La France se porte au secours d'Airbus Helicopters

Le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian a annoncé une prochaine commande de la France "de 160 à 190" exemplaires de H160 militarisés (5,5 à 6 tonnes) à Airbus Helicopters.
Michel Cabirol
Les premiers exemplaires d'H160 militarisés dans le cadre du programme Hélicoptère interarmées léger (HIL) seront livrés en 2024 au lieu de 2028.
Les premiers exemplaires d'H160 militarisés dans le cadre du programme Hélicoptère interarmées léger (HIL) seront livrés en 2024 au lieu de 2028. (Crédits : Airbus Helicopters/Alain Ernoult)

Quel pays vient à nouveau au secours d'Airbus? La France. En l'occurrence une nouvelle fois Jean-Yves Le Drian. Le ministre de la Défense a annoncé vendredi à Marignane chez Airbus Helicopters, qui affronte de très forts vents contraires, une prochaine commande de la France "de 160 à 190" H160 militarisés (5,5 à 6 tonnes) au constructeur européen afin de rationaliser la flotte d'hélicoptères très disparate des trois armées françaises : Panther, Dauphin, Fennec, Alouette III et Gazelle. La cible s'élèverait à 166 appareils, selon nos informations.

"J'ai décidé, lors du dernier comité ministériel d'investissement, de faire du H160 la base du futur hélicoptère léger interarmées, le HIL", a expliqué dans un tweet le ministre de la Défense.

En 2011, la France avait déjà aidé Airbus Helicopters en trouvant un financement de 550 millions d'euros pour développer le successeur du Dauphin. Le constructeur de Marignane demandait à l'époque ce montant pour financer la R&T (recherche et technologie) et la R&D (recherche et développement) pour son projet X4. Ce dossier était défendu par la Direction générale de l'aviation civile (DGAC). L'hélicoptère H160 a obtenu 68 brevets, notamment pour ses pales courbées développées en coopération avec l'ONERA et qui permettent de diminuer par deux le bruit en vol.

Un programme accéléré

"Il a été décidé parallèlement d'accélérer la procédure avec une première livraison avancée de quatre ans minimum", a également précisé Jean-Yves Le Drian lors de son discours. Le premier HIL devra être livré en 2024 au lieu de 2028. Initialement, il était prévu jusqu'en 2012 que les premiers exemplaires soient livrés en 2020. La livraison du premier H160 civil, dévoilé en mars 2015 au salon HAI Heli-Expo à Orlando, est programmée pour début 2019 alors qu'il devait l'être en 2018.

Initialement, le programme HIL devait également englober le remplacement des Puma (7,4 tonnes). Mais ces derniers trop lourds pour être remplacés par le H160  le seront finalement par des Caracal (H225M) supplémentaires, selon nos informations. "Ce n'était pas facile de remplacer par un seul hélicoptère une gamme d'appareils allant de 2/3 tonnes (Gazelle) à plus de 7 tonnes (Puma). La solution idéale n'existait pas", explique-t-on à La Tribune. Enfin, il n'est pas exclu que la Marine nationale remplace de façon intermédiaire ses Dauphin mis en service en 1990 et ses Panther (1993) par des appareils d'occasion, voire par un achat de disponibilité par externalisation.

Rationalisation de la flotte

La version marine sera équipée du missile ANL (Anti-navire léger) de MBDA, un missile qui pourra bloquer très rapidement un navire menaçant aux mains de terroristes (pétrolier, cargo...) . Ce système d'arme est notamment prévu pour détruire les hélices du gouvernail. "Le HIL est cohérent avec le missile ANL", fait-on valoir à la Tribune. Seul problème, l'ANL va arriver bien plus tôt que le HIL. Le calendrier du programme vise à obtenir de premières livraisons de missiles en 2018.

Destiné au transport léger, au soutien logistique, au secours, à l'attaque, à l'appui au commandement et à la formation, le HIL remplacera progressivement l'Alouette III, le Dauphin SP et le Fennec ainsi que les Gazelle et les Panther. Ce qui permettra de rationaliser la maintenance et le support - une source d'ennui et de dérapages financiers actuellement - des hélicoptères des trois armées ces dernières années. Le HIL "résulte à la fois d'une volonté de réduire le nombre de plateformes en service, et de partir d'une plateforme civile déjà existante. Ces deux facteurs contribueront à la restauration progressive d'une disponibilité au meilleur niveau", a estimé le ministre.

"Dans ce domaine, je le dis ici puisque je l'ai dit publiquement à plusieurs reprises, je ne suis pas content, pas content même du tout, a expliqué le ministre de la Défense. Je l'ai dit à plusieurs reprises à l'ensemble des acteurs de la chaine. Je ne suis pas satisfait du fait que « moi, premier client », j'achète des hélicoptères de manière significative et lorsque je vais voir leurs mises en œuvre opérationnelle, je m'aperçois que le MCO n'est pas au rendez-vous. Et pourtant, c'est tout à fait essentiel pour de multiples raisons. A la fois parce qu'il y a des causes exogènes : la forte utilisation et la multiplicité des engagements qui ont été faits dans des milieux hostiles avec une usure prématurée voire parfois l'attrition. Il y a aussi des raisons externes qui s'ajoutent à des raisons internes qui nous sont propres à nous, je me mets dedans car nous avons une architecture contractuelle trop complexe, parce que nous avons des dilutions de responsabilités et donc ça n'allait pas".

