Puissance aérospatiale : la France face aux enjeux du futur

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Le drone MALE européen est le défi majeur d'ici la fin de l'année 2019, a assuré le Délégué général pour l'armement, Joël Barre.
Le drone MALE européen est "le défi majeur d'ici la fin de l'année 2019", a assuré le Délégué général pour l'armement, Joël Barre. (Crédits : Occar)
Nouvelles technologies, avion de combat Scaf, coopération européenne… les prochains chapitres de l’aéronautique militaire française ont été débattus lors de la 6ème édition du Paris Air Forum.

Avec les nouvelles technologies, mais aussi les nouvelles menaces, les armées basculent dans une nouvelle ère. Comment la France s'y prépare-t-elle et avec quels atouts ? A l'occasion d'une table ronde qui s'est déroulée le 14 juin lors du 6ème Paris Air Forum, le délégué général pour l'armement Joël Barre a dressé un tour d'horizon des programmes d'armement dans le domaine de l'aéronautique française dans les années à venir : "Nous continuons à capitaliser sur le Rafale qui a démontré à maintes reprises sa performance et ses atouts opérationnels. Nous avons sur le Rafale une politique incrémentale donc nous développons des standards successifs qui améliorent ses performances".

Mais à côté de cette évolution, il y a surtout l'opération du Système de combat aérien du futur (Scaf) : un projet européen hors norme, lancé en 2017 par la France et l'Allemagne et rejoint par l'Espagne, qui vise à construire un système de systèmes faisant fonctionner en réseau avions et drones de combat, missiles, moyens spatiaux et autres armements.
Autre programme, celui de l'hélicoptère interarmées léger va remplacer cinq flottes actuellement en service dans les différentes armées. Sans oublier l'objectif de doter l'Europe d'un drone de renseignement de moyenne altitude et longue endurance. "Nous sommes sur ce programme en fin de phase de définition. Nous négocions actuellement avec notre industrie européenne, en coopération avec l'Italie, l'Allemagne et l'Espagne, le lancement de la phase de la réalisation. C'est le défi majeur d'ici la fin de l'année 2019", a résumé Joël Barre.

IA, Big Data : le combat collaboratif connecté

Dans la course à l'armement, les nouvelles technologies seront un levier important. Intelligence artificielle, robotique, Big Data... à quoi ressemblera le combat aérien du futur ? "Le combat aérien du futur, ce n'est pas un avion de combat, c'est un système de combat aérien avec des capteurs, des effecteurs qui peuvent êtres déportés, des missiles pour pénétrer et neutraliser les forces ennemies... le tout interconnecté. C'est ce qu'on appelle le combat collaboratif connecté", a décrit Joël Barre. "C'est quelque chose que nous développons dans le cadre des évolutions du Rafale et à terme dans le cadre du Scaf ", a-t-il détaillé. Plus particulièrement en matière d'IA, une initiative baptisée Man-Machine Teaming, lancée par la DGA et animée par Dassault Aviation et Thales, explore dans le cadre du Scaf la possibilité de développer un système aérien cognitif.

Pour le général Philippe Lavigne, chef d'état-major de l'Armée de l'air, l'intérêt de l'IA et du Big Data dans le domaine opérationnel, "c'est de mieux conduire les opérations aériennes, d'être capable de détecter, d'analyser beaucoup plus vite en temps réel et de transmettre les informations", ainsi que de combattre et de préparer la décision. Autre champ dans lequel l'IA permettra de progresser, celui de la maintenance prédictive ou encore la logistique. Dans tout cela, la maîtrise de la donnée sera essentielle. Et "l'homme restera dans la boucle", a assuré le général.

