Foie gras : pas de pénurie cet hiver en France mais les prix risquent de flamber

La France, championne du monde de la production et de la consommation de foie gras, s'apprête à traverser un hiver particulièrement délicat, marqué par la grippe aviaire et la hausse du coût des céréales. Si une pénurie n’est pour l'instant pas prévue, le produit star des fêtes de fin d’année connaît des difficultés de production sur le territoire. Pour les professionnels du secteur, les obstacles s'accumulent.
Les professionnels du foie gras n'auront pas d'autre choix que d'augmenter leurs tarifs cet hiver car les prix des céréales et de l'énergie s'envolent, résultat de la guerre en Ukraine.
Les professionnels du foie gras n'auront pas d'autre choix que d'augmenter leurs tarifs cet hiver car les prix des céréales et de l'énergie s'envolent, résultat de la guerre en Ukraine. (Crédits : Regis Duvignau)

Pas d'inquiétude, il y aura bien du foie gras sur les tables de Noël en cette fin d'année. Malgré la grippe aviaire qui a décimé des exploitations françaises, surtout depuis 2021, et la hausse des coûts de production engendrée par la guerre en Ukraine, les producteurs de foie gras préviennent qu'il y a en aura bien dans les supermarchés, mais en quantités limitées. « Il y aura 30% à 40% de foie gras en moins dans les rayons cette année », prévoit Emmanuel Chardat, directeur pour le foie gras chez Labeyrie, marque leader en grande distribution cité par l'AFP. Surtout, cette baisse de l'offre s'accompagnera d'une hausse des prix, avertit encore Marie-Pierre Pé, directrice générale du Comité interprofessionnel du foie gras (Cifog). Et pour cause.

D'abord, la guerre en Ukraine, qui dure depuis plus de six mois, entraîne de graves pénuries dans de nombreux secteurs. Résultat, avec l'envolée des prix des céréales et de l'énergie, les producteurs de foie gras n'auront pas d'autre choix que d'augmenter leurs tarifs.

L' explosion des coûts de production

Concrètement, le coût des matières premières pour cette denrée a connu une hausse de 45,9% sur un an entre 2021 et 2022 alors que la hausse moyenne des prix entre 2020 et 2021 était déjà de 28,8%, selon le Cifog. Cette hausse du prix des matières premières conduit ainsi à une augmentation globale des coûts de production : +28% depuis le premier semestre 2020. Toutefois, si la hausse des prix du foie gras va se constater dans les magasins, c'est d'abord le manque de quantité qui inquiète les producteurs.

Une épizootie d'ampleur inédite

Tandis que la France est le premier pays producteur et consommateur de foie gras, avec 30 millions de canards gras habituellement élevés sur le territoire chaque année, ce n'est plus que 21 millions d'entre eux qui ont été élevés en 2021 et ce nombre devrait encore diminuer cette année pour finalement atteindre 15 millions, soit moitié moins qu'en temps normal.

En cause, deux hivers marqués par la grippe aviaire, qui a décimé des exploitations entières en France. Ainsi, de novembre 2021 à mai 2022, la France a subi une épizootie (maladie qui frappe simultanément un nombre important d'animaux de même espèce, ou encore d'espèces différentes) de grippe aviaire de vaste ampleur. Le virus a d'abord sévi dans le Nord, avant de se répandre dans la région du Sud-Ouest, zone qui représente 40% de la production nationale de foie gras. Ainsi, sur deux ans, ce sont 22,5 millions de volailles qui ont été abattues, dont près de 10 millions de canards uniquement.

Les éleveurs font preuve d'imagination

Cette quatrième crise depuis 2015 inquiète logiquement les éleveurs, et certains d'entre eux proposent donc de nouvelles initiatives afin de lutter contre une flambée des cas cet hiver. Les producteurs de canards et d'oies du sud-ouest, notamment des Landes, des Pyrénées-Atlantiques et du Gers, ont en effet prévu de vider leurs élevages pendant un mois en hiver. « On en a marre de vivre ça », a déclaré à l'AFP Chantal Brethes, présidente du Palso, l'organisme de la filière foie gras Identification Géographique Protégée (IGP) et Label Rouge du Sud-Ouest, avant d'ajouter que « dans 68 communes où il y a les plus fortes densités d'élevages, il n'y aura aucun animal dans les élevages du 15 décembre au 15 janvier ».

L'initiative étant limitée dans le temps, le Palso estime que cela représente environ 500.000 canards qui manqueront à la production nationale, soit la production d'une « centaine d'éleveurs ». Selon le Palso et Airvol, l'association régionale des volailles du sud-ouest, l'initiative représentera une perte totale de « 12 millions d'euros » pour les éleveurs, une somme que ces deux groupes demandent à l'État d'allouer à l'indemnisation des entreprises de la filière, indemnisation qui viendrait s'ajouter à la première déjà versée par le gouvernement.

Une indemnisation de 800 millions d'euros

Le 29 juillet 2022, les acteurs professionnels de la filière avicole ont été réunis autour de Marc Fesneau, ministre de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, pour acter les actions retenues contre la grippe, dite influenza aviaire. Dans un communiqué, le ministère de l'agriculture a alors précisé que depuis le début de la crise en 2021, « les éleveurs et les acteurs de la filière ont déjà pu bénéficier, ou vont bénéficier dans les semaines et mois à venir, de plusieurs dispositifs d'indemnisation des pertes économiques subies dans le cadre de l'épisode de 2021-2022 ». Pour l'ensemble du secteur, cette indemnisation s'élève à près de 800 millions d'euros et 300 millions d'euros sont estimés sur le volet sanitaire.

De plus, dès mai 2022, ce sont 26 millions d'euros qui ont été accordés aux éleveurs des régions sud-ouest et Nord, impactés par la première vague de foyers d'influenza aviaire hautement pathogène (IAHP). Ce même dispositif devait être mis en œuvre début août pour les éleveurs touchés par la deuxième vague. « L'État a montré qu'il était au rendez-vous pour soutenir avec des moyens très importants les opérateurs des filières impactées par l'épizootie de 2021-2022 » déclarait ainsi Marc Fesneau. Toutefois, même si les initiatives de l'Etat et des éleveurs sont importantes et innovantes, il n'est pas encore dit qu'elles seront suffisantes pour espérer un futur retour à la normale en 2023.

Lire aussiProduction de foie gras arrêtée dans le Sud-Ouest : quelles conséquences économiques ?

(Avec agences)

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Commentaires 4
à écrit le 13/09/2022 à 19:15
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Le massacre des petits producteurs doit toucher à sa fin, il ne doit plus en rester beaucoup. Honte aux pratiques agro-industrielles.

à écrit le 13/09/2022 à 18:54
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Bonjour, Ils faut bien comprendre que si les prix sont inaccessibles, nous mangerons autre chose... Après tous , s'est a eux de voir si ils souhaitent vendre leur production... Pour le reste, ses trops riche et pas forcément bon pour la santé... ...

le 13/09/2022 à 19:37
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@Rogger : Les obèses mangent trop de foie gras, c'est sûr, d'autres ont la maladie du foie gras (ça existe hélas, mais pas celui des canards ni oies. Stéatohépatite non alcoolique). Je crois que les diabétiques sont souvent obèses, à cause de la mala...

à écrit le 13/09/2022 à 15:40
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On s'en passera donc... C'est pas vital (elle est à 20% la TVA ? 5,5% c'est pour l'essentiel alimentaire, le cidre, ou le vin sont taxés plus fort). Il n'y aura pas une pénurie (= 0) mais peu de quantité, ça rassure. Et le faux gras, variante/décli...

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