L'agence d'État chargée d'autoriser la mise sur le marché français des pesticides subit une pression croissante. D'une part, le gouvernement voudrait reprendre la main. D'autre part, les défenseurs de l'environnement demandent un renforcement de son pouvoir.Après des mois tumultueux, un nouveau rendez-vous sensible marque la rentrée de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses). La publication, ce lundi, de l'étude menée avec Santé publique France sur l'exposition aux pesticides des riverains des zones viticoles risque en effet non seulement de faire du bruit.
Elle doit aussi permettre à l'agence de réaffirmer son engagement en matière de pesticides, à un moment où son rôle dans ce domaine est attaqué de toutes parts.
L'envie de contrôler la mise sur le marché par le gouvernement
En premier lieu, par le gouvernement, qui manifeste une envie croissante de reprendre le contrôle sur ce sujet de plus en plus sensible politiquement, puisqu'il oppose des citoyens inquiets des effets des pesticides sur leur santé à des agriculteurs qui affirment en avoir besoin pour produire. Aujourd'hui, l'Anses est en effet chargée de délivrer, retirer et modifier les autorisations de mise sur le marché (AMM) des produits phytopharmaceutiques, à l'aune de leur efficacité, mais aussi de leur innocuité pour la santé humaine, animale et l'environnement. Une compétence cruciale, qui était détenue jusqu'en 2015 par le ministère de l'Agriculture.
Or, « depuis quelques années, on sent une nostalgie de cette période », quand l'Anses était seulement en charge de l'évaluation préalable des risques, analyse François Dedieu, sociologue, politiste et directeur de recherche à l'institut national de la recherche agronomique et de l'environnement (Inrae). Cette envie de retour en arrière a été notamment exposée au grand jour par une disposition de la proposition de « loi visant à lever les contraintes à l'exercice du métier d'agriculteur » (dite « loi Duplomb ») promulguée début août, qui prévoyait initialement la possibilité pour le gouvernement d'imposer des « priorités » dans les travaux de l'agence.