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Entreprises & FinanceAéronautique & Défense

Test européen (sans la France) de dissuasion nucléaire : un « exercice de routine », insiste l'OTAN

Photo de Jérôme Cristiani

Jérôme Cristiani

Publié le 17 octobre 2022 à 15:01 - Mis à jour le 14 avril 2023 à 14:14

Aero India, U.S. Air Force B-52 Stratofortress, Air Force Station Yelahanka, Bengaluru, India

L'opération Steadfast Noon comprend la participation d'avions de combat de quatrième et cinquième générations, ainsi que d'appareils de surveillance et de ravitaillement. Des strato-forteresses B-52 de l'US Air Force, bombardiers à long rayon d'action,...

Reuters

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Ce lundi 17 octobre débute Steadfast Noon, un exercice européen organisé par l'Otan, et mobilisant des dizaines d'aéronefs (bombardiers, chasseurs...), pour tester "des" capacités nucléaires "au-dessus de l'Europe du Nord-Ouest". Au total, 14 États membres de l'Organisation du traité de l'Atlantique-Nord participent à cet exercice d'ampleur, mais sans la France.

[Article publié le lundi 17.10.2022 à 14:31, mis à jour à 17:00, avec RTBF]

Dans un contexte de grandes tensions internationales depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie aggravées par les récentes menaces de Vladimir Poutine d'utiliser l'arme atomique, un exercice militaire d'ampleur a débuté ce lundi 17 octobre à l'initiative de l'Organisation du traité de l'Atlantique-Nord (OTAN) pour tester "des capacités de dissuasion nucléaire au-dessus de l'Europe du Nord-Ouest".

"Des" capacités, pas "toutes les capacités", parce que, malgré la présence de 14 pays de l'Alliance à ce test international, il manquera la France, première puissance nucléaire européenne (avec environ 300 ogives) devant le Royaume-Uni (180 ogives) seul autre pays de l'UE à posséder l'arme atomique. La politique de dissuasion nucléaire de la France est en effet indépendante de celle de l'Otan.

Sortie de l'Otan en 1966 (sous la présidence de Charles de Gaulle), la France a rejoint le commandement de l'Otan en 2009 à l'initiative de Nicolas Sarkozy, mais en maintenant une indépendance de décision sur l'usage de l'arme atomique. Emmanuel Macron l'a rappelé mercredi 12 octobre, la doctrine de la dissuasion nucléaire française est de protéger « les intérêts vitaux de la France ». Sans préciser quels sont exactement ces intérêts vitaux, ce "flou stratégique" participant au "maintien d'une double crédibilité, politique et technique".

  • Lire aussi :Le livre blanc de la Défense (1994, 178p)

L'Otan explicite cette indépendance comme un atout pour l'alliance :

« Les forces nucléaires stratégiques indépendantes du Royaume-Uni et de la France ont un rôle de dissuasion propre et contribuent de manière significative à la sécurité globale de l'Alliance. Les centres de décision distincts de ces Alliés contribuent à la dissuasion, en compliquant les calculs d'adversaires potentiels. »

Membre fondateur de l'Alliance en 1949, la France reste membre à part entière du Conseil de l'Atlantique Nord, au plus haut niveau de décision donc, mais elle ne participe ni au "Comité des plans de défense" (Defence Planning Committee, DPC, fondé en 1963)  ni au "Groupe de planification nucléaire". Ce Groupe des plans nucléaires (ou Nuclear Planning Group, NPG, créé en 1966), « organe de haut niveau de l'Alliance », a pour tâche « d'examiner la politique nucléaire de l'Alliance à la lumière de l'évolution constante de l'environnement de sécurité ». L'OTAN précise explicitement sur son site :

Tous les membres,à l'exception de la France,qui a décidé de ne pas participer, font partie du NPG, indépendamment du fait qu'ils détiennent ou non des armes nucléaires.

"Aucune arme réelle ne sera utilisée"

Cet exercice de dissuasion nucléaire qui se déroule habituellement dans une relative indifférence résonne très différemment cette année depuis les menaces de Vladimir Poutine d'utiliser l'arme atomique sur le sol ukrainien.

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C'est pourquoi, l'OTAN, ne pouvant ignorer que l'opération sera scrutée de près par les forces armées russes, insiste beaucoup sur ce point :  il s'agit bien d'un exercice de routine, "d'une activité d'entraînement ordinaire récurrente et (qui) n'est en rien lié à l'actualité internationale".

