La paralysie partielle du détroit d’Ormuz et les menaces sur Bab el-Mandeb fragilisent deux corridors par lesquels transitent une part majeure du pétrole et du gaz mondiaux. Les marchés du diesel, de l’essence et du GNL restent sous forte pression, avec un risque accru pour les prix à la pompe et le remplissage des stockages européens avant l’hiver.
L’escalade des hostilités au Moyen-Orient et la dégradation de la situation autour du détroit d’Ormuz accentuent les inquiétudes sur la sécurité d’approvisionnement en pétrole et l’incertitude sur les perspectives du marché. Dans une déclaration publiée ce mardi 21 juillet, le directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), Fatih Birol, indique que l’organisation suit de près l’évolution des marchés face aux récents développements de la crise.
Bien que les menaces pesant sur le détroit d’Ormuz et sur celui de Bab el-Mandeb fragilisent simultanément deux points de passage vitaux pour les hydrocarbures, plusieurs facteurs d'amortissement permettent pour le moment de stabiliser les marchés du brut, précise-t-il. Ces mécanismes incluent des flux alternatifs mis en place par les producteurs du Golfe, la hausse des exportations hors Moyen-Orient, une baisse marquée des importations chinoises ainsi que le déblocage des stocks stratégiques d'urgence de l'AIE.
La situation reste pourtant critique pour l'économie réelle. L'activité de raffinage n'ayant pas progressé au même rythme que les livraisons de brut, les marchés des produits raffinés comme le diesel et l'essence subissent de fortes tensions qui se répercutent sur les prix à la pompe. Sur le marché du gaz naturel, la compensation partielle des pertes par d'autres producteurs ne suffit pas à éliminer le risque d'une tension prolongée, notamment pour le remplissage des stocks européens avant l'hiver.
Pourquoi le détroit d'Ormuz et le détroit de Bab el-Mandeb inquiètent-ils l'AIE ?
La reprise des hostilités affectant le détroit d'Ormuz et les infrastructures énergétiques de la région accroît les craintes concernant la sécurité d'approvisionnement en pétrole ainsi que l'incertitude sur les perspectives du marché. De plus, les menaces ciblant le détroit de Bab el-Mandeb, devenu une route importante pour contourner le détroit d'Ormuz, aggravent ces inquiétudes en fragilisant en même temps deux points de passage vitaux pour le pétrole et le gaz.
Quels sont les « facteurs d'amortissement » qui stabilisent le marché du brut ?
Selon l'AIE, les marchés du pétrole brut continuent de bénéficier de plusieurs éléments de stabilisation : des livraisons significatives en provenance des producteurs du Golfe, notamment grâce aux efforts majeurs de l'Arabie saoudite et des Émirats arabes unis pour emprunter des routes alternatives, ainsi qu'à des volumes continuant de traverser le détroit d'Ormuz. Les exportations restent supérieures aux niveaux observés entre début mars et mi-juin.
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Mais aussi l'augmentation des exportations par des producteurs situés dans d'autres régions (en particulier les États-Unis, le Brésil, le Venezuela et le Kazakhstan), compensant une partie des pertes du Golfe. Et enfin, la réduction de près de 50 % des importations de pétrole brut par la Chine par rapport à leurs niveaux d'avant-guerre, ce qui contribue à la stabilisation du marché.
Quel est le bilan du déblocage des stocks d'urgence de l'AIE ?
Depuis l'annonce le 11 mars 2026 d'une action collective visant à mettre 400 millions de barils à la disposition du marché (le sixième et plus important déblocage de l'histoire de l'organisation créée en 1974), environ 290 millions de barils ont été libérés par les pays membres. L'AIE précise que ses membres conservent des volumes significatifs en réserve, représentant plus d'un milliard de barils de stocks contrôlés par les États.
Pourquoi les marchés du diesel et de l'essence subissent-ils une tension particulière ?
L'activité de raffinage et les approvisionnements en produits n'ont pas augmenté au même rythme que les livraisons de brut. Cela signifie que les marchés des produits raffinés, notamment le diesel et l'essence, sont nettement plus tendus que ceux du pétrole brut, ce qui se traduit directement au niveau des prix à la pompe.
« Le raffinage et les approvisionnements en produits n’ont pas augmenté autant que les livraisons de brut, ce qui signifie que les marchés des produits raffinés, notamment le diesel et l’essence, sont nettement plus tendus que ceux du brut », assure Fatih Birol.
Quelle est la situation sur les marchés du gaz naturel ?
L'augmentation des flux de GNL en provenance d'autres marchés, menée par les États-Unis et le Canada, a compensé environ 70 % de l'offre de gaz perdue via le détroit d'Ormuz. Des retards supplémentaires dans la reprise des exportations du Golfe risquent néanmoins de maintenir les marchés sous tension plus longtemps, ce qui affectera l'ensemble des importateurs de GNL, y compris l'Europe qui cherche à remplir ses stockages en vue de l'hiver prochain.
Quelle est la position de l'AIE pour sortir de la crise énergétique ?
L'AIE avertit qu'il n'y a pas de place pour la complaisance face à l'escalade des hostilités et au tirage continu sur les stocks commerciaux. L'organisation soutient qu'une résolution du conflit incluant une réouverture complète et sans condition du détroit d'Ormuz sera essentielle pour éviter une nouvelle détérioration de la sécurité énergétique mondiale.
« L’AIE continue de maintenir qu’une résolution du conflit en cours incluant une réouverture complète et sans condition du détroit d’Ormuz sera essentielle pour éviter une nouvelle détérioration de la sécurité énergétique mondiale », conclut le patron de l'AIE.