Le bénéfice de Kering s'effondre mais son titre s'envole en Bourse
latribune.fr

Les difficultés ne se limitent pas à Gucci, les autres marques de couture de Kering traversent également une période compliquée.
Manon Cruz
latribune.fr

Les difficultés ne se limitent pas à Gucci, les autres marques de couture de Kering traversent également une période compliquée.
Manon Cruz
[Article publié le mardi 11 février 2025 à 07h59 et mis à jour le mercredi 12 février à 09h55] Le groupe de luxe Kering a annoncé mardi des ventes en baisse de 12 % et un bénéfice net qui s'effondre de 62 % en 2024, toujours plombé par sa marque phare Gucci qui vient de se séparer de son directeur créatif. Le groupe de luxe français continue toutefois de s'envoler à la Bourse de Paris. Car malgré une chute des ventes et du bénéfice net, ces résultats annuels ont dépassé les attentes des analystes.
Vers 09h40 ce mercredi, le titre du groupe gagnait 5,44 % à 260,85 euros, après s'être brièvement envolé de plus de 6 %, dans un marché en légère hausse, signant la plus forte envolée sur le CAC 40. Déjà la veille, l'action avait pris plus de 5 % en tout début de matinée.
Kering, aussi propriétaire de Saint Laurent, Balenciaga ou encore Alexander McQueen, a publié un chiffre d'affaires de 4,39 milliards d'euros au titre du dernier trimestre de 2024. Les tendances dans toutes les régions, hors Japon, s'améliorent séquentiellement, a précisé le groupe. Le repli du chiffre d'affaires trimestriel en données comparables s'avère en ligne avec un consensus de Visible Alpha cité par UBS.
Le chiffre d'affaires de Gucci a baissé de 24 % en données comparables au quatrième trimestre, alors que les analystes tablaient sur une baisse de 19 %. Les ventes de Yves Saint Laurent reculent de 8 %, tandis que celles de Bottaga Veneta progressent de 12 %. La plus petite division Kering Eyewear et Corporate voit ses revenus augmenter de 10 %. La marge opérationnelle courante tombe ainsi à 14,9 % contre 24,3% en 2023.
« Nos efforts doivent rester soutenus et nous sommes confiants d'avoir amené Kering à un point de stabilisation, à partir duquel nous reprendrons progressivement notre trajectoire de croissance », déclare le PDG François-Henri Pinault, cité dans le communiqué. Le chiffre d'affaires s'élève à 17,19 milliards d'euros et le bénéfice net à 1,13 milliard d'euros.
Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité industrielle.

Ces résultats en berne ne sont pas une surprise : dès le premier semestre, Kering affichait un bénéfice net divisé par deux, à 878 millions d'euros, et un chiffre d'affaires en recul de 11 % sur un an, à 9 milliards d'euros.
À cette tendance morose s'est ajoutée la récente annonce du départ de Sabato De Sarno, qui n'aura passé que deux ans à la direction artistique de Gucci. Cette décision, intervenue à peine une semaine avant la publication des résultats, reflète les difficultés persistantes de la marque italienne.
Gucci avait connu une période florissante entre 2015 et 2019, voyant son chiffre d'affaires tripler. En 2022, les ventes avaient même dépassé les 10 milliards d'euros, portées par les créations baroques d'Alessandro Michele. Mais dès 2023, la tendance s'est inversée. Alors que Gucci représentait près de la moitié du chiffre d'affaires de Kering et générait deux tiers de son bénéfice opérationnel, ses ventes ont chuté de 6 %.
Le ralentissement mondial du marché du luxe en 2024 a encore aggravé la situation. Sur les neuf premiers mois de l'année, les ventes de Gucci ont plongé de 22 %, à 5,7 milliards d'euros, impactant l'ensemble du groupe dirigé par François-Henri Pinault. En octobre, Kering avait déjà averti que son bénéfice opérationnel courant pourrait être quasiment divisé par deux en 2024, atteignant son plus bas niveau depuis 2016. Dans ce contexte, Kering a nommé en octobre dernier Stefano Cantino directeur général de Gucci, succédant à Jean-François Palus. Ce dernier, un proche de François-Henri Pinault, avait été envoyé en mission de redressement à la tête de la marque en juillet 2023.
Pour la banque Bernstein, le départ de Sabato De Sarno suggère que la direction cherche encore ses repères, mais offre aussi à Gucci l'opportunité de revoir sa stratégie. La maison florentine s'est contentée d'annoncer que la nouvelle direction artistique serait révélée en temps voulu.
Face à ces vents contraires, Kering s'est attaché à renforcer sa trésorerie.
Mi-janvier, le groupe a conclu un accord avec la société d'investissement Ardian pour la vente de 837 millions d'euros d'actifs immobiliers à Paris. Cette opération concerne plusieurs emplacements prestigieux, dont l'hôtel de Nocé, place Vendôme, et deux immeubles situés avenue Montaigne. Kering conserve toutefois une participation de 40 % dans ces biens stratégiques. Jean-Marc Duplaix, directeur général adjoint du groupe, s'est réjoui de cet accord, qui permet de sécuriser des emplacements clés tout en maintenant une flexibilité financière. En parallèle, Kering a cédé pour 350 millions d'euros son entité The Mall Luxury Outlets, qui exploite deux villages de marques de luxe en Italie.
Les difficultés ne se limitent pas à Gucci. Les autres marques de couture de Kering traversent également une période compliquée. Sur les neuf premiers mois de 2024, les ventes de Saint Laurent, Balenciaga, Alexander McQueen et Brioni ont reculé de 10 %. Pour tenter de redresser la barre, le groupe a remanié sa gouvernance. Cédric Charbit a été nommé directeur général de Saint Laurent, tandis que Gianfranco Gianangeli prend la tête de Balenciaga. Tous deux relèvent désormais de Francesca Bellettini, directrice générale adjointe de Kering en charge du développement des maisons, qui forme un binôme stratégique avec Jean-Marc Duplaix.
À lire également
Seule Bottega Veneta semble tirer son épingle du jeu, avec des ventes en hausse de 2 % sur les neuf premiers mois de l'année. Mais la maison vient de perdre Matthieu Blazy, son directeur artistique depuis 2021, recruté par Chanel en décembre. Son remplacement a été confié à Louise Trotter.
(Avec AFP)
latribune.fr