En 2014, le récit de son sauvetage avait ému la France. Dix ans plus tard, le fabricant des madeleines Jeannette retrouve des couleurs grâce à un positionnement haut de gamme et à un solide capital sympathie.Elles avaient occupé leur usine pendant presque un an, tenant tête aux huissiers venus saisir les machines après la liquidation. En 2014, les « Jeannette » du nom des ouvrières de la biscuiterie éponyme étaient devenues, bien malgré elles, des symboles de la lutte contre la désindustrialisation. Leur combat homérique, relaté par tous les grands médias, avait passionné les foyers français. À l'époque, plus de 2000 particuliers avaient même sacrifié leur bas de laine pour aider à sauver l'entreprise. Ils peuvent se vanter d'avoir fait œuvre utile.
Dix ans plus tard, la marque, rebaptisée Jeannette 1850 en écho à sa longue histoire, semble sortie d'affaire. Reprise en 2019 par l'homme d'affaires caennais André Reol alors qu'elle battait à nouveau de l'aile, la vénérable biscuiterie normande a su rebondir, une fois de plus. Oubliées les sirènes de la grande distribution auxquelles la précédente équipe avait cédé sans grand succès. Moyennant un investissement de 5 millions d'euros, la PME a modernisé son outil de production et adopté un nouveau positionnement premium. Emballages luxueux et ingrédients rigoureusement sélectionnés (beurre d'Isigny AOP, farine meunière du Mans, œufs de plein air), elle s'est recentrée sur le haut de gamme.
« Je vous achète pour vous soutenir »
« D'une certaine manière, nous sommes revenus à ce qu'était la biscuiterie à sa création, il y plus de 170 ans lorsque les fournisseurs étaient triés sur le volet », résume Benoît Martinet, un ancien cadre de Decathlon arrivé aux commandes il y a cinq ans. Aujourd'hui, madeleines et autres financiers ne sont plus commercialisés que dans les épiceries fines, certaines stations-services autoroutières de TotalEnergies, dans le magasin d'usine ou sur commande. Un virage gagnant. L'an dernier, les 25 salariés ont produit quelque 10 millions de madeleines (40.000 par jour), et doublé le chiffre d'affaires porté à 4 millions d'euros.
Pour son patron, le « capital sympathie » engrangé par les salariées pendant leur lutte épique n'est pas étranger au rebond. Il en veut pour preuve les bousculades vues devant le stand de la biscuiterie au salon du Made In France (MIF), mi-novembre. En quatre jours, elle y a empoché un joli pactole de 50.000 euros. « Beaucoup de gens nous ont encore dit, je vous achète pour vous soutenir. L'épisode de 2014 fait partie de notre histoire », constate Benoît Martinet. Au MIF, l'intéressé s'est fendu de quelques conseils à la nouvelle équipe de Duralex venue s'enquérir de ses recettes. Comme Jeannette, le verrier français né en 1945 et transformé depuis peu en coopérative, cherche le secret de la longévité.