à la Défense, sanctuarisé par les déclarations tonitruantes du Chef d'état-major des armées, loin de son rôle traditionnel, cache les vraies problématiques. L'argent est certes important puisqu'il est le nerf de la guerre, mais il ne doit pas devenir la guerre. C'est avant tout de stratégie et d'orientation nationale et internationale qu'il faut se préoccuper, plus que de dépenses. Il ne sert ainsi à rien, comme le fait Marine Le Pen, d'annoncer un second porte-avions - dont elle donne déjà le nom (sic) - sans avoir réfléchi à son utilisation. Il n'est pas non plus pertinent, de relancer avec des sauts de cabri sur sa chaise, la chimérique Europe de la Défense, comme le fait Emmanuel Macron.

Macron discrédité

La simple évocation de l'Europe de la Défense, dogme franco-français dont il n'existe même pas de traduction officielle en anglais, discrédite immédiatement le candidat d'En Marche sur le sujet « Défense ». Celui-ci semble d'ailleurs vouloir confier l'ensemble de la question à l'Europe, en tablant sur une mutualisation des investissements dans les programmes d'armement au niveau communautaire, sans voir que ceux-ci ont été des échecs retentissants. Seuls les programmes menés au sein de l'OCCAR - qui n'est pas un organe de l'UE puisque des pays comme la Turquie y participent - connaissent, parfois, une fin heureuse. Il suffit ainsi de relire les textes, l'Europe de la Défense porte un nom : l'OTAN (article 42 du Traité de Maastricht).

Dans cet embrouillamini de promesses vagues, de transferts de souveraineté ou de liste au Père Noël, le programme de François Fillon, même s'il n'est pas lui non plus parfait, apparaît au contraire comme le plus réaliste, équilibré et objectif. Entre audit préliminaire et revue stratégique pré-action, c'est d'une évaluation en profondeur et sans a priori que la Défense aura besoin, en 2017 et après.

___

(*) Les Arvernes sont un groupe de hauts fonctionnaires, d'économistes, de professeurs d'université et de chefs d'entreprise.

Les Arvernes

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