Mercosur : les agriculteurs bloquent le port de Bordeaux
latribune.fr
La Coordination rurale menace de bloquer le fret alimentaire ce mercredi et pourrait cibler des centrales d'achat de la grande distribution. (Photo d'illustration)
LTD/Ata Ufuk Seker/Anadolu via AFP
La FNSEA annonce de nouvelles actions la semaine prochaine tandis que la mobilisation des agriculteurs entre dans son troisième jour ce mercredi avec surtout la Coordination rurale (CR) à la manœuvre dans le Sud-Ouest.
[Article publié le mercredi 20 novembre 2024 à 07h20 et mis à jour à 20h16] La colère des agriculteurs n'a pas fini de gronder. Alors que la Coordination rurale (CR) a finalement levé le blocage, entamé mardi, de l'autoroute A9 au Boulou dans le sens Espagne-France, le syndicat a bloqué le port de Bordeaux.
Après huit heures de périple, plusieurs dizaines de tracteurs et remorques de la CR47 ont déversé de grandes quantités de pneus et de déchets au niveau de deux ronds-points pour fermer la route donnant accès aux installations du Grand port maritime, 7e port du pays par son trafic commercial.
«Il n'y a plus rien qui rentre et rien qui sort», a lancé un des nombreux agriculteurs présents, tandis qu'une responsable du syndicat, Karine Duc, a assuré que «ce blocage est prévu pour toute la nuit a minima (avant) d'autres points de chute» par la suite.
« C'est dans ces ports que transitent les céréales importées, qui ne sont pas soumises aux mêmes normes que les nôtres, et c'est quelque chose que l'on veut dénoncer », a-t-elle ajouté, précisant qu'environ 200 personnes participaient à cette action.
Blocage de centrales d'achat
À la mi-journée, un tracteur équipé d'une grosse remorque s'est installé en travers de la voie d'accès menant à une plateforme logistique du groupe Leclerc à Mont-de-Marsan (Landes), a constaté une correspondante de l'AFP. « Aucun camion ne sort ou ne rentre », a affirmé le président de la CR40, Vincent Coco, éleveur bovin.
Ses collègues de la CR33 ont bloqué, eux, l'accès à autre centrale d'achat de la grande distribution à Beychac-et-Cailleau (Gironde), tandis qu'un convoi de tracteurs de la CR47 est parti d'Agen en milieu de matinée en direction de « Bordeaux ». Le cortège a fait étape sur le parking d'un magasin Leclerc à Marmande (Lot-et-Garonne), déversant pneus, bidons et citerne en plastique devant les entrées, sous les yeux des gendarmes, reprochant à l'enseigne « des prix exorbitants ». De plus, selon une source policière, une trentaine de manifestants, accompagnés de tracteurs et de bennes remplies de déchets et de fumier, ont forcé la porte d'entrée de l'Office français de la biodiversité de Guéret (Creuse), ce mercredi.
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De son côté, le président du syndicat agricole majoritaire FNSEA a annoncé ce mercredi de nouvelles actions « mardi, mercredi et jeudi » de la semaine prochaine « sur le terrain ». Elles cibleront des administrations afin de dénoncer les « entraves » à l'agriculture. « Nous avons décidé hier soir que dès la semaine prochaine, mardi, mercredi et jeudi, à l'initiative des départements, nous serons à nouveau sur le terrain avec les Jeunes agriculteurs pour dénoncer les entraves à l'agriculture et tout ce qui aujourd'hui contraint notre activité », a déclaré Arnaud Rousseau sur franceinfo, évoquant des actions ciblant « des représentants de l'Etat, des agences ».
Vent debout contre le Mercosur
Moins d'un an après une mobilisation historique, les syndicats agricoles estiment n'avoir pas obtenu suffisamment d'avancées. Ils redoutent en plus une ratification prochaine d'un accord de libre-échange entre l'Union européenne et des pays latino-américains du Mercosur. L'alliance majoritaire FNSEA-Jeunes agriculteurs a déjà organisé des actions cette semaine, lundi et mardi, « dans 85 » départements.
« L'objectif est encore une fois de mettre la pression pour dénoncer aujourd'hui ce qui n'est pas acceptable. Et, je le redis, toujours dans le respect des biens et des personnes », a-t-il ajouté.
Les manifestants défendront notamment le retour de l'acétamipride, un insecticide de la famille des néonicotinoïdes, réclamé par les producteurs de noisettes et de betteraves à sucre. Nocif pour les pollinisateurs, il est interdit en France mais utilisé dans d'autres pays de l'Union européenne.
Sur le front du Mercosur, après deux premières journées d'actions cette semaine, l'alliance majoritaire FNSEA-Jeunes agriculteurs (JA) a salué « une première victoire » après l'annonce de la tenue d'un débat suivi d'un vote le 26 novembre à l'Assemblée nationale sur le traité de libre-échange.
Au lendemain de l'éviction par les forces de l'ordre des deux coprésidents de la CR47 de la préfecture d'Agen, qui refusaient de quitter les lieux faute d'avoir obtenu « des engagements forts » de la ministre de l'Agriculture Annie Genevard, la Coordination rurale avait pris l'initiative, mercredi matin, d'appeler le chef du gouvernement.
«Vous avez un Premier ministre qui connaît et respecte les agriculteurs. Je ferai tout ce que je pourrai dans le budget pour tenir les engagements très nombreux qui ont été pris, point par point», a déclaré le Premier ministre lors de cet entretien capté par les caméras de plusieurs médias dont l'AFP.
« Vous n'avez pas besoin de me convaincre de l'urgence, l'extrême urgence et du désarroi des agriculteurs, a-t-il ajouté. J'ai compris, c'est pour ça que je me bats contre (l'accord commercial avec) le Mercosur, parce que j'en ai assez qu'on sacrifie au niveau européen des pans entiers de notre économie ». « Aujourd'hui, rien n'avance », a répondu José Pérez, coprésident de la CR du Lot-et-Garonne. « Ce sont toutes les réglementations, toutes ces transpositions, toutes ces normes que le gouvernement nous impose, qui nous tuent », a-t-il ajouté. « Ce n'est pas mon gouvernement », a répliqué Michel Barnier. « Ce n'est peut-être pas le vôtre mais c'est le gouvernement », a repris José Pérez.
Le Premier ministre a appelé de son côté le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, pour lui assurer, selon Matignon, qu'il était « depuis le début dans le dialogue (et échanger) sur les réponses à apporter », en réaffirmant que toutes les promesses seraient tenues.
Carrefour s'engage à boycotter la viande du Mercosur
Le géant de la grande distribution Carrefour s'est engagé à « ne commercialiser aucune viande en provenance du Mercosur », dans un courrier adressé mercredi au syndicat agricole majoritaire FNSEA dans lequel son PDG Alexandre Bompard appelle « les acteurs de la restauration » à faire de même. « Partout en France, nous entendons le désarroi et la colère des agriculteurs face au projet d'accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Mercosur », indique le patron du 2e acteur de la distribution française derrière E.Leclerc, très implanté en Amérique latine. Dans un courrier adressé à Arnaud Rousseau, le président de la FNSEA, et publié sur son compte X, Alexandre Bompard évoque le « risque de débordement sur le marché français d'une production de viande ne respectant pas ses exigences et ses normes ».