Libre échange Europe-Japon : les constructeurs auto européens s'alarment

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Le stand Toyota au dernier salon de Genève en mars 2014
Le stand Toyota au dernier salon de Genève en mars 2014 (Crédits : Reuters)
Les négociations pour un accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Japon reprendront le 7 juillet. Tokyo veut notamment que Bruxelles démantèle ses droits de douane sur les voitures japonaises.

Les négociations pour un accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Japon reprendront le 7 juillet à Tokyo. Elle doivent "marquer le début d'une nouvelle phase" , selon la Commission européenne. "Il y a eu un consensus au sein des Etats membres pour dire que les négociations devaient se poursuivre", indique-t-on à Bruxelles, "même si certains Etats ont fait part de leurs inquiétudes". Il y a plus d'un an que ces négociations controversées ont été lancées. Pour Tokyo, l'un des enjeux essentiels est que... Bruxelles démantèle ses droits de douane sur les voitures japonaises. Et ce, alors que le Japon, lui, est protégé par des barrières non tarifaires!

Les constructeurs européens, notamment allemands, ne sont pas chauds.  L'ACEA (Association des constructeurs européens d'automobiles) réclame en particulier l'alignement du Japon sur les spécifications techniques internationales, alors qu'il conserve des procédures d'homologation spécifiques. Elle demande aussi la fin progressive d'une fiscalité nippone très favorable aux mini-véhicules, une catégorie de voitures historique qui représente le tiers du marché japonais et dans laquelle ne rentrent que les véhicules "made in Japan"! L'Association souhaite également une modification des règles sur l'implantation de concessionnaires. Les procédures d'homologation complexes et le contrôle des réseaux de distribution par les marques japonaises rendent en effet difficile et onéreuse toute implantation d'un étranger.

32% des Toyota vendues en Europe viennent du Japon

Le premier étranger, Volkswagen, n'arrive qu'en neuvième position sur le marché nippon avec 30.000 voitures immatriculées sur les cinq premiers mois de l'année - contre plus d'un million de ventes pour Toyota (avec sa filiale Daihatsu) - et une part de marché de 1,2% à peine. Les marques européennes s'octroient moins de 5% du marché nippon. Les marques japonaises s'octroient en revanche plus de 13% du marché de l'Union européenne! Mais ce déséquilibre apparent doit être très fortement nuancé. Car, la plupart des véhicules vendus sur le Vieux continent aujourd'hui par les japonais sont... de fabrication européenne. Toyota, le premier constructeur mondial, affirme ainsi que "32% de nos véhicules vendus en Europe, Russie comprise, proviennent du Japon". Le reste vient d'Europe ou de Turquie, où Toyota a produit  580.000 véhicules l'an dernier.

Honda indique pour sa part que à peine "12% de nos voitures immatriculées en Europe sont importées du Japon". Le pourcentage est également faible chez Nissan. Seuls des "petits" constructeurs comme Mitsubishi ou Mazda importent tout du Japon. Dès lors, la part de marché occupée par les voitures importées du Japon dans l'Union européenne est in fine... à peu près équivalente à celle des modèles européens dans l'archipel!

Implantations japonaises en Europe deuis les annéees 80-90

Car les japonais, Nissan le premier dans les années 80 suivi immédiatement de Toyota et Honda, ont compris que, pour vendre massivement en Europe, il leur fallait s'y implanter. Ils se sont installés en Grande-Bretagne, mais aussi en France (Toyota), en Espagne (Nissan). Suzuki est de son côté implanté en Hongrie. Toyota dispose aussi d'une usine de mécanique en Pologne et il co-produit des petites citadines avec... PSA en République tchèque. Mitsubishi a été un temps installé aux Pays-Bas, mais il a dû cesser son activité faute de volumes. Par ailleurs, Toyota et Honda ont construit des usines en Turquie.

Si les Européens n'ont guère fait d'effort particulier pour adapter leurs véhicules aux desiderata des clients nippons, les Japonais ont créé en revanche des modèles spécifiques à l'Europe (Toyota Auris, Avensis, Verso, Nissan Note et Qashqai par exemple), avec notamment des moteurs diesel développés uniquement pour ce continent.

