LA TRIBUNE - L'espace est devenu un champ de plus en plus conflictuel lors de ces dix dernières années. Quel est le panorama des menaces aujourd'hui ?
GÉNÉRAL PHILIPPE ADAM : Effectivement, tout tourne autour de la menace. Notre action dans l'espace est désormais une réponse aux menaces existantes. Auparavant, les militaires y étaient présents en tant qu'utilisateurs pour en faire bénéficier leurs propres opérations, leur propre usage et donc confier les opérations de leurs plateformes à d'autres. Mais il s'avère que l'espace est de plus en plus congestionné et de plus en plus contesté. Et nous sommes inquiets par rapport à cette contestation.
Pourquoi ?
Nous sommes confrontés aux menaces que nous avions imaginées au moment où le président de la République a demandé en 2019 à Madame Parly la rédaction d'une stratégie spatiale de défense. Ce qu'on imaginait à l'époque ou qu'on commençait à deviner se confirme tous les jours actuellement. Nous n'avons pas encore vu l'ensemble des menaces être utilisées de façon opérationnelle sur les conflits. Toutefois, nous identifions déjà certaines menaces que nous n'avions pas encore constatées, apparaître sur les théâtres d'opérations, notamment sur des opérations actuelles.
Avez-vous des exemples ?
En Ukraine avec la Russie aujourd'hui. Les Russes sont également très actifs ailleurs qu'en Ukraine. Nous savons très bien qu'ils emploient au quotidien des brouilleurs pour tenter de neutraliser les communications, dont les communications par satellites. Et ils brouillent le GPS. Tout le monde se rappelle qu'ils ont également attaqué et fait tomber au premier jour de l'invasion de l'Ukraine les communications par satellites de l'Ukraine en détruisant le réseau sol du système satellitaire Viasat. Nous n'avons pas vu se reproduire ce type d'attaque depuis. Mais nous savons qu'ils essaient de brouiller la constellation Starlink, qui rend beaucoup de services à l'Ukraine. Starlink tient bon pour l'instant. Je ne sais pas comment ils font exactement mais manifestement ils se défendent bien.