François-Henri Pinault, le PDG du groupe de luxe Kering, a balayé devant le Sénat mardi la question des délocalisations et investissements aux États-Unis, estimant que ce « n'est pas un sujet » à ses yeux. Une vision proche de celle d'Hermès, mais à l'opposé du numéro un mondial LVMH.
Ni délocalisation de la production, ni investissements supplémentaires aux États-Unis. C'est en substance la vision actuelle de François-Henri Pinault, le patron du groupe de luxe Kering - propriétaire des marques Gucci, Yves Saint Laurent ou encore Balenciaga - malgré le contexte de guerre commerciale lancée par le président américain Donald Trump depuis son retour à la Maison-Blanche. Il l'a expliquée mardi devant les sénateurs, à l'occasion de son audition sur les aides publiques aux entreprises, menée par la commission d'enquête de la Chambre haute.
Interrogé par des parlementaires sur l'appel du président Emmanuel Macron « au patriotisme économique » et « à ne pas céder aux sirènes de Donald Trump », qui cherche à attirer les implantations sur le sol américain, François-Henri Pinault a balayé la question. « Cette problématique pour moi n'est pas franchement une réalité pour l'industrie du luxe », a-t-il avancé. Et d'ajouter : « On vend de la culture française, on vend la culture italienne. Ça n'aurait pas de sens pour moi d'avoir des sacs Gucci italiens fabriqués au Texas ».
À ce sujet, François-Henri Pinault est rejoint par le gérant d'Hermès, célèbre à travers le monde pour ses carrés de soie et ses iconiques sacs Kelly et Birkin. « On est très attachés à garder notre production où elle est », avait affirmé Axel Dumas en février. Celle-ci est répartie sur 60 sites en France auxquels s'ajoutent 15 autres à l'étranger, « en Suisse, Italie, Royaume-Uni, États-Unis, Pologne et Australie », comme détaillé sur le site internet du groupe français.
LVMH prêt à délocaliser
A contrario, le patron de LVMH - à la tête des marques Louis Vuitton, Dior, Celine ou Moët & Chandon, entre autres - n'affiche pas un tel ancrage. En janvier dernier, Bernard Arnault n'avait pas hésité à brandir la menace d'une « délocalisation » pour dénoncer la politique fiscale du gouvernement, vantant les mérites de l'Amérique. « Aux États-Unis, les impôts vont descendre à 15 %, les ateliers sont subventionnés dans plusieurs États et le président (Trump) encourage cette dynamique », avait-il salué.
Désormais, l'augmentation des droits de douane risque de peser sur son groupe, dont 25 % des ventes se font outre-Atlantique. C'est pourquoi Bernard Arnault a appelé les dirigeants européens à régler « à l'amiable » les tensions commerciales entre l'Union européenne et les États-Unis. Avant d'insister : si jamais ces négociations n'aboutissaient pas et qu' « on se retrouve avec des droits de douane élevés, (...) on sera amené à augmenter nos productions américaines », a-t-il averti.
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« Il ne faudra pas dire que c'est de la faute des entreprises. Ce sera la faute de Bruxelles si cela devait arriver », a même taclé le PDG de LVMH.
Le numéro un mondial du luxe possède déjà trois ateliers Louis Vuitton et quatre ateliers de la marque américaine Tiffany aux États-Unis.
Augmenter les prix
Plutôt que de partir, Kering a une autre idée pour compenser l'impact des droits de douane américains : augmenter ses prix. François-Henri Pinault a estimé mardi qu'une « partie » de la hausse des taxes douanière peut être répercutée sur les tarifs de vente de ses produits. Une éventualité qui avait déjà été mise en avant par la directrice financière du groupe, Armelle Poulou, le mois dernier. « Nous considérons que nous avons la capacité de protéger nos marges à travers des augmentations de prix », avait-elle indiqué lors de la présentation des résultats du début d'année.
Si LVMH ne s'est pas exprimé sur ce point, cette stratégie a déjà été mise en place du côté d'Hermès. Depuis le 1er mai, ses prix de vente aux États-Unis ont augmenté sur « l'ensemble de ses métiers », sans précision pour le moment sur le montant.
L'heure n'est de toute façon pas aux investissements pour Kering. Le groupe fait face à un « début d'année difficile », avec des ventes en baisse de -14 % au premier trimestre, après un résultat net annuel en chute de -62 % en 2024 par rapport à l'année précédente.
« Ce qu'on fait à l'étranger, c'est des ouvertures de magasins. Compte tenu de l'environnement économique, aujourd'hui, on est plutôt en train de rationaliser nos réseaux de distribution que de les étendre. Donc on n'est pas face à des problématiques d'investissement, ni aux États-Unis, ni en Chine », a précisé François-Henri Pinault.
Une situation commune à la quasi-totalité du secteur du luxe - seul Hermès tire pour le moment son épingle du jeu. Un ralentissement se fait, en effet, sentir depuis l'année dernière, principalement à cause de dépenses moins élevées des consommateurs chinois. Et si les acteurs comptaient sur le marché américain pour contrebalancer le ralentissement des ventes en Chine, les droits de douane instaurés par Donald Trump ont douché leurs perspectives. La croissance du marché du luxe est néanmoins attendue stable pour cette année, avant de croître plus lentement entre 1 % et 3 % jusqu'en 2027 contre 7 % à 8 % ces dernières années.