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Roses équitables : le marché français a quasiment triplé en 2016

Photo de Giulietta Gamberini

Giulietta Gamberini

Publié le 15 février 2017 à 06:00

Le Quotidien Numérique

06 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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Comme pour le café et le cacao, le label Fairtrade/Max Havelaar vise à assurer un meilleur respect des droits des travailleurs et de l'environnement dans la production de roses vendues en Europe, qui pour la grande majorité viennent d'Afrique de l'Est et d'Amérique latine. Si jusqu'à 2015 ce marché était plafonné à quelque 8 millions d'exemplaires sur 600 millions de roses conventionnelles, il a enfin atteint les 22 millions en 2016, révèle à La Tribune le responsable de la filière fleurs au sein de...

LA TRIBUNE - Quelle est la taille du marché de la rose équitable ?

NICOLAS DUTOIS - Nous estimons que quelque 5 milliards de roses sont vendues en Europe chaque année, dont 711 millions sous le label Fairtrade /Max Havelaar. Les pays germanophones sont notamment très demandeurs: 50% des roses vendues en Suisse sont équitables, 20% en Allemagne. Dans l'Hexagone, selon France Info, 600 millions de roses seraient vendues au total chaque année. Jusqu'à 2015, le marché de la rose équitable en France ne dépassait pas les 8 millions de fleurs.

Mais 2016 a marqué un bond spectaculaire: 22 millions de roses labellisées Fairtrade/Max Havelaar ont été vendues en France. En 2017, nous espérons atteindre les 30 millions. Nous rattrapons enfin le train de nos voisins européens, où le marché des roses équitables a augmenté de 85% entre 2010 et 2014. La nouvelle tendance française est essentiellement liée à deux partenariats clés conclus en avril: avec Aquarelle.com et Système U, respectivement leaders de la vente de fleurs en ligne et en grande distribution. Nous espérons d'ailleurs progressivement séduire aussi les grands réseaux de franchises.

Qu'apporte votre label à ces distributeurs ?

Au-delà des engagements propres à chaque entreprise, le label Fairtrade/Max Havelaar représente un repère qui peut rendre leurs produits plus compétitifs et répondre ainsi aux attentes des consommateurs en termes de consommation responsable.

Qu'est-ce qui distingue une fleur équitable ?

Pour qu'une entreprise puisse apposer notre label sur ses produits, elle doit se plier à un cahier de charges, qui implique diverses exigences et est amélioré tous les cinq ans. La première concerne les conditions de travail dans la ferme horticole, à savoir le respect de la liberté d'association ainsi que des normes de sécurité et sanitaires. Les épandeurs de pesticides doivent notamment être protégés par des équipements et des procédures adaptés. Une deuxième condition concerne le respect de l'environnement. Nous n'interdisons pas radicalement les pesticides, car, aujourd'hui, en raison d'exigences esthétiques comme de durée de vie, il n'existe pas encore de production de roses bio à grande échelle. Mais nous encourageons leur réduction, notamment via le recours à la lutte biologique contre des nuisibles.

La consommation d'eau est aussi prise en compte dans notre cahier des charges. Il s'agit d'une part d'optimiser la gestion de la ressource dans une industrie très consommatrice: ainsi, la très grande majorité des fermes certifiées utilisent l'irrigation goutte à goutte, et certaines vont même jusqu'à récolter l'eau de pluie voire à recycler les eaux usées. D'autre part, nous veillons à ce que chaque producteur travaille en circuit fermé, en évitant tout rejet d'eau polluée en dehors de la ferme. Les horticulteurs qui fournissent la matière première à nos partenaires sont donc certifiés par des organismes indépendants, après un processus d'adaptation qui peut être assez long. Les travailleurs des fermes certifiées reçoivent une prime de développement pour améliorer leurs conditions de vie.

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Comment est gérée cette prime ?

Le principe est le même que pour nos autres produits équitables: nos partenaires s'engagent à payer pour l'achat de ces fleurs une prime équivalente à 10% du prix d'achat FOB (Free on Board, pris à l'export non incluant les frais de transport et d'assurance, NDLR). Nous avons toutefois dû l'adapter aux caractéristiques particulières d'une culture de plantation. Pour qu'elle soit rentable, on estime en effet qu'une ferme doit disposer d'au moins 20 hectares et de quelque 500 employés. Il n'existe donc pas de petits producteurs dans cette industrie, mais exclusivement de grandes plantations privées. Il s'agit d'une différence importante par rapport à d'autres matières premières que nous labellisons traditionnellement, comme le café et le cacao. Nus avons donc élaboré un cahier des charges spécifique pour les plantations afin d'être sûrs que le commerce équitable bénéficie aux travailleurs.

La prime de développement, qui normalement est attribuée aux coopératives de petits producteurs, est ainsi, dans le cas des fleurs équitables, versée sur un compte indépendant à un comité de travailleurs. Composé de 10-12 délégués désignés par élection, ce comité choisit les projets auxquels la prime doit être destinée: il peut s'agir de projets communautaires comme la construction de centres de santé, l'amélioration des logements, etc., mais aussi d'aides individuelles telles que des bourses d'études ou le financement de formations pour acquérir un permis de conduire... Il est également arrivé que plusieurs comités de travailleurs se rassemblent: à Naivasha, au Kenya, sept d'entre eux ont financé avec une ONG américaine la construction d'une maternité. Nos cahiers de charges prévoient des règles visant à éviter toute forme de corruption. Les comités sont par ailleurs accompagnés, dans la mise en oeuvre des projets choisis, par le personnel d'appui du réseau des producteurs Fairtrade/Max Havelaar dans la région.

Quels sont les enjeux d'une telle certification ?

Environ 85% des roses vendues en Europe viennent d'Afrique de l'Est et d'Amérique latine, suite à un transfert massif de la production qui a eu lieu dans les années 80-90 afin de baisser les coûts de production et de bénéficier de conditions climatiques favorables. Au-delà des apparences, ce transfert présente des avantages environnementaux: les émissions de gaz à effet de serre engendrée par une ferme kényane sont 6 à 7 fois inférieures par rapport à celle d'une ferme de la même taille située en Hollande, en raison de l'absence de chauffage.

Et ce en incluant le bilan carbone du transport des roses, qui se fait en avion. Mais la réalité de l'industrie horticole des pays en voie de développement est très dure et souvent à la limite de la légalité -bien que les conditions de travail, petit à petit, s'y améliorent. Il s'agit donc d'un produit qui rentre complètement dans la logique de coopération Nord/Sud et de transformation progressive qui inspire notre label.

Quels sont les coûts accrus pour les entreprises et les consommateurs ?

Les entreprises payent d'une part la prime de développement aux comités de travailleurs, et d'autre part nous paient un droit de licence en fonction des volumes des ventes -que nous reversons en partie à nos réseaux de producteurs et à l'ONG qui nous fédère, Fairtrade International. Elles choisissent ensuite si et en quelle mesure répercuter ces frais sur les consommateurs. La qualité des fleurs certifiées est en revanche la même puisque nos cahiers des charges n'impliquent pas de modifications fondamentales dans le processus de production.

Serait-il possible de satisfaire la demande mondiale si toutes les fleurs étaient équitables ?

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Sans doute, puisque nos exigences n'ont pas d'impact non plus sur la productivité. La production dépasse d'ailleurs déjà la demande de fleurs certifiées. Des 3 milliards de tiges produites par les 63 fermes horticoles déjà certifiées dans le monde, seuls 22% sont vendus aux conditions du commerce équitable. Sans certifier de nouvelle ferme, on pourrait déjà multiplier le marché par quatre.

Giulietta Gamberini

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