Enfin, pour être juste, il faut préciser que si les européens ont du mal à vendre directement des voitures au Japon, Renault a tout de même... pu prendre le contrôle du deuxième constructeur nippon Nissan en 1999! L'allemand Daimler a racheté pour sa part la branche poids-lourds de Mitsubishi, Fuso.

L'automobile, c'est 10% de l'emploi manufacturier

Ceci dit, un accord de libre-échange avec le Japon ne peut que faciliter évidemment l'envoi vers l'Europe de modèles produits dans l'archipel. Le "made in Japan" bénéfice déjà de la politique du gouvernement nippon, qui a fait perdre au yen 25% de sa valeur face à l'euro en un an, et rend donc les produits japonais encore plus compétitifs, qu'ils soient assemblées dans l'archipel ou en Europe avec des composants japonais. Par ailleurs, tout accord ne peut que favoriser intrinsèquement  le Japon, le marché de l'Union étant plus de deux fois plus gros que celui de l'archipel. 

Or, l'ACEA rappelle que le secteur automobile européen est une branche d'activité clé. Il fait vivre 12,9 millions de personnes, soit 5,3% de la population active de l'Union, dont 3 millions dans la production de véhicules, soit 10% de l'emploi manufacturier.  L'industrie automobile  verse plus de 380 milliards d'impôts en Europe occidentale· Le secteur automobile contribue en outre positivement à la balance commerciale  pour plus de 90  milliards d'euros.

 

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a écrit le 03/07/2014 à 11:06 :
Je note que la Turquie dispose d'une industrie automobile de plus en plus importante (plusieurs marques et sites d'assemblage) à destination du marché domestique mais également à l'export vers l'UE, et ce malgré sa non-appartenance à l'UE. En clair, malgré les obstacles, douaniers notamment, ce pays arrive à exporter vers l'UE, signe d'une extrême compétitivité de cette économie. Quelle ironie de l'histoire, c'est exactement ce que voulaient les nord-européens pour les pays membres du sud de l'Europe…les aider afin de devenir des économies compétitives. J'ai comme l'impression qu'on s'est trompé de cheval…
a écrit le 30/06/2014 à 23:39 :
Non a la mondialisation sauvage
Ça nous apportera rien

Il faut s occuper de l Europe et faire l harmonisation et relancer la démocratie européenne avant qu il ne soit trop tard
a écrit le 30/06/2014 à 23:11 :
rien de neuf , déjà du temps du pdg mr Calvet ( peugeot ) , il demandait du temps a l'ouverture des constructeurs japonais car les constructeurs français n'étaient pas prêts .. ils le sont toujours pas près de 18 ans après .. on pourra gémir , se plaindre , mais au moins les constructeurs japonais font de réels efforts sur l'export et aussi sur la fiabilité et sur l'évolution technologique ce que d'autres préfèrent ? , delocaliser et produire pour produire mais dans un parc réduit au lieu de voir la dimension monde ..
Réponse de le 03/07/2014 à 11:06 :
+1000!
a écrit le 30/06/2014 à 21:27 :
Comment peut-on vouloir signer un tel accord avec un pays dont la consommation et la démographie s'effondrent?
Il faudra un jour savoir qui donne de tels ordres à la bureaucratie européenne.
a écrit le 30/06/2014 à 19:05 :
C'est dans des circonstances pareilles qu'on voit la fragilité des constructeurs français, alarmés à la moindre concurrence surtout quand celle-ci vient du plus grand constructeur mondial. Rien à dire, Renault et PSA vont continuer à délocaliser jusqu'au jour où un fabricant asiatique ou américain les achète la marque. Vive le made in France de pacotille !
a écrit le 30/06/2014 à 17:30 :
N'avons nous pas lu entendu et constaté les mêmes arguments quand il s'agissait de la Corée du Sud. Nos constructeurs spécialistes du diesel interdit dans l'archipel nippon ont tout à perdre... faudra en vendre des bouteilles de vin pour rattraper la mise...

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