Pour faire décoller le Scaf en 2040, date à laquelle le programme devrait être opérationnel, il faudra donc mûrir toutes ces nouvelles technologies. "Il faut faire des systèmes polyvalents et prendre en compte les big data", a analysé Eric Trappier, président du GIFAS et PDG de Dassault Aviation dont les équipes planchent avec Airbus sur l'avion de combat. "Il faut être capable de bâtir des architectures et d'aller de plus en plus vite, ce que le progrès de l'informatique et l'informatique embarquée vont nous permettre, et être capable d'intégrer un certain nombre de données qui viennent soit des capteurs propres de l'avion soit de tous les capteurs qui seront sur d'autres plateformes, pour être capable de présenter au pilote ou au chef de mission au sol la meilleure capacité pour faire sa mission".

Les défis de la collaboration européenne

Le tandem franco-allemand, Dassault Aviation et Airbus, produira le démonstrateur du futur avion de combat à l'horizon 2026. Dans cette construction, "on n'est pas que deux. Pour le moteur, il y a Safran et l'allemand MTU. Il y a Thales, ici, pour l'électronique à bord mais aussi pour le domaine des réseaux. On a des sociétés allemandes que nous les Français commençons à apprendre à connaître et inversement", a noté Eric Trappier. Et de souligner : "Nous sommes en train de bâtir les fondations », qui doivent être « propres et carrées". De son côté, à l'occasion d'une autre conférence du Paris Air Forum, le patron d'Airbus Defence & Space, Dirk Hoke, s'est dit "très optimiste" sur cette organisation industrielle européenne du Scaf. "Dans les mois passés, nous avons fait beaucoup de progrès pour trouver des bonnes solutions", a-t-il déclaré.

Mais alors que le Scaf va structurer l'aéronautique militaire européenne, se pose la question des intérêts souverains. Comment la France, seul pays à savoir construire un avion de combat de A à Z, pourra-t-elle garder cette compétence ? "A la DGA, nous sommes très attentifs à conserver les capacités que nous avons aujourd'hui d'autonomie stratégique dans le domaine de l'aviation de combat", a insisté Joël Barre. Le défi est de passer d'une base technologique et industrielle française (BITD) à une BITD de plus en plus européenne. "Il faut le faire avec des schémas dont les fondations seront solides, faites de confiance mutuelle, et peut-être à terme aller dans un schéma de mutuelle dépendance", a estimé le patron de la DGA. "Tout le travail que nous faisons en ce moment entre industriels allemands et français est un travail de préparation pour bâtir une certaine confiance", a pour sa part affirmé Eric Trappier.

Les nouveaux sujets de l'espace

Le spatial ne s'impose pas moins en tant qu'enjeu stratégique de demain, français comme européen. Concrètement, selon Joël Barre, la France prévoit le lancement du renouvellement des capacités en matière d'observation optique, d'écoute électromagnétique et de télécommunications. Par ailleurs, pour Eric Trappier, "il est important que le programme Ariane 6 soit une réussite et que nos fabricants de satellites continuent à avoir des contrats pour exister. C'est la première étape de la maîtrise de l'espace".

Il y a toutefois de la place pour de nouveaux sujets tel les avions spatiaux. "On commence à maîtriser l'espace pas seulement en y allant et en en revenant, mais aussi en s'y promenant. Cela peut intéresser les avionneurs de combat et en particulier Dassault de pousser un peu plus la frontière". La Chine, par exemple, a déjà pris de l'avance dans les avions suborbitaux... Reste qu'un tel sujet nécessite une mobilisation européenne. "Il faut accentuer et accélérer la volonté de coopération européenne dans ce domaine", a conclu le président du GIFAS.

Regarder la vidéo du débat du Paris Air Forum 2019 :

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Commentaires
a écrit le 01/07/2019 à 22:44 :
Toujours a parler de la France comme si elle n'était pas sous la tutelle de cet administration hors sol qu'est l'UE! Bientôt nous ne parlerons que de régions européennes centralisés sur Bruxelles!
a écrit le 01/07/2019 à 14:46 :
On ne parle pas d'Elżbieta Bieńkowska, bien évidemment ?

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