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Electroménager: SEB s'incline devant l'engouement pour la réparation

Photo de Giulietta Gamberini

Giulietta Gamberini

Publié le 14 septembre 2016 à 16:26 - Mis à jour le 14 septembre 2016 à 16:37

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La société française s'est engagée mardi à rendre ses produits réparables pendant 10 ans. Elle espère ainsi répondre à une demande croissante des consommateurs et contrer la méfiance vis-à-vis de l'obsolescence programmée.

Accusé depuis des années de miser sur l'obsolescence programmée pour développer son marché, l'électroménager prend conscience que, au contraire, construire des produits plus durables peut constituer un avantage compétitif. En France, 91% de la population affirme souhaiter pouvoir réparer plus facilement ses objets, et 78% déclare avoir davantage envie d'acheter une chose que l'on sait facilement réparable, selon un sondage réalisé en mai par OpinionWay pour le spécialiste de la réparation de pare-brise Carglass.

Misant sur la conscience écologique, mais aussi sur la baisse du pouvoir d'achat et sur la disparition progressive des réparateurs, les quelques entreprises qui facilitent le bricolage se développent. La start-up parisienne Spareka, qui vend en ligne 8 millions de références de pièces détachées d'appareils domestiques, est passée du statut de TPE au moment de sa création en 2012 à celui de PME avec 20 salariés, avec un chiffre d'affaires de 750.000 euros en 2015. Nord Pièces Ménager (NPM), implantée à Lille depuis 29 ans, a décidé en 2010 de surfer la vague d'une demande grandissante en faisant évoluer son offre, désormais étendue à toute la France grâce à une plateforme e-commerce, NPM.fr, et à une livraison dans les 48 heures.

Un logo dédié

Les plus grands constructeurs se mettent alors au goût du jour. Épinglés par plusieurs associations de consommateurs et environnementales, qui avaient dénoncé en avril le non-respect de l'obligation d'affichage de la durée de disponibilité des pièces détachées -présentée comme la mesure anti-obsolescence programmée de la loi consommation de 2014 et entré en vigueur le 1er mars 2015-, le Groupement interprofessionnel des fabricants d'appareils d'équipement ménager (Gifam) a présenté jeudi 8 septembre une mesure de transparence: deux tableaux sur la durée de disponibilité des pièces détachées des principales marques, l'un pour le petit et l'autre pour le gros électroménager. Dans le communiqué de présentation, Alexander Lohnherr, président du groupement, admet: "Sur un marché concurrentiel, la réparation est un critère de choix". (...) Il est important pour les fabricants des marques de valoriser ce véritable signe distinctif".

Mardi 13 septembre, le groupe SEB s'est pour sa part publiquement engagé à rendre ses produits de petit électroménager -segment sur lequel il est leader mondial- réparables pendant dix ans. La société française a même élaboré un nouveau logo ("produit réparable dix ans"), qui depuis le 1er septembre est apposé sur l'emballage de toutes ses marques (SEB, Rowenta, Moulinex, Calor, Krups Tefal...) dans l'ensemble des pays où elles sont présentes. Les pièces de rechange pourront être achetées sur un site dédié. Leur prix ne dépassera pas 50% de celui d'un article neuf, et celui de la réparation pas un tiers, promet le groupe, qui reconnait:

"Le sujet mobilise de plus en plus les consommateurs et comme avec le made in France, il peut faire la différence en rayon, au moment d'acheter".

Son choix a d'ailleurs été conforté par une étude réalisée en interne: 59 % des sondés ont dit être influencés positivement par la mention "dix ans réparable", et devant cette perspective les intentions d'achat ont crû de huit points.

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Le prix, facteur déterminant

"De telles initiatives vont sans doute davantage pousser les consommateurs à se tourner vers la réparation", se réjouit Frédéric Foulon, dirigeant chez NPM, et ainsi contribuer à la réduction de la vingtaine de kilos de déchets électriques, électroménagers et électronique, que chaque Français envoie par an à la décharge. La nécessité de constituer d'importants stocks à long terme pourrait aussi inciter les fabricants à investir sur la qualité de leurs produits, ainsi qu'à standardiser leurs composantes: "Il y a une dizaine d'années, nous pouvions nous contenter de 4.000 références. Aujourd'hui, nous en proposons 15.000, et il en faudrait jusqu'à 25.000", souligne NPM.

Mais il ne faut pas se leurrer: les facteurs déterminants seront surtout le prix des pièces détachées et la simplicité de la réparation: "Jusqu'à il y a quinze ans on vendait nombre de résistances à cafetières, mais aujourd'hui le prix des machines elles-mêmes a tellement baissé que cet article n'intéresse plus", regrette Frédéric Foulon.  "Nous nous battons déjà depuis des années pour faire baisser le prix des pièces détachées qui, pour la plupart d'entre elles, augmente", souligne le dirigeant, qui préconise, pour le petit électroménager, un prix au moins inférieur à 50% de celui de l'appareil, et idéalement contenu entre 20 à 30%.

Les commerçants désinformés

Sans compter que, y compris en termes de transparence, tout n'est pas encore réglé. Les tableaux du Gifam (qui précisent d'ailleurs "Ces éléments sont donnés à titre informatif et doivent être vérifiés produit par produit") ne sont ni complets ni n'ont de valeur contractuelle, dénonce ainsi l'association de consommateurs UFC-Que Choisir qui, contactée par La Tribune, affirme en revanche davantage apprécier la démarche de SEB, plus précis dans ses engagements.

Une enquête publiée le 8 septembre par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), qui entre fin 2015 et début 2016 a contrôlé 397 établissements de vente d'électroménager (sites Internet compris), mettait d'ailleurs le doigt sur la responsabilité aussi des commerçants: près d'un tiers (126 établissements) ont présenté des anomalies relatives à l'information sur la disponibilité des pièces détachées.

"Les vendeurs ignorent souvent les obligations légales dans ce domaine et l'information est alors manquante. (...) Lorsque l'information est donnée, généralement pour une partie seulement des produits, celle-ci n'est pas toujours conforme",lit-on dans l'étude, citée par l'UFC.

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La secrétaire d'Etat chargée du commerce, de l'artisanat, de la consommation et de l'économie sociale et solidaire, Martine Pinville, a précisé à cette occasion que des mesures correctives et répressives ont été prises et que "une deuxième enquête sera menée dans les mois qui viennent". La ministre n'a en revanche pas accueilli la proposition avancée par les associations d'élargir l'obligation d'information aux fabricants qui ne proposent pas de pièces détachées, souligne l'UFC.

Giulietta Gamberini

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