Pourquoi Carlos Ghosn n'a pas fusionné Renault et Nissan

 |   |  814  mots
Nissan a officiellement révoqué Carlos Ghosn de son conseil de surveillance.
Nissan a officiellement révoqué Carlos Ghosn de son conseil de surveillance. (Crédits : Philippe Wojazer)
En 20 ans, les dirigeants de l'Alliance Renault-Nissan ont toujours rejeté l'idée d'une fusion et ce malgré les pressions. Ils s'appuient sur une série d'échecs spectaculaires propres au secteur automobile, dont le mariage raté de Renault avec Volvo au début des années 1990.

Mais pourquoi Carlos Ghosn n'a jamais procédé à une fusion de Renault et Nissan ? La question a été posée à de multiples reprises par les gouvernements successifs au très charismatique patron de l'Alliance des deux groupes automobiles. Quelques jours après l'arrestation de Carlos Ghosn à Tokyo pour des questions de déclarations de revenus, la question est dans toutes les têtes tant l'Alliance est plus que jamais en danger.

Des rumeurs font même état d'un projet de fusion sur lequel Carlos Ghosn planchait et qu'il souhaitait présenter au printemps prochain. Une information qui a été démentie dans les hautes sphères du gouvernement français. Celui qui préside aux destinées de l'Alliance depuis plus de 10 ans avait jusqu'ici rejeté l'idée d'une fusion jugeant qu'elle faisait courir un risque opérationnel trop important en raison d'une incompatibilité culturelle.

Les fusions dans l'automobile, une histoire très complexe

L'histoire récente de l'industrie automobile compte de nombreux exemples de fusions avortées notamment parce que la greffe n'avait pas pris. La plus spectaculaire est probablement l'échec du rachat de Chrysler par Daimler en 1998. Le groupe allemand rachète l'entreprise américaine pour la somme astronomique, pour l'époque, de 36 milliards de dollars. En quelques années seulement, le marché américain se retourne sous la pression de la concurrence asiatique et de la guerre des prix. Daimler met alors la pression sur les équipes de Chrysler à grands renforts de restructurations. Les revirements stratégiques sont intempestifs, les ingénieurs rejettent le management imposé par Stuttgart, le malaise s'accroît. En 2007, l'allemand jette l'éponge et revend Chrysler pour une bouchée de pain...

Lire aussi : Affaire Ghosn: Nissan veut-il racheter Renault ?

Plus récemment, c'est le japonais Suzuki qui a rejeté le partenariat entamé avec Volkswagen en 2009. Au départ, il s'agissait d'un rapprochement amical, le constructeur allemand s'emparant de 20% du capital du japonais, qui en retour, prenait 1,5% du capital de la firme de Wolfsburg. Cette alliance était ambitieuse, elle offrait à Suzuki un accès à des technologies qu'elle n'était pas capable de financer elle-même, et de l'autre, le groupe allemand s'offrait une fenêtre sur le très verrouillé marché japonais, mais aussi indien (Suzuki y détient près de 40% du marché). Les antagonismes managériaux ont eu raison de cette ambition. Suzuki s'est très vite froissé avec les méthodes musclées de Volkswagen et a dénoncé l'accord moins de deux ans après sa signature.

Plus près de nous, mais plus vieux, c'est l'expérience complètement ratée du mariage Volvo-Renault au début des années 1990. Le montage prend plusieurs années et est élaboré avec un luxe de détails techniques, juridiques et financiers : un modèle du genre. Les deux PDG de l'époque sont sur la même longueur d'onde, mais les Etats-Majors, eux, rejettent catégoriquement le projet de fusion. Chez Volvo, on craint la mainmise des Français. C'est cette expérience catastrophique qui va conduire Louis Schweitzer, qui était à la manoeuvre dans le projet Volvo, à prendre en compte, en 1999, la dimension culturelle en imaginant non pas une fusion avec Nissan, mais une alliance.

L'Alliance à tâtons

Tant et si bien, que cette Alliance avancera à tâtons sur les synergies industrielles. 20 ans après sa mise en place, les marques des deux groupes ne partagent que 70% de leurs modèles sur les mêmes plateformes là où d'autres groupes ont fait mieux en à peine cinq ans. En outre, les deux groupes ont à peine commencé à mettre en place des équipes transverses pour piloter des projets communs. L'exemple des batteries électriques était patent. Renault et Nissan n'étaient jamais parvenu à s'entendre sur les batteries des voitures électriques. Le Français allant jusqu'à acheter des batteries à LG plutôt que celles fabriquées par son partenaire et ainsi dégager des économies d'échelles. Les équipes d'ingénieurs n'avaient jamais réussi à se mettre d'accord sur les arbitrages technologiques. Nissan a fini par céder son activité de fabrication de batteries électriques.

