Trop cher, le drone MALE européen devra passer par le repêchage

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Il n'y a pas de chèque en blanc des Etats pour les industriels qui développent le programme Eurodrone
"Il n'y a pas de chèque en blanc" des Etats pour les industriels qui développent le programme Eurodrone (Crédits : Dassault Aviation)
La France a estimé que la proposition des industriels, qui développent l'Eurodrone, est excessive.

Le programme Eurodrone est dans les turbulences. Le ministère des Armées n'est pas satisfait de la première proposition financière remise fin mai à l'OCCAR (Organisation conjointe de coopération en matière d'armement) de la part des industriels (Airbus, Dassault Aviation et l'italien Leonardo), qui développent et fabriqueront le futur drone MALE (Medium altitude, long endurance) européen. "C'est une offre excessive à ce stade", a-t-on jugé dans l'entourage de la ministre des Armées. En clair, l'offre, qui aurait dû être remise en fin d'année dernière, est "trop chère". Les trois industriels sont donc contraints de revoir leur copie sur l'Eurodrone, dont la maîtrise d'oeuvre a été confiée à Airbus.

"Le fait qu'ils aient pris du retard indique peut être qu'ils ont eu des difficultés à mettre au point" une offre sur le programme Eurodrone, .

A l'Hôtel de Brienne, on reproche surtout au programme Eurodrone "une inflation de ses caractéristiques". D'où le prix excessif. "Il y a donc une nécessité d'engager de nouvelles discussions" pour trouver un point d'équilibre entre les Etats clients et les industriels, a-t-on souligné. "On ne fera pas ce programme à n'importe quel prix", a-t-on précisé. Un avertissement sans frais en direction des industriels. "Nous avons une exigence collective de réussite de ce projet. Mais il n'y a pas de chèque en blanc : c'est d'abord aux industriels de démontrer leur compétitivité", a d'ailleurs expliqué le Délégué général pour l'armement, Joël Barre dans une interview à La Tribune publiée vendredi 14 juin.

Un contrat signé fin 2019

Cette nouvelle négociation va permettre de passer de la phase des études à la phase de réalisation. "Le deuxième semestre de cette année sera consacré à la négociation de l'offre, et nous avons pour objectif de boucler les négociations pour la fin de l'année", a affirmé le DGA, qui a "une exigence très forte de compétitivité pour nos propres drones". L'Eurodrone, qui a obtenu un financement européen grâce au fonds de la défense européen, doit voler dans le ciel du Vieux-Continent en 2025. Doté de 520 millions d'euros pour l'année 2019-2020, ce fonds a alloué 100 millions d'euros à l'Eurodrone développé par l'Allemagne, la France, l'Espagne et l'Italie.

La question du prix est importante. Dans ce contexte, l'Allemagne se serait engagée à prendre à son compte les surcoûts liés à la motorisation de l'Eurdrone. Mi-2017, les pays partenaires avaient conclu un accord sur la configuration du drone, optant in fine pour un système biturbopropulseur. Résultat, la facture pourrait s'élever à plus de 2 milliards d'euros, soit plus du double de l'estimation d'un projet précédent (1 milliard d'euros). Un projet qui sera difficilement exportable en l'état...

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Commentaires
a écrit le 18/06/2019 à 8:17 :
N'était-il pas prévisible que l'Eurodrone serait nettement plus cher que leurs concurrents américains et isréaliens. Mais finalement la décision des commandes reste politique.
a écrit le 17/06/2019 à 20:12 :
L'armée de l'air et la DGA veulent certainement torpiller le programme européen de drones pour privilégier le programme SCAF dont le prix est bien plus élevé mais qui a l'avantage de préserver les "pilotes" !
a écrit le 17/06/2019 à 16:49 :
pourquoi toujours chercher à faire du ex novo! ce type de drone MALE existe déjà voir le P1HH ou P2 HH. Si nécessaire adapter le produit, le bourrer d' électronique (si cela ne suffit pas); les coûts seront forcement réduits.
a écrit le 17/06/2019 à 11:48 :
Avec un vrai marché Européen, le besoin d'export et notamment vers le Golfe et autres zones sulfureuses serait beaucoup moins pressant.
a écrit le 17/06/2019 à 9:13 :
Airbus et l'OCCAR : le tandem fou de l'A400M
Réponse de le 17/06/2019 à 11:58 :
Je me suis faig la même réflexion. C'est tout à fait à l'opposé d'un programme de coopération comme le Scalp/Storm Shadow jugé exemplaire par l'Ifri, pour lequel il n'existait aucune structure intergouvernementale. En comparaison des NH90 et A400M par exemple dont on connaît les resultats.
Réponse de le 18/06/2019 à 16:26 :
Si l'OCCAR tenait vraiment son rôle, l'OCCAR n'aurait pas transmis cette proposition aux gouvernements .
a écrit le 17/06/2019 à 9:01 :
L'UE est trop habituée vendre les recettes fiscales publiques pour avoir des prix performants.

La corruption, l'évasion fiscale ça revient cher hein !
a écrit le 17/06/2019 à 8:37 :
Hélas situation prévisible....et déjà vécue en 2008 sur le projet précédent Advanced UAV qui avait déjà conduit à une inflation de la masse (de 5 à 9 tonnes).
On est maintenant à 11 tonnes. Ridicule. Il faut savoir que dans l'aéronautique le prix du système est très souvent proportionnel à la masse.
Le Reaper qui remplit grosso modo les mêmes missions ne pèse que 5.7 tonnes et a été produit à des centaines d'exemplaire d’où un prix qui tourne autour de 13-15 M€ tout équipé (hors armement). Le prix unitaire de l'Eurodrone est 4 fois plus élevé sans compter les coûts de développement (supérieurs au milliard d'euros).
Faute d'avoir su maitriser la demande client et proposer des solutions "cost effective", les allemands d'Airbus (maitre d’œuvre du projet) ont laissé dériver les coûts ce qui conduit à une offre inacceptable.
Très mal parti.
Réponse de le 17/06/2019 à 10:59 :
"En même temps" peut-on continuer à acheter des Reaper produits dans un pays qui mène une guerre sans merci (quoique non militaire pour le moment) à l'UE ?
a écrit le 17/06/2019 à 8:16 :
Le plus simple est de demander un devis aux ricains.
Ils savent tres bien faire.
Cette femme "ministre" des armees, n'y comprend rien, mais la ramene sans cesse.
Comme mettre un poirier avec des chevres autour.
Noter que les chevres en macronnies sont nombreuses et bellantes.
Réponse de le 17/06/2019 à 9:26 :
A matins calmes
Je ne comprends pas votre critique envers notre gouvernement sur ce coup là. La France connaît très bien les prix des drones américains et sur cette base là ils peuvent mieux challenger les industriels européens.
En plus notre ministre connaît plutôt bien ses dossiers, voir dernier article excellent publié dans la tribune à cet égard.
Les chêvres ça a parfoirs du bon.
Réponse de le 18/06/2019 à 8:15 :
Un devis aux américains ?
Le but de faire un drone européen, c'est qu'il ne soit pas américain. Trump fait du chantage avec son Otan, les européens commencent à comprendre que les usa ne sont pas un vrai allié.

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