Une grande partie des constructeurs chinois est concernée par ces nouveaux droits de douane européens, destinés à remplacer la première salve entrée en vigueur début juillet. Dans la foulée de cette annonce, la Chine a dénoncé des pratiques commerciales « injustes » et un « protectionnisme » de l'UE.
Nouvel épisode dans la joute commerciale opposant les autorités chinoises et européennes. Ce mardi, la Commission européenne a dit envisager une taxe allant jusqu'à 36% sur les importations de voitures électriques chinoises, et ce, pendant cinq ans.
Signe de temporisation, l'instance s'est néanmoins dite « ouverte » au dialogue et à toute solution alternative émanant de Pékin pour éviter ces taxes. Pour rappel, celles-ci sont critiquées par certains Etats membres de l'UE, dont l'Allemagne ou la Suède. Berlin est particulièrement réticent, en raison du poids en Chine de son industrie automobile. Les constructeurs Audi, BMW, Mercedes et Volkswagen y réalisent près de 40% de leurs ventes mondiales.
A noter également : ces nouvelles taxes ont vocation à être définitivement adoptées, à moins qu'une majorité qualifiée d'Etats membres (15 pays représentant 65% de la population européenne) ne s'y oppose, d'ici fin octobre, date de l'entrée en vigueur de ces nouvelles taxes.
Ces droits de douane s'ajoutent aux taxes de 10% déjà appliquées aux véhicules fabriqués en Chine. Ils remplaceront les taxes provisoires décidées par l'UE le 5 juillet dernier, et fixées à 38%, a précisé la Commission.
La plupart des constructeurs chinois concernée
La plupart des constructeurs chinois est concernée par ces nouveaux droits de douanes. Bruxelles imposera ainsi des surtaxes de 17% au fabricant chinois BYD, (au lieu des 17,4% prévus par la taxe provisoire actée le mois dernier), de 19,3% à Geely (contre 19,9%), et de 36,3% à SAIC (contre 37,6% en juillet).
Newsletter
Industrie et service
Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité industrielle.
Les autres constructeurs seront soumis à un droit supplémentaire moyen de 21,3% (contre 20,8% décidés en juillet), s'ils ont coopéré à l'enquête, ou de 36,3% (contre 37,6%), dans le cas contraire.
Ces modifications ont été décidées après un dialogue avec les entreprises concernées et la prise en compte de certaines de leurs demandes, a précisé un responsable européen, sous couvert d'anonymat.
Des pratiques commerciales «injustes», fustige Pékin
Peu après cette annonce, la Chambre de commerce chinoise dans l'UE n'a pas tardé à réagir. Elle dénonce le « protectionnisme » de l'UE et les pratiques commerciales « injustes », induites par ces droits de douanes spécifiques.
«La Chambre de commerce exprime son profond mécontentement et sa ferme opposition à l'approche protectionniste de la Commission européenne», a-t-elle déploré dans un communiqué, avertissant aussi du danger d'« exacerbation des tensions commerciales entre l'UE et la Chine ».
L'Empire du Milieu a déjà annoncé mi-juin une enquête antidumping sur les importations de porc européen, après une enquête lancée en janvier sur les eaux-de-vie de vin de l'UE (dont le cognac). Vins, produits laitiers et voitures à grosses cylindrées seraient aussi dans son viseur, selon la presse chinoise. Cette nouvelle passe d'armes s'inscrit dans les tensions commerciales grandissantes entre les Occidentaux et la Chine, également accusée de détruire la concurrence dans d'autres secteurs: éoliennes, panneaux solaires, batteries...
Crainte pour l'industrie européenne
Championne des moteurs essence et diesel, l'industrie automobile européenne craint de voir ses usines disparaître si elle échoue à endiguer la déferlante annoncée des modèles électriques chinois. Pékin a en effet pris de l'avance en investissant de longue date dans les batteries.
Pour rappel, dans l'UE, le marché des voitures électriques est en plein essor avant l'interdiction en 2035 des ventes de véhicules neufs à moteur thermique. Or, les automobiles électrifiées chinoises représentent 22% du marché européen, contre 3% il y a trois ans, selon les estimations du secteur. Les marques chinoises occupent ainsi 8% de parts de marché.
Les marques 100% chinoises ne sont pas les seules à être concernées par ces nouveaux droits de douanes européens. Ce mardi, l'UE a aussi indiqué qu'elle envisageait une taxe de 9%, pendant cinq ans, aux importations de véhicules électriques de la marque américaine Tesla, fabriqués en Chine. La taxe sur le constructeur américain est moins élevée car Tesla reçoit moins de subventions en Chine, a expliqué ce mardi la Commission européenne.