L'aéronautique, un secteur sur lequel le soleil ne se couche jamais (salon du Bourget)

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Comme le rappelle à l'envi John Leahy, le directeur commercial d'Airbus, la classe moyenne va exploser à l'échelle de la planète au cours des vingt prochaines années.
Comme le rappelle à l'envi John Leahy, le directeur commercial d'Airbus, la classe moyenne va exploser à l'échelle de la planète au cours des vingt prochaines années. (Crédits : reuters.com)
Selon les dernières prévisions de Boeing, 38.000 nouveaux avions seront livrés au cours des 20 prochaines années. La flotte d'avions va doubler d'ici à 2034, de 21.600 avions actuellement à 43.560 appareils.

L'aéronautique, un  secteur sur lequel le soleil ne se couche jamais ? Cela y ressemble fortement. Selon les dernières prévisions de marché de Boeing, publiées ce jeudi 11 juin, 38.050 appareils devraient être livrés d'ici à 2034, pour une valeur de 5.600 milliards de dollars au prix catalogue. Aujourd'hui composée de 21.600 avions, la flotte mondiale est appelée à plus que doubler au cours des vingt prochaines années pour atteindre 43.560 avions en 2034. Un potentiel exceptionnel, dont peu de secteurs peuvent se prévaloir, surtout sur une aussi longue période.

Hausse du trafic passagers de 5,2% chaque année

Ce boom s'explique d'abord par les prévisions de hausse du trafic de passagers qui devrait croître en moyenne d'environ 4,9 % par an au cours des vingt prochaines années, selon Boeing, et de 5,2% selon Airbus. De 3,4 milliards de passagers en 2014, le trafic devrait doubler d'ici à 20 ans. Certes, ces prévisions à si long terme font sourire les sceptiques. Pour autant, au cours de la dernière décennie, elles se sont toujours vérifiées. Rien n'a enrayé la hausse du trafic, ni la flambée du prix du carburant, ni les contraintes environnementales, ou encore le développement des technologies qui permettent les échanges à distance (Internet haut débit, visioconférence, téléprésence...), et pas plus la crise financière en 2009.

Boom de la classe moyenne

Car la croissance économique est toujours au rendez-vous et l'évolution du trafic aérien est directement corrélée à celle du PIB. Elle est même amplifiée par rapport à celle-ci. Or, la croissance favorise l'émergence d'une classe moyenne, laquelle a davantage les moyens de voyager en avion. Et, comme le rappelle à l'envi John Leahy, le directeur commercial d'Airbus, la classe moyenne va exploser à l'échelle de la planète au cours des vingt prochaines années. Elle devrait en effet passer de  2,3 milliards de personnes aujourd'hui (33% de la population mondiale) à 5,375 milliards d'individus en 2033, soit 66% de la population mondiale estimée en 2033 à 8,5 milliards d'individus. Un bond intégralement porté par le triplement de la classe moyenne dans les pays émergents au cours des 20 prochaines années, à 4,5 milliards de personnes. Résultat, si seulement 22% de la population voyage en avion une fois dans l'année dans les pays émergents, ils seront 66 % en 2033 !

 Les pays émergents tirent la croissance

L'effet sur l'industrie aéronautique est immédiat. Cette tendance dicte les livraisons d'avions. «Les marchés émergents tirent la croissance », explique Boeing. Selon, le constructeur américain, la flotte d'avion va augmenter de 2,7% en Asie-Pacifique et au Moyen-Orient, de 2,4% en Amérique latine et en Afrique, contre 1,4% en Amérique du Nord, et 1,6% en Europe.

Aux commandes d'avions pour la croissance, s'ajoutent aussi les appareils pour le renouvellement des flottes des compagnies aériennes. «42% des nouveaux appareils seront destinés au renouvellement des flottes», explique Boeing.

