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Entreprises & FinanceAutomobile

Renault à Tanger, contraint de recruter des cadres sans expérience

latribune.fr

Publié le 12 février 2012 à 18:28 - Mis à jour le 12 février 2012 à 18:36

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Surgissant de nulle part, la nouvelle usine marocaine de Renault où sera produit un monospace bon marché baptisé "Lodgy", est confrontée à plusieurs défis de taille, à commencer par le recrutement de cadres locaux dans un pays sans véritable expérience de l'automobile. A l'usine, le salaire net démarre à 250 euros.

Seul endroit éclairé à plusieurs lieues à la ronde la nuit tombée, le site dont l'inauguration suscite depuis jeudi à Paris une polémique sur le "Made in France" a poussé au milieu des collines dénudées de la pointe Nord du Maroc, région pauvre et rurale sans passé industriel.

"Ici tout est 'greenfield'", résume Paul Carvalho, directeur des fabrications de Renault Tanger, utilisant le terme consacré pour désigner un projet monté de toute pièce sur un terrain vierge. "L'usine est greenfield, le tissu fournisseur aussi, et même les gens!"

Paul Carvalho fait partie des Français expatriés sur le site pour accompagner les équipes marocaines qui feront bientôt tourner la chaîne de production du monospace. "Le niveau de formation au Maroc est très bon, mais le pays n'a pas de culture technique de l'auto", ajoute-t-il.

La plupart des futurs cadres marocains croisés le long de la chaîne encore en rodage n'ont jamais travaillé auparavant dans le secteur. Chacun est chef adjoint de son département, placé sous les ordres d'un Français qu'il est appelé à remplacer.

"A part la petite usine Somaca de Casablanca, le Maroc n'a pas d'histoire automobile", souligne Moulay-Youssef Sbai.

Le directeur adjoint de l'Institut de formation aux métiers de l'industrie automobile, financé par le Royaume du Maroc et installé à l'entrée même du site Renault-Nissan, sait de quoi il parle: il a travaillé plus de 15 ans dans l'informatique, mais jamais dans l'industrie.

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DES CARAVANES DE RECRUTEMENT

Si tout se passe bien, Benmbarek Abdelmoula dirigera bientôt le département montage de la première ligne de production de l'usine, bien que cet ingénieur ait fait carrière dans le ciment et le papier. Mais à 43 ans, ce grand gaillard jovial réalise ici un rêve d'enfant. "Ma première motivation, c'est l'automobile, je suis incollable sur l'histoire des marques de voitures", raconte-t-il. "Dès que j'ai su qu'une usine automobile allait voir le jour, j'ai pris contact."

Nasro Allah, 37 ans, chef adjoint du département tôlerie, est l'un des rares à être du métier. "Pour moi, c'est une nouvelle expérience", indique cet ancien employé d'un sous-traitant automobile spécialisé dans le câblage autour de Tanger. "Renault est très connu et offre des perspectives de carrière." Pour se préparer à leur poste, tous deux ont passé six mois de formation en France, à l'usine de Flins (Yvelines).

Nasro fait aussi partie de la minorité - 30% du personnel de l'usine - recrutée dans les environs de Tanger. Pour compléter les effectifs - 2.500 personnes embauchées à ce jour, 4.000 à la fin de l'année et 6.000 d'ici 2014-2015 - la direction a dû élargir ses recherches à l'ensemble du Maroc à grand renfort de petites annonces ou de caravanes de recrutement qui ont sillonné le pays jusqu'à Fès, à 300 kilomètres de là.

Les 70% originaires d'autres régions peinent parfois à se loger sur place, et certains embauchés doivent même renoncer à se présenter à l'usine le premier jour de leur contrat.

"C'est un peu difficile, on partage une habitation", reconnaît Soufian, 21 ans, qui se destine à l'atelier peinture. A ses côtés, Mohammed, 23 ans et même combinaison blanche, a pu s'installer plus facilement car il compte des amis à Tanger.

A l'image de Soufian et Mohammed, l'effectif de l'usine de Tanger est très jeune: une trentaine d'années seulement. L'âge moyen tombe même autour de 20 ans pour les seuls opérateurs, appelés à travailler sur une ligne très peu automatisée - low-cost oblige - après trois mois de formation.

MALAISE SUR LA POLÉMIQUE EN FRANCE

Le vaste site de 300 hectares est flambant neuf. Sur le parking s'alignent des Renault et des Fiat en version spéciale pays émergents introuvable en France, ce qui ne sera pas le cas du Lodgy, destiné surtout à l'export, notamment vers l'Europe.

La terre des plates-bandes qui séparent les grands hangars blancs est fraîchement retournée et dans les bureaux administratifs, regroupés sous le nom mystérieux de "bâtiment X", des stores manquent encore aux fenêtres. Homman Mokhtar, secrétaire exécutif de Renault Maroc, se plaît à faire remarquer que les baies ont été colmatées à grand renfort de papier. "C'est le bâtiment qui a été fait en dernier parce qu'il y avait d'autres priorités", explique-t-il en souriant. L'institut de formation et la chaîne sont passés avant.

Interrogés sur la controverse qui a accompagné en France l'ouverture par Renault, à 14 kilomètres des côtes européennes, d'une usine où le salaire net démarre à 250 euros, les futurs cadres marocains sont mal à l'aise. "Je n'ai pas suivi, je ne peux pas dire", murmure un chef adjoint de département avant de s'éclipser, rappelé à l'ordre par son supérieur français.

Dimanche encore, François Hollande, le candidat socialiste à l'élection présidentielle, a estimé que l'Etat français, qui contrôle 15% du capital de Renault, aurait dû s'opposer à ce projet.

Sur place, les préoccupations sont différentes. L'usine est en préchauffage et s'apprête à monter en cadence de manière spectaculaire. Une fois les derniers réglages sur les moules et les machines effectués, les procédures mémorisées et les gestes qu'il faudra répéter 44 heures par semaine maîtrisés, le site va passer en trois mois d'un rythme presque immobile de 30 véhicules par jour à 30 par heure. L'an prochain, une deuxième ligne permettra de cracher 60 véhicules par heure, un à la minute.

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"Le central à Paris - Monsieur Carlos Ghosn - nous donne une tolérance assez importante pour démarrer correctement", précise Tunç Basegmez, directeur turc de l'usine de Tanger. "La création de la marque 'Made in Morocco' passe par là."

Avec Souhail Karam, édité par Jean-Michel Bélot

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