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Quand la chef Anne-Sophie Pic met la gastronomie en "dosettes"

Photo de Mounia Van de Casteele

Mounia Van de Casteele

Publié le 02 novembre 2015 à 09:57 - Mis à jour le 02 novembre 2015 à 15:04

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La chef triplement étoilée a mis au point, avec un ancien de chez Nestlé, la machine ChefCuisine, qui permet de cuire des plats gastronomiques élaborés par ses équipes puis vendus sous vide sur internet.

C'est le fruit de la rencontre entre une chef française triplement étoilée et un entrepreneur suisse, ancien de chez Nestlé. Tout a commencé à Valence, il y a quatre ans, quand Jonathan Pennella est venu frapper à la porte d'Anne-Sophie Pic, pour lui faire part de son ambitieux projet. Après avoir passé 20 ans dans l'industrie alimentaire, l'entrepreneur en herbe souhaitait "révolutionner le domaine de l'alimentation à domicile" -excusez du peu- en proposant aux consommateurs des plats "d'une qualité gustative et nutritionnelle inédite". Une idée qui lui est venue après avoir constaté qu'il n'y avait eu "aucune innovation majeure depuis dix ans", raconte-t-il.

Encore fallait-il trouver la personne qui accepterait de relever un tel défi. C'est comme cela que Jonathan Pennella est allé à la rencontre de celle qui était alors élue "meilleure femme chef du monde". Celle-ci a tout de suite été séduite. Et pour cause, "rendre accessible le goût au plus grand nombre" a toujours été quelque chose qui lui tenait à cœur explique-t-elle.

Chaque ingrédient est cuit séparément

C'est ainsi que la startup suisse Nutresia est née en 2012. Quelques levées de fonds plus tard, l'auto-cuiseur baptisé ChefCuisine. Ce qui a nécessité un investissement de 23 millions d'euros et la création de quatre pôles avec des missions bien distinctes, allant de la production des plats à la plateforme d'e-commerce qui les commercialise en passant par la logistique de distribution et le développement d'un appareil ménager, qui a donné lieu à 107 dépôts de brevets. Au total, sur les dix sites que compte la start-up dans cinq pays, 200 personnes travaillent à temps plein sur le projet. Au niveau de la rentabilité, Jonathan Pennella table sur un taux d'équipement de trois à quatre ménages sur 1.000 d'ici trois ans, qui consommeraient deux repas par semaine. Aussi le SAV promet de remplacer sous 48 heures toute machine en panne.

Concrètement, l'appareil permet de réchauffer un plat gastronomique conçu "en kit" par les équipes d'Anne-Sophie Pic suivant les conseils d'une nutritionniste, en quelques minutes, en appuyant sur un unique bouton. Véritable prouesse technologique, la machine cuit séparément les différents composants (conditionnés séparément) du plat livré en barquette sous-vide, tout en faisant en sorte que tout soit prêt en même temps au bout d'une vingtaine de minutes -un délai que la jeune pousse espère réduire prochainement. Ce, grâce à une puce RFID placée sur chaque élément du plat, que l'on insère dans l'un des six compartiments adéquats de la machine, qui les reconnaît, et les cuit en fonction de ces informations.

     | Lire aussi Après les capsules de café, les dosettes de vin ?

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Cible : CSP++ qui va au resto plus que la moyenne

Nous noterons tout de même à cet égard que les plats sont non seulement variés et de saison mais surtout très surprenants : par exemple Anne-Sophie Pic a ainsi relevé le défi de cuisiner un œuf poché qui reste coulant, ou encore une pièce de bœuf qui peut être cuite saignant ou à point selon les désirs du consommateur. Des produits plus luxueux comme du pigeon ou des noix de St Jacques font également partie des menus disponibles sur le site Chefcuisine.com et dont les prix varient entre 5 et 60 euros. La machine, elle, coûte 200 euros. Elle est livrée avec un ensemble d'accessoires tels que des emporte-pièces et des poches à douilles, afin que le consommateur puisse s'amuser à "dresser" les assiettes dans les règles de l'art, si l'on ose dire. En tout cas la présentation du plat telle que suggérée par ChefCuisine est réalisable grâce aux outils fournis.

Autant dire que cet auto-cuiseur s'adresse à des CSP++, "amoureux de la gastronomie qui aiment cuisiner et vont au restaurant plus souvent que la moyenne", mais qui n'ont parfois pas le temps ou l'envie de cuisiner, analyse Jonathan Pennella. Et de préciser que ChefCuisine n'a cependant pas vocation a "remplacer le restaurant".

La gastronomie à domicile a le vent en poupe

Cela n'est pas sans rappeler le service UberEats qui vient de se lancer à Paris il y a trois semaines. La plateforme Uber propose en effet la livraison "à domicile" de plats de restaurants soigneusement sélectionnés et plutôt "haut de gamme" puisque leurs prix tournent autour d'une dizaine d'euros. Cela dit, le concept vise plutôt la clientèle de bureau, dans un premier temps du moins, puisque l'offre de livraison se fait seulement entre midi et deux et uniquement dans quelques arrondissements du centre de la capitale. De quoi compléter l'offre de ChefCuisine qui en semaine ne peut se faire que le soir, a priori, ou du moins là où la machine se trouve.

Notons au passage qu'Uber n'en est pas à son coup d'essai dans le "fooding", dans la mesure où l'entreprise avait déjà conclu divers partenariats, comme avec l'enseigne d'épicerie fine de luxe Fauchon, en permettant à des passagers de gagner une boîte d'éclairs du célèbre traiteur de la place de la Madeleine par exemple. Ou encore en proposant aux clients d'Uber de commander une galette des Rois de chez Fauchon directement via leur application. Les deux partenaires avaient également imaginé une offre dédiée aux clients du service nautique UberBoat, en permettant aux locataires d'un bateau électrique pour six personnes de se partager à bord un pique-nique élaboré par le traiteur de luxe. Et ce ne sont là que quelques exemples parmi tant d'autres. Estimant qu'il est impossible de faire l'impasse sur le numérique, Fauchon vient d'ailleurs de lancer son application mobile, qui permet notamment de se faire livrer pour un prix fixe de sept euros quelques produits parmi les plus demandés. Avec l'objectif d'augmenter son chiffre d'affaires certes, "mais surtout, de générer plus de trafic en magasin", nous explique Jules Trecco, le responsable du pôle numérique de l'enseigne.

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Bref, le fooding et la gastronomie à domicile ont bel et bien le vent en poupe. Mettons un bémol toutefois à la machine d'Anne Sophie Pic. Car si la stratégie marketing repose sur les fêtes de fin d'année pour le lancement de cet appareil programmé un peu moins de deux mois avant Noël, cette date coïncide aussi avec la conférence sur le climat COP 21. Or ce produit aux nombreux emballages ne semble pas être des plus respectueux de l'environnement. Loin de là...

Mounia Van de Casteele

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