Et de ponctuer ainsi son communiqué, à la dernière phrase de son premier paragraphe :

« Aucune arme réelle ne sera utilisée. »

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Des exercices mêlant B-52 et chasseurs de dernière génération

Cependant, l'opération, baptisée Steadfast Noon et qui doit durer jusqu'au 30 octobre, ne passera pas inaperçue. Elle mobilise quelque 60 aéronefs issus des nations participantes qui effectueront des vols d'entraînement dans une vaste zone aérienne comprenant non seulement le ciel de la Belgique, pays hôte de l'exercice (Steadfast Noon se déroule chaque année dans un pays membre de l'Otan différent) mais également celui de la mer du Nord et du Royaume-Uni. La chaîne belge RTBF a indiqué sur son site que "plusieurs sources ont confirmé samedi à l'agence de presse Belga que la base aérienne de Kleine-Brogel serait le point focal de l'exercice".

Y participeront des avions de combat de quatrième et cinquième générations, ainsi que des avions de surveillance et des avions ravitailleurs, et comme les années précédentes, des strato-forteresses B-52 de l'US Air Force, qui cette année, pour rappeler leur capacité de bombardiers à long rayon d'action, décolleront directement de la base aérienne de Minot dans le Dakota du Nord, de l'autre côté de l'Atlantique.

Autre précaution anti-provocation : l'OTAN a aussi précisé qu'aucun appareil impliqué dans ces manœuvres aériennes ne s'approcherait à moins de 1.000 km du territoire russe...

NATO Eastern Flank Air domain
Photo d'illustration (Crédits : NATO)

[L'espace aérien du flanc oriental de l'Otan. Cartographie de l'Otan.]

Sans provocation mais avec fermeté

Le secrétaire général de l'Alliance atlantique, Jens Stoltenberg, a insisté pour maintenir l'exercice malgré les tensions avec la Russie.

« Ce serait un très mauvais signal si nous annulions soudainement un exercice de routine prévu de longue dateen raison de la guerre en Ukraine », a-t-il expliqué la semaine dernière.

« Nous devons comprendre que le comportement ferme et prévisible de l'Otan, notre force militaire, est le meilleur moyen de prévenir une escalade », a-t-il ajouté.

L'Otan se fait également rassurante dans ce contexte, assurant n'avoir constaté aucun changement dans le dispositif nucléaire de la Russie malgré le durcissement de la rhétorique du Kremlin. "Mais nous restons vigilants", a souligné M. Stoltenberg.

(avec AFP, RTBF, et documentation OTAN)

______

ZOOM

Bouclier anti-missiles européen: 14 pays membres de l'OTAN y participent, pas la France

Quatorze pays membres de l'Otan se sont associés jeudi 13 octobre à l'Allemagne pour l'acquisition en commun de matériels de défense anti-aérienne et anti-missile dans le cadre d'une initiative baptisée "bouclier du ciel européen".

Ce projet, présenté cet été par le chancelier allemand Olaf Scholz, vise en particulier à favoriser l'achat de systèmes Iris-T et Patriot, a expliqué la ministre allemande de la Défense Christine Lambrecht.

L'Allemagne pilote cette initiative et a rallié le Royaume-Uni, la Belgique, la Bulgarie, la république Tchèque, l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Hongrie, les Pays-Bas, la Norvège, la Slovaquie, la Slovénie et la Roumanie.

Tous ces pays sont signataires de la lettre d'intention transmise à l'Otan pendant la réunion des ministres de la Défense de l'Alliance.

La Finlande, candidate à l'adhésion, s'est associée au projet.

"Les nouveaux moyens, totalement interopérables et intégrés de façon transparente dans la défense aérienne et antimissile de l'Otan, renforceront considérablement notre capacité à défendre l'Alliance contre toutes les menaces aériennes et antimissiles", a commenté le secrétaire général adjoint de l'Otan Mircea Geoană dans un communiqué.

"Cet engagement est encore plus crucial aujourd'hui, alors que nous assistons aux attaques de missiles impitoyables et aveugles de la Russie en Ukraine, qui tuent des civils et détruisent des infrastructures essentielles", a-t-il souligné.

"C'est une très bonne initiative. L'Otan a besoin de systèmes de défense antiaérien, antimissile et antidrones", a-t-on commenté de source française.

Le système français de défense sol-air est déjà intégré à l'Otan

La France ne s'est pas associée à cette initiative. Son système de défense sol-air de moyenne portée "MAMBA" est déjà pleinement intégré dans la chaîne de contrôle du commandement aérien allié de l'Otan.

Il assure la défense du ciel et la protection des unités françaises déployées en Roumanie dans le cadre du renforcement de la défense de l'Otan sur le flanc est de l'Alliance.

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Le ministre des Armées français Sébastien Lecornu a rencontré jeudi matin à l'Otan son homologue ukrainien Oleksii Reznikov pour un entretien consacré à l'évaluation des besoins des forces armées ukrainiennes.

La France a constitué un fonds doté de 100 millions pour les achats d'armements français par l'Ukraine et a officialisé l'envoi de six canons Caesar, portant la dotation à 24.

Jérôme Cristiani

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