Lire aussi : Arrestation de Carlos Ghosn : l'avenir de Renault en pointillé

Pour Carlos Ghosn, ces turpitudes ne peuvent pas occulter les réussites de l'Alliance. Il estime que cette démarche a permis de préserver l'Alliance des susceptibilités mais également de ménager les "identités" de marques et, in fine, culturelles. Et de citer cette anecdote selon laquelle Vladimir Poutine a choisi Renault au détriment de Daimler pourtant mieux-disant, pour la reprise d'Avtovaz (Lada), justement en vertu de ce pari réussi. Le chef du Kremlin était très attaché à ce que Lada ne soit pas dissous dans un groupe automobile multinational. Heureusement pour Renault, Avtovaz n'est pas un allié, mais bien un groupe automobile totalement acquis et fusionné, et pour l'heure, il semble que la greffe a pris...

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 23/11/2018 à 14:44 :
Rapport de force inversé. En 1999, au moment du rapprochement, Renault affiche une meilleure santé que son homologue japonais. Près de vingt ans plus tard, Nissan frôle quasiment les 100 milliards de chiffre d’affaires et pèse presque deux fois plus lourd que Renault (58 milliards), rappelle Libération...... Tout est dit !
Réponse de le 23/11/2018 à 16:29 :
@jbp ! !

Apparemment l'arrivée de Renault au capital de Nissan et la constitution de l'Alliance à beaucoup profité à Nissan durant ces 20 années

Renault à vraiment été un actionnaire et un partenaire de choix pour Nissan y a pas à dire.

Bravo aussi à Louis Schweitzer qui à saisie cette opportunité de placement, et su tirer profit de cette complémentarité géographique pour affronter la crise de 2008.

Lorsqu'on achète des parts d'une société et que cette société prospérer il est normal d'en recevoir les dividendes à la hauteur de son investissement.

Ah est pour sur les chiffres de Libération en 2017 :

-Nissan bénéfice NET en 2017 5.6 milliards d'euros
-Renault Bénéfice NET en 2017 5, 1 milliards d'euros

C'est bien joli un gros chiffre d'affaires mais encore faut-il savoir dégager du profit avec....
Réponse de le 25/11/2018 à 10:23 :
Cette alliance, comme de coutume, est établie sur des participations croisées établies sur un rapport de force mais sans apport de capital. Ainsi Renault était valorisé 3 fois plus que Nissan (exactement 43/15). L'investissement réel se fait en nature, recherche développement et organisation industrielle. Aujourd'hui le rapport des valeurs intrinsèques des deux firmes est inversé. Les bénéfices de Renault viennent pour moitié des dividendes versés par Nissan. Cela ne peut durer : chacun va partir avec les fruits incorporels de l'alliance.
Réponse de le 26/11/2018 à 12:50 :
@Boule

Faux en 1999 Renault à injecté 640 milliards de yens dans Nissan pour en prendre 34% du capital soit environ 5 milliard d'euros. Les 10% restant suivront quelques années après toujours en cash.

C'est données sont consultables dans les rapports annuels de l'époque chez Renault et chez Nissan. PDF dispo sur les sites des 2 marques. plus de nombreux articles sur la création de l'alliance.
a écrit le 23/11/2018 à 11:59 :
Les média parlent sans cesse et sans retenue du salaire élevé de Mr Ghosn, très peu soulignent les résultats exemplaires que ce patron d’industrie a obtenu par sa stratégie de visionnaire et en particulier pour le groupe Nissan. Par ailleurs, ces média passent sous silence l'octroi du double vote par action que l'état a utilisé lors de l'assemblée des actionnaires de Renault et qui a profondément offusqué l'actionnaire Nissan.
Avant de parler de fraude fiscale, il y a peut-être d'autres motifs à analyser et surtout investiguer les faits reprocher avant de condamner ce Monsieur. Et dans tout cet événement quel est la démarche de l'état français actionnaire pour soutenir un PDG du CAC 40. ?
Réponse de le 23/11/2018 à 12:33 :
L'actionnaire Nissan ?
Nissan à obtenu 15% de Renault sans droits de vote sur la seule volonté de Renault et bien après la prise la constitution de l'Alliance.

