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Quel avenir pour l'usine Bosch de Rodez

Photo de Nabil Bourassi

Nabil Bourassi

Publié le 30 janvier 2018 à 05:09 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:23

Usine Bosch Rodez

Usine Bosch Rodez

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L'équipementier automobile allemand a décidé d'investir 14 millions d'euros sur une ligne du site, condamnant de fait, la seconde. Il propose néanmoins de réfléchir à un projet de reconversion du site à condition d'un accord de compétitivité. Car l'usine ne peut espérer meilleur propriétaire que l'allemand pour envisager sa reconversion...

Un nouveau GM&S puissance 10 ? Le risque a été identifié au plus haut niveau de l'État français qui a décidé de prendre les devants. Le ministre des Finances s'est entretenu avec les dirigeants de Bosch pour éviter un drame social qui se confondrait avec un nouveau drame territorial : l'usine Bosch d'Onet-le-Château dans la périphérie de Rodez (Aveyron) est le premier employeur privé du département.

La clé sous la porte du site pourrait mettre sur le carreau près de 10.000 personnes (emplois directs et indirects). Une telle perspective reviendrait à sinistrer une agglomération d'environ 55.000 habitants et ainsi grever un taux de chômage pourtant parmi les plus bas de France au niveau du département (environ 7% en 2017).

Un âge d'or très récent

La question de la pérennité du site de Rodez ne date pourtant pas d'hier. Déjà au début des années 2010, la question de sa survie avait été mise sur la table par la direction de Bosch. Celle-ci avait néanmoins obtenu un accord de compétitivité avec les syndicats. A l'époque, il s'agissait pour l'usine ruthénoise de sauver sa compétitivité face à celle de Bursa (Turquie) qui produisait alors 10 fois plus d'injecteurs diesel avec 12 lignes de production, contre 2 seulement à Rodez.

Lire aussi: Bosch Rodez : une seule ligne de production devrait être maintenue, 300 emplois menacés

L'accord signé, la direction de Bosch décide d'investir dans cette usine pour intégrer de nouveaux outils de production, mais également pour produire des pièces plus haut-de-gammes, notamment des pièces en céramique. 50 millions d'euros d'investissement plus tard, le site d'Onet-le-Château passe de 2,6 millions d'injecteurs en 2014 à 3,7 millions en 2015. Les bougies d'allumage passent de 17 à 20 millions sur la même période. L'usine se croit alors sauvée. Bosch y organise même une opération internationale de présentation de son usine du futur.

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La chute brutale du diesel

Mais le sauvetage de l'usine survient à la veille de la chute brutale du diesel. Déjà en France, les moteurs diesel sont en baisse depuis que les pouvoirs publics lui ont déclaré la guerre. Le scandale Volkswagen en septembre 2016 précipitera cette technologie dans un inexorable déclin. En France, les voitures diesel n'ont représenté que 48% des ventes en 2017 contre 77% en 2012.

L'usine de Rodez supportera de plein fouet cette hécatombe car la direction n'a pas voulu voir venir la crise du diesel. Impossible dès lors de tenir avec une usine entière sans cumuler des pertes. Et les perspectives ne présagent rien de bon. Tous les cabinets de conseil tablent sur une poursuite de la baisse des moteurs diesels. Les constructeurs eux-mêmes se désengagent de cette technologie. Renault, le premier client de Rodez avec 90% des commandes, a annoncé réduire son catalogue de moteurs diesel à terme, tout en ayant renouvelé ses commandes d'injecteurs diesel à Bosch, mais auprès de l'usine de Bursa en Turquie, à proximité de sa propre usine automobile qui fabrique notamment des Clio.

Bosch, un acteur de choix pour reconvertir le site

Pour le gouvernement français, la seule solution pour sauver l'usine de Rodez est d'engager sa reconversion dans de nouvelles activités. Bosch n'en manque pas puisque l'allemand est un conglomérat industriel extrêmement diversifié qui va de l'équipement automobile, à l'outillage en passant par l'électroménager...

D'autant que le secteur des équipementiers automobiles français a actuellement le vent en poupe. Les usines automobiles françaises tournent à plein régime pour répondre à une forte demande et l'Espagne, à proximité, est désormais un des premiers constructeurs automobiles européens. En outre, Bosch n'a rien à envier aux innovations françaises en matière d'équipements automobiles puisque l'allemand se situe au premier rang mondial loin devant les français.

Lire aussi: Comment les équipementiers automobiles français se sont imposés au monde

De plus, Bosch ne veut pas se fâcher avec les autorités françaises, et encore moins avec l'opinion. Cette entreprise non cotée qui a le statut de fondation a tissé des liens historiques avec la France qu'elle considère comme son second marché domestique. Implantée dès 1899 dans l'Hexagone, l'entreprise n'a cessé de s'y développer. Dernièrement, il a inauguré l'extension de son siège à Saint Ouen avec son « campus ». Il s'agit d'un centre R&D sur fond d'ambiance startup. Aujourd'hui, l'entreprise emploie 8.000 personnes en France.

Il faudra néanmoins compter entre 300 et 450 personnes en moins dans l'Aveyron, selon les syndicats. Car l'entreprise a seulement consenti de sauver une ligne sur les deux actuellement en marche à Rodez en y investissant 14 millions d'euros. Elle a promis de réfléchir à un projet de reconversion du site, à condition de signer un nouvel accord de compétitivité avec les syndicats. L'histoire dira alors ce qu'il adviendra de cette usine qui compte 1.600 salariés aujourd'hui, mais en comptait 2.100 hier en 2001.

Nabil Bourassi

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