Airbus Helicopters dans les turbulences

Compatissant, Jean-Yves le Drian est revenu sur les aléas d'Airbus Helicopters depuis deux ans. "Je sais que l'année 2016 a été difficile (...) mais vous avez su montrer votre force commerciale", a-t-il souligné. Les livraisons militaires, qui représentent désormais 57% du chiffre d'affaires du groupe, ont "pallié les difficultés du marché civil", s'est félicité néanmoins le ministre. Le constructeur a notamment signé des contrats à Singapour (16 Caracal), au Koweït (30 Caracal) et en Serbie (9 H145M).

L'industrie mondiale dans le domaine des hélicoptères a connu en 2016 son année "la plus difficile depuis 2008", a reconnu son PDG Guillaume Faury, en raison de la baisse de la demande des compagnies pétrolières. Ainsi, Airbus Helicopters a engrangé 353 commandes nettes et a livré 418 appareils en 2016. Pour faire face à ce ralentissement, la division avait annoncé en octobre un plan de 582 départs volontaires, répartis sur ses deux sites de Marignane et Paris, en 2017 et 2018.

Michel Cabirol

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Commentaires 18
à écrit le 06/03/2017 à 14:46
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C'est vraiment incroyable. Il faudrait que ça soulève un tollé, il y en aurait des choses à dire ! Si ça profitait à tous les français, ce serait trop beau, non ? Là, c'est une seule société, privée, ultra politisée, qui perd son savoir faire a...

à écrit le 05/03/2017 à 15:53
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Pour autant que je comprenne, c'est une commande qui était prévue et est légèrement avancée.

à écrit le 04/03/2017 à 19:27
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Donc si je comprend bien à chaque fois que l'armée commande des hélicoptères c'est pour sauver airbus? Si vous l'ignorez le taux de dispo des hélicoptères de l'alat est de moins de 30%. De plus cette commande était prévus de lonque date est il servir...

à écrit le 04/03/2017 à 17:02
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Cet hélicoptère servira le civil et le militaire. Ses cibles sont aussi les domaines des transports privés, du parapétrolier, de la sécurité policière ou médicale, de diverses interventions en mer ou en montagne, des douanes et des missions de sauve...

le 05/03/2017 à 12:20
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@alaind . Vouloir uniformiser les hélicos militaires, n’est pas la panacée. C’est une solution espérée pour réduire les couts de MCO sur le long terme, pas nécessairement vérifiée. Ne pas perdre de vue que trop de sophistication, ne va pas to...

à écrit le 04/03/2017 à 14:12
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Il faut dire que én France nous avons des alouettes 3 encore en service..... Donc équiper tous le monde d'une même machine n'est pas totallement dénué de sens.... Ensuite l'état est actionnaire de cette entreprise, les usines sont sur le sol français...

à écrit le 04/03/2017 à 12:20
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Les anglais viennent de faire rénover par Airbus Helicopters, leur flotte de Puma de la RAF de sorte à ce qu'elle puisse continuer à voler. Mais nous, en France, on est tellement riche qu'on en prend 160 exemplaires du plus cher modèle, dont on a...

le 04/03/2017 à 23:51
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Le titre est racoleur mais le programme existe depuis longtemps. C'était prévu pour un seul appareil mais les exigences des différentes armées étaient trop différentes. 2 appareils étaient donc attendus et le H160 était le favori et apprécié des armé...

à écrit le 04/03/2017 à 11:49
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Quelle honte ! J'espère que les médias vont s'emparer de cette affaire. Quand on pense qu'en plus ce sont les 4 milliards de Sarkozy qui ont permis de développer cet appareil... J'espère qu'on a eu une ristourne ! On verra donc encore les salarié...

le 04/03/2017 à 12:19
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'On verra donc encore les salariés de cet épouvantail bomber le torse à penser que tout le monde pense que ce sont des cadors car ils font des hélicos.... alors qu'en fait, ils sont des fonctionnaires à qui l'état donne à manger quand ça ne va pas......

le 05/03/2017 à 15:54
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4 milliards de Sarkozy? Ah bon, l'argent du contribuable c'est son argent? Ca explique beaucoup de choses sur ce qui se passe chez les Républicains.

à écrit le 03/03/2017 à 20:20
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Une commande de 166 hélico pour sauver 582 emplois en France. Cela semble un peu plus cher que l'affaire Alstom. Mais le prix à payer ici n'est pas mentionné. Pour bien gérer l'état d'urgence et le contexte actuel des élections, le gouvernement en p...

le 04/03/2017 à 9:02
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On sauve surtout la capacité à faire. A force de tout acheter à l'extérieur nous ne savons plus rien faire dans ce pays, nous sommes dépendants. Et puis votre calcul oublie les sous traitants.

le 05/03/2017 à 15:55
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Le plan de sauvetage d'Alstom n'a sauvé aucun emploi, il a sauvé un site. Les emplois devaient être relocalisés sur un autre site.

à écrit le 03/03/2017 à 19:48
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Complètement en phase avec Trump , pour sauver notre Otan....il n' en fallait pas moins surtout sur la quantité , nos partenaires Européens eux...devraient s' orienter sur du matos Us .

à écrit le 03/03/2017 à 19:01
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Ben voyons, le déficit n'est pas assez important. Il faut donc l'élargir pour que les gouvernements suivants aient un sérieux boulet à trainer :-)

à écrit le 03/03/2017 à 18:30
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Pourquoi c'est l'état qui doit payer et subventionner le développement d'un hélicotère d'une société privé qui fait des milliards d'euro de bénéfice et le distribue aux actionnaires???

le 03/03/2017 à 20:29
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Parce que l'état est aussi actionnaire,client,investisseur et récupère la TVA, les impôts et ponctionne les salariés...Dans l'affaire nous contribuables bénéficierons des abysses à combler le moment venu!!! Pendant que ça tient heureux de voir des fa...

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