Météo et marchés fous mettent les agriculteurs sur la paille

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La Tribune Infographie / SSAULNIER
La Tribune Infographie / SSAULNIER
Après les affres de la sécheresse, finalement moins grave que prévu, les exploitants affrontent un autre casse-tête : le cours en montagnes russes des céréales. Et les indemnisations des assureurs restent modestes.

Après la panique provoquée par la sécheresse au printemps, la pluie du mois de juillet est venue soulager les campagnes. Mais aussi retarder les récoltes de blé et d'orge pourtant bien mûrs et plutôt chétifs. Au total, « ce sera une petite récolte, avec une baisse de rendement de 8 %, mais on craignait des tonnages nettement plus faibles au printemps pour le blé », assure Gaultier Le Molgat chez Agritel. FranceAgriMer, l'organisme qui gère les offices agricoles, a ainsi revu sa prévision à la hausse, et anticipe une récolte de blé de 32 millions de tonnes. Soit 1 million de tonnes de plus qu'il y a un mois, mais 3 millions de tonnes de moins qu'en 2010. La sécheresse de cet hiver a pénalisé plus lourdement les producteurs de bétail. En mal de fourrage, certains ont vendu leurs bêtes avant l'été. Les abattages de vaches allaitantes ont ainsi progressé de 25 % en avril, par rapport à 2010, selon FranceAgriMer. La tonne de foin a pu dépasser les 150 euros par endroits, alors que la paille, qui n'a habituellement aucune valeur marchande ou très faible, se transporte actuellement d'un bout à l'autre du pays pour un coût en carburant nettement plus élevé que la valeur de la marchandise (25 euros par tonne). Un convoi de 60 tracteurs a ainsi déplacé, jeudi, 850 tonnes de paille de la Seine-et-Marne vers l'Ain. Les achats de paille pourraient occasionner des surcoûts de l'ordre de 10.000 à 50.000 euros par exploitation, selon la FNSEA.

En plus des caprices de la météo, et malgré les discours du G20 sur le sujet, les agriculteurs auront été, cette année, confrontés à une volatilité des cours jamais vue sur une aussi longue période. En un an, la tonne de blé est passée de 130 à 280 euros avant de redescendre à 200 puis de remonter... Cette année, les marchés à terme ne servent à rien », résume un agriculteur lassé des mouvement de yo-yo des cours. De fait, les informations sur l'état des récoltes ne cessent de se contredire d'un mois à l'autre, ce qui amplifie la volatilité. Il n'y a pas que les aléas climatiques pour perturber ces marchés très sensibles. Les volte-face stratégiques de certains grands pays producteurs sont aussi déstabilisatrices. Le brusque retour, en juillet, de la Russie sur le marché du blé, avec des stocks de l'année dernière et donc des prix très faibles, a pris le marché par surprise. « Les Russes peuvent vendre à 40 dollars de moins par tonne que le prix du marché. Ce n'est même pas utile de répondre aux appels d'offres dans ces conditions », assure un négociant parisien. Le Conseil international des céréales a d'ailleurs relevé, jeudi, sa prévision de récolte de blé, qui devrait atteindre 674,4 millions de tonnes. Soit 9 millions de plus qu'il y a un mois : un chiffre qui prend notamment en compte les stocks de blé russes. Des annonces qui incitent les marchés à perdre de vue l'essentiel : les réserves agricoles très modestes au niveau mondial hypothèquent toute baisse pérenne des cours.

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