Nissan révoque officiellement Carlos Ghosn de son conseil de surveillance

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(Crédits : Benoit Tessier)
Le conseil d'administration de Nissan s'est réuni ce jeudi 22 novembre pour limoger son président Carlos Ghosn, en détention depuis lundi au Japon pour des accusations de fraude fiscale, sur fond de tensions au sein de l'alliance entre le constructeur automobile nippon et Renault. Selon le Financial Times, Hiroto Saikawa, DG de Nissan, devrait être nommé président par intérim.

[Article publié le 22/11 à 8h59, mis à jour à 13h25]

Le conseil d'administration du géant japonais de l'automobile Nissan a voté "à l'unanimité" ce jeudi la révocation de Carlos Ghosn de son poste de président, deux jours après son arrestation à Tokyo pour des malversations présumées, ont rapporté des médias japonais. En outre, le conseil d'administration confirme que l'alliance avec Renault est inchangée.

"La résolution démettant M. Ghosn de la présidence du conseil a été adoptée", a affirmé la chaîne de télévision publique NHK.

Nissan envisage la mise en place d'un comité spécial de gouvernance

D'après les informations de l'agence de presse Reuters, Nissan va mettre en place un comité chargé de proposer des noms d'administrateurs pour le poste de président de l'entreprise "qui est désormais vacant".

Ce matin, le Financial Times indiquait que le directeur général Hiroto Saikawa était en bonne place pour assurer l'intérim, en remplacement de Carlos Ghosn - lui qui a mené lundi soir une charge d'une étonnante violence contre son ancien mentor. Après avoir énuméré les griefs issus d'investigations internes, Hiroto Saikawa a dénoncé le "côté obscur de l'ère de Carlos Ghosn".

De son côté, Renault n'a pas démis Carlos Ghosn de ses fonctions de PDG mais l'a remplacé à titre temporaire en confiant mardi soir les rênes du groupe à un tandem formé par l'administrateur référent Philippe Lagayette, qui assurera la présidence du conseil d'administration, et du directeur général adjoint Thierry Bolloré, promu directeur général délégué.

Le procureur s'interroge sur la légitimité d'un salaire versé par Nissan à une proche de Carlos Ghosn

Officiellement, Carlos Ghosn est accusé d'avoir, avec des complices, "minimisé sa rétribution à cinq reprises entre juin 2011 et juin 2015", en déclarant une somme totale de 4,9 milliards de yens (environ 37 millions d'euros) au lieu de près de 10 milliards de yens. Mais il est aussi soupçonné d'abus de biens sociaux, d'après les résultats de l'enquête interne conduite par Nissan au cours des derniers mois.

Le tribunal de Tokyo a ainsi décidé de prolonger de 10 jours sa garde à vue afin de poursuivre les investigations. Et sa détention pourrait se prolonger bien au-delà, en vertu des règles du système judiciaire japonais.

Ce jeudi, le journal Asahi Shimbun rapporte que le Franco-Libano-Brésilien a demandé par courriel à Greg Kelly, administrateur de Nissan lui aussi sur la sellette, de falsifier ses déclarations de revenus. Le parquet de Tokyo a probablement saisi ses emails et pourrait les utiliser comme preuves, ajoute le journal, qui cite des sources anonymes.

Selon le Yomiuri, plus gros tirage de la presse japonaise qui cite également des sources anonymes, l'enquête interne menée par Nissan aurait révélé que Carlos Ghosn avait demandé depuis 2002 qu'une somme d'environ 100.000 dollars par an soit versée à sa sœur aînée en rémunération d'une "activité de conseil" fictive.

(avec AFP et Reuters)

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Commentaires
a écrit le 22/11/2018 à 21:58 :
Il y en a beaucoup, tant au Japon qu'en France, qui vont avoir intérêt à ce qu'il soit reconnu coupable, maintenant. Parce que sinon...
a écrit le 22/11/2018 à 17:00 :
Je pense que, même si les administrateurs ont la possibilité de révoquer leur président au cours d'une procédure interne spécifique au conseil, cette révocation de Monsieur Carlos Ghosn me paraît abusive. Malgré la liberté de révocation accordée au conseil, le président ne doit pas faire l’objet d’une révocation abusive lorsqu’il n’est pas en mesure de se défendre en présentant ses observations devant l’assemblée, lorsque la révocation est entourée de circonstances offensantes ou dégradantes. Le président, comme l’administrateur ne peut obtenir des dommages et intérêts que si les circonstances dans lesquelles elle est intervenue ont porté atteinte à son honneur ou si elle a été décidée brutalement, sans respecter le principe du contradictoire.
L’ennemi est toujours à l’intérieur. Cette machination a l’air d’être parfaite pour pas mal de monde.
a écrit le 22/11/2018 à 15:20 :
En attendant, la pyjama party continue.
a écrit le 22/11/2018 à 15:15 :
Rapide les japonais !
Qu'attend t'on pour boycotter les Micra , quashkai et autres produits NISSAN ?
a écrit le 22/11/2018 à 15:11 :
Sans connaissance spécifique pour avoir une opinion, je pense cependant que Le Maire devrait aller rapidement à Tokyo, sans vouloir influencer la justice, voir de plus près de quoi il retourne
a écrit le 22/11/2018 à 13:30 :
Pourrions nous connaître le vote de Renault qui est actionnaire principal ?
a écrit le 22/11/2018 à 12:55 :
Renault est le 1er actionnaire de Nissan, et de loin (à 46%) : comment Renault (et derrière le gouvernement français en tant que 1e actionnaire de Renault) peut-il laisser se préparer une éventuelle scission de l'Alliance : 6 petits % du capital de Nissan à racheter ou à s'allier, et hop, Nissan est une filiale dépendante à majorité de Renault !
Jusque là, le PDG (et accessoirement sauveur de Nissan en 1999, les Japs l'oublient un peu vite!) était Français et missionné par Renault : pourquoi Renault accepterait de changer ça ? parce qu'ils ont trop laissé la filiale Nissan se développer ? parce qu'ils ont accepter de se défausser de la Chine et des US au profit de Nissan ?

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