Quotas laitiers : la nouvelle ligne Maginot

C'est l'histoire d'une idée simple qui se révèle fausse, d'un pays tellement plein de son amour de la politique qu'il en oublie les lois de l'économie. L'histoire d'une catastrophe annoncée. Celle des quotas laitiers.

3 mn

Florence Autret, correspondante de La Tribune à Bruxelles / DR
Florence Autret, correspondante de La Tribune à Bruxelles / DR (Crédits : dr)

1984. L'EUROPE CROULE SOUS SES STOCKS DE LAIT SUBVENTIONNÉ. Elle décide de plafonner la production, exploitation par exploitation, pour soutenir les prix et éviter le stockage. Vingt ans plus tard, Bruxelles se ravise : les quotas depuis longtemps ne protègent plus une filière où les marges sont faibles et de nombreux producteurs à l'agonie. En 2012, la fin des quotas laitiers est décidée, malgré les réticences de Paris, qui cherche, depuis, tous les moyens de maintenir d'une manière ou d'une autre cet outil qui donne au monde politique l'impression rassurante de pouvoir administrer le marché.

La thèse du ministère de l'Agriculture est simple : pour soutenir les prix, il faut rationner la production et organiser la « contractualisation » des relations entre producteurs et industriels. Aux quotas bruxellois devraient ainsi succéder des « quotas privés » censés protéger les éleveurs. Dernier avatar de cette stratégie : le 18 avril dernier, Matignon - excusez du peu - publie un surprenant communiqué. Le Premier ministre en personne demande aux industriels auprès desquels les éleveurs écoulent leur production de « revaloriser d'au moins 25 euros les mille litres le prix du lait payé aux producteurs », soit un peu moins de 10 % du prix.

PARIS A LA FIBRE ÉCONOMIQUE NOSTALGIQUE. Ce communiqué en forme d'imploration rappelle les années 1950, quand la France consentait à faire la Communauté européenne du charbon et de l'acier (Ceca) contre la promesse d'un rationnement de la production. Elle était convaincue que l'« Europe » allait mater le marché.

Dans un premier temps, la Ceca fut la continuation de l'économie de guerre, un système de planification des quantités et des prix. Cela rassurait beaucoup l'industrie lorraine, qui y voyait un rempart contre la concurrence allemande. Mais ça n'a pas duré. L'Europe est devenue bien autre chose qu'un commissariat au Plan puissance dix. On sait ce qu'est devenue l'industrie allemande.

La politique laitière française exprime le même amer regret. Elle prépare le même amer échec. En 2013, malgré la sous-réalisation des quotas, le prix de l'hectolitre était écoulé par les éleveurs français à 30,90 euros, soit 9 % de moins que la moyenne européenne et 11 % de moins qu'en Allemagne, qui, elle, est dans une logique de l'offre. De client de la filière française, elle est en train de devenir concurrente.

La réalité est que le maintien des quotas empêche la filière de s'adapter à la demande et de se trouver de nouveaux débouchés, et la place sous la dépendance de ses clients, les Lactalis, Bongrain, Bel... qui eux-mêmes se globalisent et maintiennent les prix au plancher en France, en allant de plus en plus s'approvisionner à l'étranger.

Pour la seule Bretagne, les quotas laitiers non affectés représenteront pour la campagne commencée le 1er avril 2013 un manque à gagner de 53 millions d'euros et une perte de bénéfice d'autant plus substantielle que cette production additionnelle se fait à un coût faible.

AU LIEU D'AIDER LES PRODUCTEURS DE LAIT À SE PROJETER DANS L'APRÈS-2015 et à saisir les opportunités du marché européen et mondial, la politique française consiste à les en protéger (mal) et à les maintenir dans le rôle de victime de la dérégulation bruxelloise. Mais changer de stratégie supposerait de traiter les agriculteurs en grandes personnes, autrement dit en chefs d'entreprise responsables, au lieu de continuer à les instrumentaliser au nom de l'aménagement du territoire, du prestige français (le pays du Roquefort, des sacs Vuitton, du feu Concorde) et de la prétention de l'administration à faire plier la raison économique devant le mirage de la planification.

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Commentaires 3
à écrit le 19/06/2013 à 12:26
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La réalité, c'est que les eleveurs ne peuvent pas s'adapter aussi vite et gerer leur ferme dans un marché trop volatile. Le cycle de production du lait est un cycle long, avec une enorme inertie. on en demande pas aux vaches de faire plus ou moins de...

à écrit le 18/06/2013 à 20:08
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La vrai question est, ou est la marge? dans les fromages, où sont les pertes 9 fois sur 10 sur les produits industriels aux marchés mondial, que vaut ce marché? , pas grand chose on est loin des 10% de volumes industriels produits de par le monde, qu...

à écrit le 18/06/2013 à 10:14
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le lait "source sacrée nourricier du monde"( VH)devient une source de conflit ,dans votre article aucune recherche sur le comment de la baisse des coûts, la concurrence est forcement loyale ,et un pays s'il veut continuer à vivre devra forcement bais...

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