Certes, le prix du baril, qui est facteur déterminant dans le choix des compagnies aériennes de renouveler leur flotte, a diminué depuis un an mais pas dans des proportions telles qu'il rendrait à nouveau compétitifs les avions les plus anciens et pousserait les transporteurs à différer leurs achats. Le président d'Airbus, Fabrice Brégier, estime que le pétrole est à un bon niveau. Il a suffisamment baissé pour améliorer la santé économique de ses clients et il reste suffisamment élevé pour les pousser à commander des avions plus performants.

Multiplicité de l'offre

Cela tombe bien. Le boom de la demande coïncide avec l'arrivée sur le marché d'une multitude de nouveaux appareils dont les technologies réduisent fortement la consommation de kérosène et les coûts d'exploitation. Rarement dans le passé autant de nouveaux produits sont entrés en même temps sur le marché. Et ce, sur toute la gamme d'appareils. Après le B787 en 2012 et l'A350-900 en 2014, le C-Series de Bombardier et l'A320neo doivent entrer en service en 2015, le Boeing 737 MAX en 2017, l'A330Neo, l'A350-1000 attendus et le russe MS-21 en 2017, la nouvelle famille d'avions Embraer et le C919 du chinois Comac à partir de 2018, le Boeing 777-9X (pour 2020), et peut être un jour un A380 remotorisé et allongé.

Parmi tous ces avions, les moyen-courriers continueront d'assurer l'essentiel des ventes. Avec 26.730 appareils, ils représenteront en effet 70% des livraisons d'avions au cours des 20 prochaines années. Boeing estime le marché long-courrier à 8.830 avions, dont plus de la moitié pour les appareils de 350-300 sièges, 3.520 sur celui des appareils de 300 à 400 sièges, et seulement 540 pour celui des très gros-porteurs de type A380 ou B747-8

La supply chain tiendra-t-elle?

Restera à livrer les avions. Un tel afflux de nouveaux appareils va obliger les avionneurs à augmenter sérieusement les cadences de production. Airbus envisage d'augmenter les siennes d'environ 30% d'ici à la fin de la décennie pour atteindre une production d'environ 1.000 appareils.

Boeing sera également à de tels niveaux. A eux deux, plus de 5 appareils sortiront chaque jour des lignes d'assemblage.. En tenant compte d'ATR, de Bombardier, d'Embraer, de Comac, de Soukhoï, ce seront près de 2.500 avions neufs qui pourraient être produits chaque année.

La chaîne des fournisseurs (supply chain), dont un grand nombre est engagé sur plusieurs programmes, suivra-t-elle ? C'est le grand défi de la filière aéronautique. La défaillance d'un seul sous-traitant peut en effet dérégler l'ensemble  de la machine.

"Les PME françaises sont prêtes à faire face aux augmentations de cadences", affirme son Pdg, Christophe Cador, par ailleurs président du Comité Aero-PME du Gifas  (groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales). Les avionneurs, Airbus en tête, prennent soin de les prévenir suffisamment tôt pour leur laisser le temps de se préparer à changer de braquet. En France, ils y parviennent depuis le début des années 2000.

Un secteur qui embauche

Cette bonne santé de l'aéronautique est bénéfique pour l'emploi. Après les 13.000 embauches en 2011, 15.000 en 2012 et 10.000 en 2014, 8.000 personnes, principalement des techniciens et opérateurs qualifiés, devraient être recrutés en 2015 en France. Néanmoins, en dépit des embauches massives, la filière continue de rencontrer des difficultés de recrutement.

"Nous avons pratiquement 2.000 postes dans la profession où nous ne pourrons pas recruter", déclarait récemment le président du Gifas, Marwan Lahoud, également  directeur général délégué d'Airbus Group.

La pénurie est forte dans les métiers de la production.

"C'est là que nous avons des besoins. Dans certains métiers, nous avons des postes ouverts qui ne sont pas remplis parce que nous ne trouvons pas de jeunes gens qui soient prêts. Nous cherchons à recruter des jeunes gens, des jeunes hommes et des jeunes femmes, qui veulent produire des avions, des hélicoptères, des satellites, etc.", explique-t-il.

