L'Union européenne a progressivement abandonné sa politique de stockage alimentaire, utilisée auparavant dans le cadre de la Politique agricole commune (PAC) pour stabiliser les prix. Mais depuis la crise du Covid, puis à cause des aléas climatiques et des perturbations géopolitiques, le regard sur les stocks a commencé à changer.Ce serait, si le mouvement allait jusqu'au bout, « un véritable bouleversement » dans l'Union européenne, résume Thierry Pouch, responsable du service des études économiques aux chambres d'agriculture à Paris. Plusieurs signaux faibles indiquent que l'idée de reconstituer des stocks alimentaires publics devient de moins en moins tabou dans l'Union européenne. « Au niveau de l'UE, plusieurs documents évoquent explicitement l'idée de contingentements, d'entités critiques, tel le récent rapport de [Sauli] Niinistö, ancien président de la Finlande, sur le renforcement de la préparation civile et militaire de l'Europe [remis à la Commission européenne fin 2024] », note le 10 mars, dans la revue Sésame de l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae), l'expert Franck Galtier, économiste au Cirad.
Le 26 mars, la Commission européenne, qui annonçait sa « stratégie pour une Union de la préparation », mentionnait d'ailleurs « les produits agroalimentaires et l'eau » parmi les éventuelles matières premières critiques adressées par la « stratégie de stockage à l'échelle de l'UE » qui doit être présentée le 25 juin. Le même jour, des députés socialistes et démocrates (S&D) organisaient à Bruxelles une conférence sur la souveraineté alimentaire qui incluait une séquence entière consacrée aux « stocks stratégiques alimentaires », vus comme des « outils efficaces de gestion des crises ».
Coûts et distorsion de la concurrence
Tout au long des dernières décennies, l'Union européenne avait pourtant abandonné sa politique de stockage alimentaire, utilisée auparavant dans le cadre de la Politique agricole commune (PAC) pour stabiliser les prix. Les stocks existants (de viande, poudre de lait, beurre, céréales) ont été progressivement liquidés, au point que « nous ne disposons aujourd'hui que de stocks de report (dits aussi de soudure). Soit l'équivalent de vingt-cinq à trente-cinq jours de consommation entre la fin d'une campagne et l'arrivée de la récolte suivante, détenus par les négociants et les coopératives », note le président de la Fédération européenne des banques alimentaires Bernard Valluis, lui aussi interviewé par la revue Sésame.