Les poissons jouent un rôle crucial dans le cycle du carbone océanique, contribuant directement à la séquestration de carbone dans l'océan profond : la production régulière de pelotes fécales et de carcasses riches en carbone qui coulent dans les abysses piège le carbone qu'elles contiennent pendant plusieurs siècles, appelé carbone bleu.
L'océan est donc un puits de carbone, au même titre que les forêts. Mais le lien entre la pêche et la séquestration de carbone par les océans est plus méconnu. Car en prélevant d'importantes quantités de poissons et en détériorant les fonds marins avec des techniques comme le chalutage benthique - méthode qui consiste à tirer un filet de type chalut, en contact direct avec le sédiment marin -, la pêche réduit de manière forte la capacité des océans à piéger ce carbone bleu. Et selon les chercheurs en écologie marine, ce lien a longtemps été « négligé ».
« Au début de ma thèse, dans les papiers scientifiques, on lisait que les poissons ne contribuent pas au cycle du carbone marin, ils étaient donc mis de côté dans les modèles,raconte Gaël Mariani, ancien doctorant de l'Université de Montpellier, aujourd'hui écologue marin à la World Maritime University en Suède. Or on sait que le carbone bleu produit par les poissons représente 0,1 gigatonne de carbone séquestré par an. Aujourd'hui, on dit que les poissons contribuent à hauteur de 20 à 30 % du carbone séquestré dans l'océan. Si le stock de poissons se réduit, cela réduit mathématiquement leur contribution. »