Au moment où va s'ouvrir mardi soir le 76e sommet de l'Otan par un dîner, le rapport du Groupe SCET, filiale à 100 % de la Caisse des dépôts, tombe à pic pour sonner le réveil au ministère des Armées et chez les industriels de l'armement français. Le constat de ce rapport, qui va faire mal à la tête, est brutal : face à l'accélération du réarmement des pays de l'Otan, qui vont devoir réaliser un effort de défense à hauteur de 5 % du PIB (800 milliards de dollars pour un effort à 3,5 % du PIB), « la France n'est pas prête pour répondre aux enjeux de réarmement et garder sa place de deuxième exportateur mondial de défense », estime Bureau T, cellule de conseil en stratégie et prospective du Groupe SCET. Résultat, l'industrie de défense française pourrait voir filer sous son nez des ventes de matériels militaires pour un montant évalué entre 30 et 45 milliards d'euros par an d'ici 2035.
Pourquoi ce constat ? Pour accompagner le réarmement des pays de l'Otan, la France doit faire face à un double défi : répondre à ses propres besoins de modernisation et de renouvellement de ses équipements, tout en conservant sa position de deuxième exportateur mondial. Or, selon Bureau T, « ni ses capacités industrielles ni ses infrastructures de formation ne sont aujourd'hui calibrées pour faire face à un tel saut d'échelle ».
Et quel saut d'échelle ! Selon les modélisations de Bureau T, s'ouvre un marché annuel additionnel « compris entre 320 et 440 milliards de dollars » environ qui s'ouvre pour les industriels de la défense. Soit un quasi-doublement du marché Otan pour les systèmes d'armes et leur entretien (Maintien en condition opérationnelle). « En conservant la part de marché actuelle de l'industrie française [10 % à 12 %] au sein de l'Otan, cela correspondrait à une opportunité directe pour la France de 30 à 45 milliards d'euros par an d'ici 2035 [35 à 50 milliards de dollars] », évalue Bureau T. Cela pourrait entraîner la création de 570 000 à 800 000 emplois directs, indirects et induits, selon Bureau T.