Fabriqués en bois de hêtre et en France, les bateaux-jouets et les voiliers en bois de la Maison Tirot ont vocation à durer, à se transmettre de génération en génération. Réparables et personnalisables à la demande, ils illustrent un savoir-faire et...
LES DERNIERS BASTIONS DU SAVOIR-FAIRE (1/11) - Depuis 2021, la Maison Tirot, manufacture bretonne de bateaux-jouets et voiliers de bassin, labellisée Entreprise du Patrimoine Vivant Français, est redevenue rentable. Pour maintenir son cap et monter en gamme, son jeune dirigeant cherche à élargir sa production.
Œil malicieux, tenue classique mais chaussures de ville peinturlurées : Augustin Hubert est un jeune patron engagé, d'abord soucieux de donner un sens à son travail. À la tête de la Maison Tirot, la dernière manufacture française de jouets de bain et de voiliers de bassin en bois, joliment nommés le « Korrigan », le « Saint-Germain » ou le « choumarin », le trentenaire, ex-élève ingénieur et étudiant en commerce, se présente volontiers comme un touche-à-tout. Il apprécie particulièrement de quitter l'écrin de son bureau et l'écran de l'ordinateur pour rejoindre l'atelier pour peindre, lui aussi, ses chics bateaux en bois.
« Le charme de l'imparfait »
Lancé dans l'entreprenariat à la sortie de la crise Covid, Augustin Hubert a repris les rênes de la manufacture après trois générations de dirigeants de la famille Tirot. Depuis septembre 2021, il bataille pour maintenir à flot cette TPE de quatre salariés, installée à Romagné, petit bourg d'Ille-et-Vilaine, à la frontière de la Normandie. Son ambition : continuer à fabriquer en France et de manière durable.
Si dans l'imagerie d'Épinal, les petits voiliers de bassins sont souvent associés à ceux des jardins des Tuileries et du Luxembourg, fabriqués par les passionnés à la tête de cette activité, la Maison Tirot s'adresse, elle, aux familles, aux collectionneurs et aux amateurs de décoration.
« Depuis 75 ans, la Maison Tirot, nom que j'ai donné à la manufacture à mon arrivée, fabrique des jouets en bois. En 1946, le grand-père, Francis Tirot, confectionnait encore des sabots, avant d'utiliser les tours à sabots pour produire des jeux de quilles, des jouets et surtout des bateaux et des voiliers.Depuis toujours, ceux-ci sont façonnés dans du hêtre ou du peuplier français, poncés, mis en peinture, assemblés à la main avec leurs cordages et leurs voiles. Nous ne sommes ni ébénistes ni menuisiers, mais avons le sens du travail du bois et de l'artisanat. Nos objets sont aux normes françaises et européennes de sécurité mais ont le charme de l'imparfait », formule joliment Augustin Hubert.
Coup de pouce de l'Élysée et essor de la vente directe
Associée à l'origine à l'activité d'une scierie et du négoce de bois, la fabrique de bateaux a maintenu le cap contre vents et marées, mais au sortir du confinement, l'arrivée du nouveau patron l'a sauvée du naufrage. À la barre de cette activité au charme désuet, Augustin Hubert navigue pour gagner en parts de marché, défendre le Made in France et les jouets à la française.
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Finançant sur fonds propres ses investissements, il a doublé le chiffre d'affaires en trois ans (320.000 euros en 2024) et espère frôler les 360.000 euros en 2025, pour près de 17.000 pièces fabriquées. Vendus entre 30 euros pour un jouet de bain et 180 euros pour un voilier navigable, les objets de la Maison Tirot sont distribués dans 150 points de vente en France - magasins de jouets en bois, de maquettes, de décoration - et même à la boutique de l'Élysée.
« En 2023, l'entreprise a été reçue à l'Élysée dans le cadre de la Grande exposition du fabriqué en France » précise Augustin Hubert, pas peu fier de cette reconnaissance. « On vend encore un modèle de bateau de bain et un voilier sur la boutique officielle. De manière générale, la vente en directe via notre boutique en ligne a fait décoller les ventes et représente un énorme potentiel de croissance », anticipe-t-il.
Malgré une trésorerie très serrée, le dirigeant tient bon son gouvernail. La Maison Tirot a récemment sorti deux nouveaux modèles dont le voilier Korrigan, inspiré des courses au large avec sa voile en spi et rapidement arrivé en rupture de stock. Après trois années d'investissement, de rationalisation des méthodes et du nombre de produits pour augmenter sa production, la manufacture doit vendre davantage.
Marin sensible au « savoir-faire » de l'entreprise »
À terme, cela passera par une quatrième embauche à l'atelier, une diversification des modèles de jouets (char à voile, mobiles...) et l'entrée d'un investisseur.
« L'entreprise est rentable.Commercialement, nous n'avons pas de problématique de vente mais de rupture de stock. Quant à l'ouverture au marché international, ce serait une perspective enthousiasmante car le savoir-faire français se vend finalement mieux à l'étranger. Mais pour cela il faut des ressources humaines et financières », analyse Augustin Hubert, qui s'est rangé à l'idée d'ouvrir son capital. Pour monter en gamme voire, demain, lier sa production à des événements avec des collections capsules.
« Cela peut prendre diverses formes, de l'investissement à l'association en passant par la cession. Cette dernière piste n'est pas exclue mais l'important n'est pas de se précipiter. Je ne cherche pas un financier mais un profil sensible au monde de la voile et au savoir-faire de l'entreprise. Pour la fabrication de nos voiles, nous travaillons avec un Esat près de Fougères. Il y a aussi un sens social à notre fonction » soutient le jeune dirigeant.
Entre la fierté de produire de beaux objets durables, réparables et transmissibles entre générations, et la réalité du Made in France local, souvent concurrencé sur le seul indicateur du prix, Augustin Hubert veut bien à continuer à ramer à contre-courant, mais plus tout seul.
Dans la série « Les derniers bastions du savoir-faire » 🏭 Prochain épisode > À Mirecourt, une mémoire vivante pour la lutherie