L'OMC s'attaque aux subventions à la pêche, un premier pas pour un secteur français en crise
latribune.fr
Profession de la pêche en France espère un meilleur équilibre face à la concurrence mondiale grâce à l’accord à l’OMC.
Région Pays de la Loire - Inventaire général
L'accord de l'OMC sur les subventions à la pêche est entré en vigueur. Un texte salué par les professionnels français, qui y voient un moyen de se protéger face à la concurrence déloyale des flottes étrangères. Mais les défis du secteur sont bien plus profonds : Une flotte vieillissante (30 ans d’âge moyen) et un déficit de main-d’œuvre, et une surpêche persistante : un poisson sur cinq débarqué en France provient toujours de populations surexploitées.
L'accord de l'OMC sur les subventions à la pêche, le premier qui porte sur l'environnement, est entré en vigueur lundi après des années de négociations compliquées, dans un contexte international de fortes tensions commerciales. Son entrée en vigueur vient bouleverser un secteur déjà en pleine mutation. Longtemps attendu, ce texte est perçu à la fois comme une occasion de rééquilibrer la concurrence internationale et comme un risque supplémentaire pour une profession fragilisée par des crises successives.
Un alignement bienvenu, mais des questions en suspens
Pour la France, l'application de ce nouvel accord ne devrait pas engendrer de bouleversements majeurs sur le plan national. La Politique commune de la pêche (PCP) de l'Union européenne a déjà, depuis plusieurs années, encadré drastiquement les aides publiques et interdit une grande partie des subventions dites « préjudiciables ». L'accord de l'OMC, en s'attaquant aux subventions qui soutiennent la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN) et la pêche de stocks surexploités, vient donc renforcer une logique déjà à l'œuvre.
Les professionnels français, qui se plaignent de longue date de la concurrence déloyale des flottes étrangères, notamment asiatiques, qui bénéficient d'aides massives et de normes moins strictes, voient dans ce texte un moyen de niveler les règles du jeu à l'échelle mondiale. Pour la France, avec ses 473 000 tonnes de poissons et crustacés pêchés en 2023, ce cadre international pourrait enfin offrir une protection contre des pratiques qui contribuent largement au déficit commercial du pays en produits de la mer.
Une flotte vieillissante et un déficit de main-d'œuvre
Les défis de la pêche française ne se résument toutefois pas aux tensions internationales. La flotte, avec une moyenne d'âge de trente ans pour près de 6 000 navires, peine à se renouveler. Ce vieillissement des navires représente un frein majeur à la transition écologique, alors même que les chantiers navals français, belges ou marocains s'orientent vers des bateaux plus décarbonés (propulsion hybride, matériaux biosourcés). Parallèlement, le secteur souffre d'un déficit de main-d'œuvre.
En 2022, 12 300 personnes étaient employées à bord des navires, un chiffre en baisse de 13 % par rapport à 2012, et environ la moitié de ces marins-pêcheurs partiront à la retraite dans les années à venir. Ces enjeux internes se superposent aux difficultés économiques, comme le coût du gazole, qui a fragilisé la pêche thonière dans l'océan Indien, et les crises sanitaires ou environnementales, telles que la fermeture hivernale du golfe de Gascogne pour protéger les dauphins, qui ont affecté la façade atlantique.
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La surpêche, une réalité persistante
Malgré des efforts notables pour une gestion plus durable, la surpêche reste une préoccupation majeure. Si l'Ifremer a souligné une amélioration avec 58 % des poissons débarqués en France en 2023 provenant de populations exploitées durablement (contre 52 % en 2022), le chemin est encore long pour atteindre l'objectif de 100 % fixé par la Politique commune de la pêche. Un poisson débarqué sur cinq (19 %) provient toujours de populations surexploitées, et 2 % de populations effondrées, comme le merlu de Méditerranée. Cet état des stocks de poissons justifie l'urgence d'un accord international comme celui de l'OMC, qui vise à restaurer la santé des écosystèmes marins. Cependant, pour que cet accord soit véritablement efficace, il est impératif que les négociations sur le second volet, qui concerne les subventions contribuant à la surcapacité et à la surpêche, aboutissent.
L'entrée en vigueur de l'accord initial est conditionnée à l'aboutissement de ce second volet dans un délai de quatre ans, sans quoi il sera « immédiatement abrogé ». Cette clause de « sunset » place une pression considérable sur les membres de l'OMC pour trouver un terrain d'entente. La France et l'Union européenne devront jouer un rôle de premier plan pour s'assurer que les grandes puissances de la pêche ne bloquent pas les négociations. L'enjeu est colossal : de l'aboutissement de ces discussions dépendra la capacité de la pêche française et européenne à faire face à une concurrence mondiale qui repose encore sur des pratiques dommageables, et à garantir la durabilité à long terme de leurs activités. En l'état actuel, l'accord n'est qu'un premier pas, et son efficacité dépendra de la volonté politique des États membres de l'OMC à aller jusqu'au bout de la démarche.