Qui est "Nissan" ? Qui s'est offusqué concrètement ? Le PDG était alors C. Ghosn (aussi PDG de Renault) et 4 membres du conseil sur 10 étaient des Renault.
Comment dans ses conditions parler de volonté de Nissan si ce n'est celle de Carlos G ?

Bref a cette période "Nissan" à obtenu du PDG de renault que son groupe abandonne ses droits de vote chez lui. Des lors les 4 représentants Renault doivent voter comme les 6 autres.
Ce qui a d'ailleurs permis le revoir de C. Ghosn à l'unanimité du conseil alors même que Renault ne l'a pas fait chez lui.

Enfin parler des votes double comme d'un problème, d'une ingérence alors qu'en 99 l'Etat possédait 44% de Renault c'est prendre pour argent comptant les arguments de Carl..."Nissan ".
Réponse de le 23/11/2018 à 14:16 :
@obsevateur aucun article ne nie sa réussite industriel, maintenant que les dés soient pipés ou pas, pour lui ils sont jetés, c'est game over. On reparlera de Ghosn à son procès, quand il sortira ses "mémoires" et quand Renault votera sa destitution d'admi de Nissan. Quant à son statut de PDG, il a déjà un traitement de faveur en ayant la visite de l'ambassadeur, dans la liste des vaches sacrées Françaises nous avons déjà Mélenchon, ça suffit :)
a écrit le 23/11/2018 à 11:22 :
Fautes de grammaire lamentables dans l'article : "ont à peine commencer"...
PARTICIPE passé ! commencé !
Réponse de le 23/11/2018 à 11:55 :
Et sur le fond de l'article un avis peut être ?
Parce que d'une part c'est clairement une faute d'inattention et pas de connaissance, et d'autre part on n'a pas besoin d'une police de l'orthographe ici
Merci
Réponse de le 25/11/2018 à 4:30 :
@ Antoine92

Si, si, on en a besoin :

Quand vous allez au restau et que vous trouvez un os de poulet dans la soupe, vous faites une remarque au serveur. Une faute aussi énorme dans un article écrit par un journaliste professionnel, c’est pareil. C’est pas la fin du monde, mais ça doit être signalé et corrigé.
a écrit le 23/11/2018 à 10:51 :
Réponse d’Elie Cohen, lors de son audition par la commission parlementaire d’information sur l’automobile (12 Nov 2015) – Extraits : « l’état ne possède plus de compétences techniques – les décisions sont prises par des banquiers d’affaires – nos deux constructeurs nationaux sont appelés à constituer la base de 2 grands groupes à vocation mondiale – Renault aura son siège social peut être en Hollande ? - Idem Fiat désormais contrôlé par Chrysler »

http://denisbaupin.fr/les-reponses-delie-cohen-lors-de-son-audition-par-la-mission-dinformation-sur-lautomobile/
a écrit le 23/11/2018 à 9:45 :
Très bon article sur l'histoire récente des dernières fusions dans l'automobiles. Merci. Plus anciennement on pourrait aussi citer l'acquisition de American Motor Corp fabriquant notamment la Jeep, par Renault et l'acquisition de Chrysler Simca par Peugeot ainsi que les alliances Daimler Mitsubishi ou Ford Mazda, qui ont été des désastres.
a écrit le 23/11/2018 à 9:37 :
Très bon article. Intéressant car il éclaire cette OVNI industriel qu'est l'Alliance Renault-Nissan.

C'est vrai que Renault est resté particulièrement marqué par son échec de fusion avec Volvo et cela à contribué a y aller à pas de velours avec le Japonais.

Par la suite je pense sincèrement que Carlos Ghosn a joué de cette situation car elle lui permettait de profiter des deux sans avoir à rendre de comptes a l'autre tout en gagnant plus a son niveau. La dissimulation de son salaire japonais pendant des années à l'AG de Renault témoigne de cette opacité qu'il devait rechercher.

Malheureusement aujourd'hui quelqu'un d'autre y a vu le moyen de se libérer définitivement de Renault et a dû attendre le bon moment deux ans après le renoncement des droits de vote de Renault chez Nissan.
a écrit le 23/11/2018 à 9:02 :
Personne n a intérêt a dissoudre l alliance Renault Nissan, grâce a sa participation, Renault reste au centre du jeu, Tu veux Nissan, tu raids sur Renault ou tu le courtises pour qu il vend sa participation. Tout puissant qu il soit, Nissan n est pas maitre de son destin. Mais bon faut attendre la suite, avec nos génies de l Olympe rien n est impossible même l impensable.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :