Levée des quotas laitiers : des agriculteurs s'inquiètent, Euronext s'en réjouit

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Les vaches normandes - et les autres - vont sans doute devoir produire encore plus de lait à réduire en poudre si la France veut inonder le marché chinois de produits laitiers.
Les vaches normandes - et les autres - vont sans doute devoir produire encore plus de lait à réduire en poudre si la France veut inonder le marché chinois de produits laitiers. (Crédits : Décideurs en région)
La filière laitière européenne se prépare avec plus ou moins d'appréhension à la levée des quotas laitiers le 1er avril 2015. Tour d'horizon des principaux enjeux de cette libéralisation.

La filière laitière se prépare à des remous. Pus de trente ans après leur mise en place, les quotas laitiers européens disparaîtront le 31 mars au soir. Une libéralisation certes annoncée depuis plusieurs années, mais dont l'imminence produit déjà des effets, plus ou moins positifs selon les points de vue.

Des producteurs normands contre Lactalis

Ceux qui s'en en inquiètent, ce sont surtout certains agriculteurs qui craignent une chute brutale des prix, donc de fortes pressions sur leurs marges et, à terme, des risques pour l'emploi. Avant même que les quotas soient levés, une action de groupe a été lancée contre Lactalis, le numéro un mondial du fromage, et officialisée le 13 janvier. L'organisation des producteurs de Normandie Centre reproche au fabricant de Président ou Lactel une opacité dans la détermination de prix déjà jugés trop faibles.  Au total, quelque 500 éleveurs normands sous contrat lui réclament 8.000 euros par ferme.

De la poudre pour fluidifier le marché

Une fois les quotas levés, une hausse de la production est attendue. Pour l'heure, elle atteint 140 millions de tonnes par an au sein de l'Union européenne, soit un peu moins que le niveau maximum autorisé, mais certains pays comme l'Allemagne produisent plus que leurs quotas autorisés, et doivent donc payer des amendes, tandis que d'autres produisent un peu moins.

La société de conseil indépendante Agritel estime à 8% la croissance moyenne de la production de lait sur le Vieux Continent au cours des cinq prochaines années. Le premier producteur européen, l'Allemagne, en profiterait davantage que les autres (+20% de croissance attendue). La France, elle, verrait sa production passer de 24 millions de tonnes en 2013 à plus de 27, soit 12% de plus, d'après ces projections.

Or, pour absorber cet excédent, il faudra miser sur l'exportation puisque le marché européen est arrivé à saturation. Cap sur la Chine et l'Inde en particulier, qui font certes partie des premiers producteurs mondiaux, mais qui sont également de grands importateurs. Ces derniers mois, un essoufflement de la demande en Chine a pesé sur les exportations agroalimentaires. Des géants européens comme Unilever ou Nestlé souffrent d'ailleurs de ces vents contraires. Mais l'accroissement structurel de la classe moyenne y serait telle qu'une croissance des ventes de lait y serait inéluctable, et la consommation de lait pourrait y doubler d'ici 2050.

"Les Chinois sont enclins à venir se ravitailler davantage en Union européenne", affirme à cet égard Pierre Begoc, directeur des affaires internationales chez Agritel. De récents scandales alimentaires dans le pays pousseraient ses distributeurs à s'intéresser de plus près aux productions européennes dont "le très haut niveau de qualité est reconnu". Surtout qu'un concurrent de poids, la Nouvelle-Zélande, serait arrivé au bout de ses capacités de croissance de la production.

Seulement, pour pouvoir exporter jusqu'en Asie, il est nécessaire de transformer le lait en poudre car à l'état liquide, il se conserve beaucoup moins longtemps. Ce qui nécessite une adaptation de l'appareil de production.

Concentration et intensification

Cela aboutit à un autre motif d'appréhension : le risque que constituerait cette libéralisation pour la structure de la production, et par contrecoup sur l'environnement. La confédération paysanne notamment qui défend le modèle de production agricole familial formule de telles inquiétudes. Symbole de ces réticences, la fameuse "ferme des mille vaches" en Charente. A l'Inra, l'économiste Pierre Dupraz interrogé en septembre 2014 par la Tribune, précisait que son modèle reposait essentiellement sur la production de lait en poudre. Une forme justement utilisée pour l'exportation. "Depuis une décennie, la tendance générale est de toute façon à l'agrandissement", affirmait-il.

De fait, une certaine concentration de la production permet de réaliser des économies d'échelles pour investir dans des appareils de séchage par exemple. "Plus vous ramassez de lait au km, plus votre lait est rentable", explique ainsi Pierre Begoc.

Marché à terme européen

A rebours de ces motifs de craintes de la part de certains producteurs, d'autres observateurs voient enfin cette libéralisation comme une aubaine. C'est le cas d'Euronext. La plateforme boursière compte en effet de relancer des marchés européens à terme sur les produits laitiers. Seront ainsi échangés à Amsterdam "à partir du printemps" des contrats à terme européens sur trois types de produits : le lait en poudre, la poudre de lactoserum (un autre produit du lait) et le beurre. Cette fois, il s'agit de profiter de la levée des quotas laitiers quatre ans après une première tentative de lancer ces produits financiers qui s'est révélée infructueuse.

"Nous avons trop anticipé" la levée des quotas, reconnaît Nicholas Kennedy, responsable du développement chez Euronext et invité par Agritel le 20 janvier lors d'une conférence sur les perspectives du marché du lait après la levée des quotas. Le nombre d'acteurs intéressés par ces produits à terme, qui se limitait alors au seul lait en poudre, s'est révélé trop faible.

Cette fois, la plateforme boursière a réuni un "groupe de travail avec des acteurs pan-européens, néo-zélandais, américains". Pour tenter de se prémunir contre des risques de bulle, des quantités maximums de lots mis en vente que chaque acteur sur le marché pourra détenir seront fixées. Il s'agit de se prémunir contre une situation où prix du marché à terme et prix du marché "physique" s'écarteraient trop, comme cela à pu être le cas outre-Atlantique pour le cours du blé.

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a écrit le 13/08/2016 à 9:31 :
le monde agricole sait produire mais l'enjeu final c'est de savoir vendre .cette tache commerciale est un point essentiel dans l'avenir des entreprises agricoles de demain mais le souci majeur c'est que ce milieu à été habitué au perfusion des subventions sans se préoccuper réellement du marché offre/demande . L'heure à changer et chaque éleveur devra se prendre en mains et innover si il souhaite rester dans la compétition . c'est la loi de tout entrepreneur . Avec le site cotation-bovin.fr , cet outil permet d'analyser gratuitement leurs compétences ou leurs faiblesses de vendeur . Les flèches comparatrices qui s'affichent prouvent indéniablement une remise en question .

Il suffit d'innover et d'engagement personnel pour gagner en compétence ET financement mais est ce vraiment le choix agricole ?
a écrit le 23/01/2015 à 16:24 :
L IDDEE EST BONNE POUR LES PAYSANSFRANCAIS? MAIS AUSSI POUR LES PAYS QUI ONT BESSOIN DE LAIT ?ET N Y A PAS QUE LES CHINOIS ?JE SUIS SUR QUE D AUTRE PAYS SERAIS INTERESSE COMME L AFRIQUE OU L ASSIE OU LA RUSSIE? ? MAIS IL FAUT AUSSI PROTEGER LES PETITS PRODUCTEURS QUI VIVENT DE LEUR PETITE EXPLOITATION AGRICOLE???
a écrit le 23/01/2015 à 15:36 :
de la grande conférence intergouvernementale sur le climat présidé par la france , il ressortira l'importance de diminuer les gazs à effet de serre dont le méthane produit par les pets des vache à lait. Ce sera à n'en pas douter une grande cause à défendre !...
a écrit le 23/01/2015 à 14:19 :
Cette déréglementation va se traduire par la faillite des petits producteurs.
a écrit le 23/01/2015 à 14:06 :
Et les besoins de la Russie en lait ?
a écrit le 23/01/2015 à 7:44 :
donc les financiers se sont concocté un marché tout neuf ou spéculer sur le dos du consommateur et du producteur qui n'ont qu'a travailler sans rien gagner pour que ses messieurs continuent à s'enrichir sans fin...Merci l'UE, merci le parlement français...

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