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Le "made in France", avenir du commerce équitable ?

Photo de Giulietta Gamberini

Giulietta Gamberini

Publié le 23 décembre 2016 à 13:30

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En décembre, la plate-forme pour le commerce équitable a organisé les premières assises consacrées à l'équitable "made in France". Sa déléguée générale, Julie Stoll, explique à La Tribune le sens de cette démarche et le potentiel de ce nouveau marché.

LA TRIBUNE - Quelles différences entre l'équitable "made in France" et celui traditionnel, réservé à des producteurs du Sud du monde ?

JULIE STOLL - La définition est la même. La possibilité de qualifier des produits fabriqués en France, et plus généralement dans les pays développés, issus du commerce équitable est une innovation introduite en 2014 par la loi relative à l'économie sociale et solidaire. Elle est venue étendre le champ d'application des règles établies par le texte qui régissait la matière, la loi du 2 août 2005 en faveur des petites et moyennes entreprises, qui réservait cette désignation aux échanges avec les producteurs des pays en développement.

Son adoption légitime permet de réunir autour d'une même définition des pratiques qui existaient pourtant déjà auparavant. C'est justement dans cette optique que notre plate-forme, qui va fêter ses 20 ans l'année prochaine, a organisé en décembre les premières Assises nationales du commerce équitable en France.

Quelle est la taille de l'équitable "made in France" ?

Selon notre outil statistique, que nous avons adapté à cette nouvelle réalité, en 2015 le "made in France" équitable représentait déjà un sixième du marché français du commerce équitable, avec un chiffre d'affaires de plus d'une centaine de millions d'euros. En 2016, nous avons enregistré un taux de croissance de 25%. Les paysans français impliqués sont environ 4.500, et une centaine d'entreprises interviennent à divers niveaux de la filière.

95% des produits équitables "made in France" sont par ailleurs bio. La chaîne Biocoop propose par exemple depuis des années un label "Ensemble, Solidaires avec les Producteurs", qui garantit aux producteurs un prix rémunérateur, un contrat sur la durée et une prime de développement destinée à financer des projets collectifs.

Cette convergence répond à une conviction : une démarche économique équitable est indispensable non seulement afin de maintenir l'identité de la production biologique, mais aussi pour accompagner la croissance du secteur. Le contre-exemple flagrant est celui des œufs bio : leurs prix très bas sont en France possibles seulement grâce aux économies d'échelle réalisées par un oligopole, mais cette distorsion de la concurrence bloque d'autres opérateurs et donc la croissance même du marché.

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Quelles convergences en revanche avec l'essor du locavorisme?

L'équitable "made in France" est complémentaire aux circuits courts, venant apporter la même exigence de durabilité aux relations commerciales qui impliquent un ou plusieurs intermédiaires entre producteurs et consommateurs. En outre, par rapport aux pratiques de vente à la ferme, il implique un rassemblement des producteurs dans le cadre d'une organisation démocratique. C'est justement cette dimension collective qui permet un rééquilibrage du rapport de forces ​avec les autres acteurs des filières agro-alimentaires​.

Un équitable local a toujours insisté sur une forme de solidarité internationale. L'essor de cette démarche ne traduit-il pas une forme de repli sur soi?

Ce risque existe sans doute. Mais cette nouvelle réalité correspond également à une exigence d'évolution de notre économie pour limiter le réchauffement climatique. Il ne faut pas oublier d'ailleurs qu'une attention concentrée sur l'agriculture d'exportation des pays du Sud au détriment de leur propre agriculture vivrière, peut poser de sérieux problèmes de sécurité alimentaire. Mais même si l'idée de fond est certainement de limiter les flux internationaux, l'équitable traditionnel et celui "made in France" restent néanmoins complémentaires, notamment si l'on insiste sur les spécificités de chaque terroir. Et si dans le cas de l'équitable "made in France" la main d'oeuvre est locale, elle n'est pas pour autant forcément française.

Ces produits vont-ils être réservés à des consommateurs aisés?

Les prix de ces produits sont aujourd'hui plus élevés que ceux des produits traditionnels. Mais l'un des avantages du commerce équitable est justement de sensibiliser le consommateur en l'informant de manière transparente sur les différentes composantes du tarif qu'il paie: conditions de production, rémunération des producteurs, respect de l'environnement, mais aussi coût du contrôle par des organismes extérieurs et traçabilité. Le commerce équitable permet ainsi de mieux comprendre la valeur des choses.

Cependant, si le phénomène se développait, cela impliquerait probablement une baisse des prix, puisque les investissements du départ seraient probablement compensés par un meilleur rendement des sols, notamment dans le cas de l'équitable bio. ​Les pouvoirs publics peuvent aussi mobiliser des outils pour rendre ces produits comparativement plus accessibles pour les consommateurs.

N'y aurait-il pas là un faussement de la concurrence?

Aujourd'hui, la concurrence est libre, mais pas juste. Elle prime les prix les plus bas, qui ont pourtant d'​important​s​ coût​s​ soci​aux et environnementaux​​ répercutés sur la société tout entière. Par exemple, la dépollution des eaux rendue nécessaire par l'utilisation d'intrants chimiques dans l'agriculture conventionnelle est financée par l'impôt, et donc payé par tous les contribuables. Finalement, les prix pas chers, nous coûtent très cher !

Or, à notre sens, la compétitivité de demain devrait se fonder sur la qualité sociale et environnementale et sur l'équité économique. Ce que nous proposons aux autorités publiques, c'est donc justement d'adapter la TVA en fonction des externalités. Cela permettrait d'orienter la consommation tout en respectant une concurrence juste, et de payer les producteurs pour leur travail au lieu de leur octroyer des subventions. Nous prônons également une réorientation des achats publics des collectivités, notamment en matière de restauration, vers des aliments bio, locaux et équitables.

L'équitable "made in France" est-il réservé aux produits alimentaires?

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L'alimentation est le domaine dans lequel nous œuvrons historiquement. En raison de son caractère fondamental, sa portée symbolique est en outre extrêmement forte. Mais la loi sur la ESS ne lui réserve pas la définition d'équitable "made in France". Rien ne s'oppose donc au développement d'autres secteurs.

Giulietta Gamberini

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