LES DERNIERS BASTIONS DU SAVOIR-FAIRE (3/11) - Dernière soierie en exercice à Tours, deuxième capitale soyeuse après Lyon, la manufacture Roze fait perdurer un savoir-faire plus que tricentenaire. A preuve, l’armée de terre française vient de lui confier la confection de ses nouveaux drapeaux tricolores.Les 25 métiers à tisser Jacquard ont beau avoir un siècle en moyenne, ils poursuivent leur tâche sans rechigner sous l'œil averti des employées, présentes ce matin de juin dans l'immense atelier de quelque 1.000 m2. Ici point d'Usine 4.0 entièrement robotisée, ce sont les tisseuses qui commandent d'une main experte la machine.
Si l'un des 14 000 fils tendus casse, l'ouvrière en dispose un nouveau sur la canette, petit cylindre où il est enroulé. Une fois la canette positionnée dans une navette, le tissage peut reprendre. Une fois la pièce réalisée, elle ira rejoindre les centaines de rouleaux de tissus en soie de toutes les couleurs qui attendent, bien rangés sur des étagères en bois, d'être envoyés aux clients de Roze.
Éditeurs de renom mondial, comme le français Pierre Frey et l'américain Claremont, architecte d'intérieur international à l'instar de Tino Zervudachi, ou encore tapissiers reconnus, tel l'Atelier Jouffre, sont ses donneurs d'ordre. Sous forme de rideaux, de tentures, d'assises de canapés ou de fauteuils, les tissus made in Touraine iront ainsi garnir les intérieurs de châteaux privés et publics, ou les résidences de particuliers fortunés, en Europe et aux États-Unis.
Bienvenue à la soierie Roze, installée à Saint-Avertin, commune résidentielle qui jouxte Tours. Arnaud Lebert, repreneur de l'entreprise en 2018, se frotte les mains. La manufacture a gagné fin 2024 l'appel d'offres lancé par l'Armée de terre française pour la réalisation de ses nouveaux drapeaux tricolores jusqu'à fin 2027. « Nous fournirons annuellement environ 500 mètres de tissu bleu, blanc, rouge aux forces armées, précise le chef d'entreprise. Au-delà de l'aspect commercial, cette commande d'un client particulièrement exigeant comme l'Armée symbolise la reconnaissance de notre savoir-faire ». Lorsque ce passionné de cultures végétales la rachète il y a sept ans, la soierie tourangelle, dirigée par Antoinette Roze, représentant la 12e génération de soyeux tourangeaux, était en liquidation judiciaire. Arnaud Lebert fait à l'époque le pari de continuer à perpétuer un savoir-faire datant de plus de 350 ans.