L'une des attractions, cette année, sera un "avion des métiers" qui reproduira une ligne fictive d'assemblage d'un avion afin de présenter les métiers de l'aéronautique aux plus jeunes.

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Commentaires
a écrit le 12/06/2015 à 7:35 :
Il faudra nécessairement en France envisager de financer les retraites par une taxe sur l'énergie
a écrit le 12/06/2015 à 7:35 :
Il faudra nécessairement en France envisager de financer les retraites par une taxe sur l'énergie
a écrit le 12/06/2015 à 7:24 :
Notre aviation disparaitra si on s'obstine en France à imputer les charges sociales uniquement sur les salaires; il y a aussi le capital et surtout l'énergie.
a écrit le 11/06/2015 à 23:40 :
j'ai l'impression de revivre l'année 2000 où Boeing faisait les mêmes prévisions, et où il prévoyait de gérer via des flottes de satellites ATM l'Air Traffic Managment. ( peut être est ce les mêmes).
le ciel est engorgé d'avion avec des points noirs via les systèmes de Hub, le trafic explose donc il faut revoir la gestion du trafic.
sauf que quand Boeing ou Airbus ont des commandes mirifiques pour des compagnies du Golf ou autre , il faut bien penser que ces compagnies vont devoir remplir leurs sièges et vont venir concurrencer les compagnies historiques sur leur territoire.
l’état Actionnaire d'Air France et d'Airbus devrait comprendre que plus airbus vend des nouveaux avions à des nouvelles compagnies plus il met en danger Air France
a écrit le 11/06/2015 à 22:05 :
Selon AVIATION MAGASINE, Boeing a racheté De Maers et GKW qui détiennent la technologie et surtout les brevets d'AIRBUS. Les Anglais Rolls Royce et Mac Diff Tech. sont dans le coup. Merkel est-elle au courant? Le monde aéronautique va basculer. Les Chinois résisteront peut-être au monopole US en gestation....
Réponse de le 12/06/2015 à 6:40 :
Très intéressant, de quels brevets s'agit il?
a écrit le 11/06/2015 à 18:58 :
L'avion c'est du vol. Pas de taxe sur le carburant, pas de TVA et des subventions. Quand j'imagine que je paie plein pot le carburant de ma voiture pour aller au travail et que mes impôts paient le transport des personnes qui s'en vont en vacances au soleil avec des vols lowcost subventionnés.
Pas de taxe sur le CO2 et pourtant les problèmes climatiques n'épargneront personne. Doit on se réjouir de la croissance du transport aérien ?
a écrit le 11/06/2015 à 18:06 :
Le soleil se couche pourtant sur certains acteurs BAE annoncera probablement sa reprise par Airbus après Salon ou au plus tard mi octobre après la publication du T3. Thalès et DCNS devraient être de la partie. Ensuite nous verrons la concentration autour de Ericson qui aura vendu sa branche téléphonie à Nokia-Alcatel et différents deals italiens. Aux USA c'est une concentration massive qui se prépare, elle a déjà commencé avec quelques "petits" comme URS tandis que U.T vend ses hélicoptères. Bien entendu on constate la même concentration côté compagnies aériennes. Un coup de soleil.
a écrit le 11/06/2015 à 17:24 :
Si les conditions de travail des navigants continuent à se dégrader, ça va être difficile de trouver les équipages en nombre suffisant....
Même si il y aura toujours quelques primates prêts à tout pour porter des galons.....
Réponse de le 11/06/2015 à 18:31 :
C'est sûr que dans les pays occidentaux les navigants ont mangé leur pain blanc...Il va falloir retomber sur terre sans trop de dégâts....
Réponse de le 13/06/2015 à 10:56 :
on parle ici de la production des avions, pas des compagnies aériennes...
a écrit le 11/06/2015 à 16:40 :
Et les besoins en pilotes ? quelles sont les perspectives ?

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